img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
Dossier Cet article est issu du dossier «Réforme de la Moudawana» Voir tout le sommaire
DROIT

Réforme de la Moudawana : mariage, ADN, polygamie et héritage… nouveaux commentaires de Abdellatif Ouahbi

Intervenant à l’Université Internationale de Rabat (UIR) pour un échange sur la Moudawana, le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, s’est arrêté sur plusieurs éléments qui concernent le projet de réforme du Code de la famille. Détails. 

Réforme de la Moudawana : mariage, ADN, polygamie et héritage… nouveaux commentaires de Abdellatif Ouahbi
Par
Le 18 février 2025 à 18h09 | Modifié 18 février 2025 à 19h06

“Je ne défends pas la femme. Je suis ministre de la Justice et je défends la justice. La femme a les moyens et les capacités de se défendre seule, rassurez-vous”, déclare Abdellatif Ouahbi, à l’occasion d’un échange sur la Moudawana à l’Université internationale de Rabat, ce lundi 17 février.

Après la présentation des grandes lignes de la réforme du Code de la famille le 24 décembre dernier, cet événement public est le premier durant lequel le ministre de la Justice discute les propositions de réforme. À cette occasion, il dévoile ses propres positions et propositions, tout en révélant les points de discorde qui subsistent à ce jour.

Un monde qui change 

Abdellatif Ouahbi souligne l’ampleur des changements qui existent aujourd’hui, en comparaison avec l'ère pré-internet. Pour illustrer cette évolution, le ministre partage un cas présenté devant la justice française.

Il s’agit de l’affaire d’un individu qui a informé son épouse, via WhatsApp, de sa décision de divorce. “La justice française a considéré cette démarche comme légale”, indique le ministre qui estime que “ce monde virtuel pose une vraie problématique”. Et ce, en touchant notamment au “sujet de la femme”.

Pour le ministre, le Maroc est “très en retard” en ce qui concerne la femme à qui il faut “rendre ses droits”. “Nous ne proposons pas des droits pour la femme. Nous remettons les choses à leur place. Ces droits existent naturellement, nous faisons en sorte qu’ils soient exercés. La femme les mérite. Ce sont des acquis. Mais nous les avons occultés avec une mentalité patriarcale. Il faut les lui rendre désormais”.

Comment ? Pour le ministre, la question reste en suspens. “Nous y avons beaucoup réfléchi et nous avons été beaucoup critiqués. Le chemin reste encore long. Il ne faut pas baisser les bras et plutôt continuer à réclamer et revendiquer vos droits”, déclare-t-il en s’adressant à la gent féminine.

“Quand on rend un droit à la femme, on ne retire rien à l’homme. Lui a toujours ses droits dans le cadre de l’équité”, ajoute le ministre avant de s’attaquer à des problématiques précises.

> La femme au foyer : 

“Quand la femme travaille à domicile, ne contribue-t-elle pas à l’enrichissement de son mari et à l’amélioration de ses moyens financiers ? Lorsqu’il rentre chez lui et qu’il trouve que toutes les conditions de vie lui sont offertes, ne participe-t-elle pas ainsi à ce qu’il atteigne ses résultats financiers à l’extérieur [de la maison, ndlr] ?”, interroge le ministre. 

“C’est pour ça que nous disons que ce travail doit être valorisé. Et cette mise en valeur est une justice pour la femme qui travaille aux côtés de l’homme ; que ce soit à la maison ou à l’extérieur”, poursuit-il.

Si pour le ministre cette conviction est claire, la question qui subsiste est de savoir comment valoriser le travail de la femme au foyer ? Faut-il fixer une valeur mensuelle comme un salaire à remettre à la femme au moment du divorce ? Faut-il procéder à une estimation ?

“Cette question n’a pas encore de réponse, nous la discutons toujours. J’ai donné ma réponse, mais ils [fouqahas, ndlr] l’ont refusée. Pour moi, mon épouse est la directrice à la maison ; il faut lui donner un salaire de directrice et le comptabiliser sur la durée de vie avec moi. On m’a dit que c’était trop. J’ai demandé ce qui ne l’est pas. Mais nous n’arrivons pas à trouver une réponse et nous continuons à réfléchir, à travailler et à nous pencher sur les différentes expériences dans le monde”.

> Preuve de filiation par ADN 

“Nous avons aussi parlé de la reconnaissance des enfants nés en dehors du cadre du mariage, à travers l’ADN. Les fouqahas l’ont refusée”, indique le ministre qui développe sa propre position par rapport à ce sujet.

“Lorsqu’on est face à un meurtre et qu’on utilise l’ADN pour prouver la relation entre l’individu et le crime, on peut le condamner à mort, voire l’exécuter dans certains pays. Autrement dit, l’on exécute des gens sur la base de l’ADN, mais on ne reconnaît pas des enfants à travers ça. C’est-à-dire que l’on retire la vie d’une part, mais on ne donne pas le droit à la vie d’autre part”, poursuit Abdellatif Ouahbi. 

Et d’ajouter : “Nous ne sommes pas d’accord avec les fouqahas à ce sujet. Ils ont leur point de vue et j’ai le mien […]. La plus grande menace des droits de la femme, c’est lorsqu’elle devient sujette à des équilibres. J’estime que le droit de la femme est une question de justice et non pas d’équilibres. Il n’est pas acceptable qu’au XXIᵉ siècle, l’on donne des droits à la femme sur la base d’équilibres”. 

> La polygamie : 

Il s’agit d’un autre sujet de désaccord. Selon Abdellatif Ouahbi, la question qui s’est posée est de savoir s’il faut l’accepter ou non ? “Bien sûr que non”, répond-il aussitôt. 

Il convient de noter que dans les grandes lignes de la réforme présentées par le ministre, la polygamie est autorisée, mais son accès est davantage verrouillé.

Lorsqu’un homme et une femme seront sur le point de se marier, la femme sera interrogée sur sa position quant à la polygamie. Si elle refuse à son futur mari le droit à la polygamie, il ne sera pas autorisé à se marier avec une deuxième épouse.

Et même si la femme ne lui refuse pas ce droit, il ne sera en mesure de prendre une deuxième épouse que si la première est stérile ou atteinte d’une maladie empêchant leurs relations sexuelles ; ou encore si le juge estime qu’une raison objective et exceptionnelle justifie le droit à la polygamie.

Ces raisons objectives et exceptionnelles ne sont pas encore précisées. Idem pour le cas de la deuxième et de la troisième épouse. Auront-elles le droit de refuser, au moment de contracter l’acte de mariage, que le mari épouse une troisième ou quatrième femme ?

> Remariage d’une mère divorcée : 

“C’est un sujet qui a été tourné en dérision”, souligne Abdellatif Ouahbi en évoquant le cas de la mère qui se remarie après un divorce.

En effet, l’incompréhension autour de ce sujet a conduit des internautes mal informés à partager une interprétation erronée, selon laquelle le père va verser une pension au mari de son ex-épouse. Or, comme le rappelle le ministre, la pension est destinée à l’enfant.

Dans le texte actuel, la mère qui se remarie perd la garde de son enfant. Mais il est proposé de supprimer cette aberration dans le projet de réforme de la Moudawana. Et ce, car, comme le souligne le ministre, il s’agit d’une “injustice”.

Il donne l’exemple d’une “jeune femme de 23 ans qui a un enfant et qui divorce, et se retrouve dans l’impossibilité de se remarier par crainte de perdre la garde de son enfant”.

“Il y a eu débat à ce sujet. Ils (fouqahas) ont dit que si elle divorce, elle a droit au domicile familial. Mais ceci est un droit pour l’enfant et non pas pour la mère. Nous avons donc proposé de lui retirer ce logement. Mais qu’en est-il de l’enfant ?”, interroge le ministre. 

> Héritage :

Au sujet de l’héritage, le ministre revient sur la proposition selon laquelle lorsqu’un des époux décède, le conjoint survivant continue de jouir du domicile familial jusqu’à son décès. Et ce, pour préserver les époux qui, “après une vingtaine d’années de vie commune, risquent de se retrouver à la rue”.

La succession a lieu. L’idée est juste de continuer à faire bénéficier l’épouse ou l’époux encore en vie”, indique le ministre en mettant en exergue la “complexité” du sujet qui relève des volets “religieux et sociétal”. 

LIRE AUSSI 

Comprendre les propositions de réforme de la Moudawana : mariage, divorce, polygamie et héritage

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 18 février 2025 à 18h09
SOMMAIRE DU DOSSIER
Chargement...
Réforme de la Moudawana : mariage, ADN, polygamie et héritage… nouveaux commentaires de Abdellatif Ouahbi


Chargement...
L'avant-projet de réforme de la Moudawana va être rédigé par une commission interministérielle


Chargement...
Moudawana. Des militantes de gauche critiquent les grandes lignes de la réforme


Chargement...
Comprendre les propositions de réforme de la Moudawana : mariage, divorce, polygamie et héritage


Chargement...
Article 400 de la Moudawana : la référence malékite sera-t-elle maintenue ?


Abdelkebir Tabih



Chargement...
Réforme de la Moudawana : des militantes expriment leur “grande déception” quant au Taâssib et à la filiation par ADN


Chargement...
Réforme de la Moudawana : voici la réaction du RNI et du PAM


Chargement...
Réforme de la Moudawana : voici la réaction du PPS


Chargement...
Code de la famille : les approbations, réserves et propositions du Conseil supérieur des Oulémas


Chargement...
Moudawana : voici les principaux axes au coeur de la réforme (Ouahbi)


Chargement...
Moudawana : des progressistes pleins d'espoir dans l'attente de l'arbitrage royal


Chargement...
Révision de la Moudawana : les courageuses positions du CNDH


Chargement...
L’Instance chargée de la révision du Code de la famille clôture ses séances d’audition


Chargement...
PI, PPS, USFP, PJD et FGD : ce que proposent les partis pour la Moudawana


Chargement...
La réforme de la Moudawana au cœur de la 1re édition des Assises du féminisme


Chargement...
Moudawana : “Il faut séparer la filiation du mariage” (Latifa Bouchoua)


Chargement...
Des collectifs féministes appellent à repenser le fond et le vocabulaire du Code de la famille


Chargement...
Moudawana. Héritage, filiation, mariage des mineurs... les propositions du Collectif pour les libertés individuelles


Chargement...
Pension alimentaire. “La majorité des femmes qui ont la garde de l’enfant en supportent largement les frais” (Nouzha Skalli)


Chargement...
Moudawana : l’impact économique et social de la réforme sur la famille au cœur des recommandations d’ESPOD


Chargement...
Réforme de la Moudawana. “La suppression du mariage des mineurs est indiscutable” (Me Tabih)


Chargement...
Réforme de la Moudawana : “La charia est faite de justice et de miséricorde” (Ahmed Abbadi)


Chargement...
Réforme de la Moudawana : la Coordination féminine livre ses propositions


Chargement...
Divorce. À l’amiable vs discorde : ce que dit la data des tribunaux de la famille


Chargement...
Moudawana : ce que nous dit la composition de l’équipe chargée du pilotage de la réforme


Chargement...
La Moudawana bientôt dépoussiérée, retour sur les principales revendications et pistes de réforme


Chargement...
Le CNDH lance un groupe de travail sur la réforme de la Moudawana


Chargement...
Sept associations féministes s’allient pour la réforme de la Moudawana


Chargement...
La réforme de la Moudawana en débat à Rabat


Chargement...
Code de la famille : “Nous avons besoin d’un changement radical de cette Moudawana” (Aicha Loukhmas)


Chargement...
Réforme de la Moudawana : “Consacrer l'égalité et abroger la qiwamah” (Rachida Tahri)


Chargement...
Moudawana. Une réforme globale, de réelles chances d'égalité dans l'héritage (Rabéa Naciri)


Chargement...
Moudawana. “Il est inconcevable de faire fi de la question de l’égalité dans l’héritage” (Nouzha Skalli)


Chargement...
Réforme de la Moudawana : à quoi faut-il s'attendre ? (Fatna Sarehane)


Chargement...
Le discours du Trône ouvre la voie à une révision de la Moudawana et à une mise à jour des autres textes


à lire aussi

الاتحاد الأفريقي: المغرب في موقف قوي مقابل الجزائر
Arabic Content

Article : الاتحاد الأفريقي: المغرب في موقف قوي مقابل الجزائر

على الرغم من أن الجزائر حصلت على نائب رئاسة الاتحاد الأفريقي، إلا أن المغرب هو الذي يستفيد من الوضع، مؤكدًا نفسه كقوة لا يمكن تجاهلها. تحقيق حول تأثير متزايد.

BMCE Research : Dynamique du Marché et Prime de Risque
Quoi de neuf

Article : BMCE Research : Dynamique du Marché et Prime de Risque

BMCE Research redéfinit la prime de risque actions, révélant une baisse significative et un marché en pleine mutation, soutenu par des anticipations optimistes.

Amir Rao : “AWS permet de traiter des données localement tout en utilisant des services avancés”
gitex 2025

Article : Amir Rao : “AWS permet de traiter des données localement tout en utilisant des services avancés”

Lors du Gitex Africa 2024, l’interview avec Amir Rao, directeur de la gestion des produits Telco chez AWS, dans le M24 Live Studio a mis en lumière les ambitions et les initiatives de l'entreprise en collaboration avec Orange pour déployer des zones AWS WaveLAN au Maroc et au Sénégal. Cette collaboration vise à renforcer l'écosystème technologique africain, à favoriser l'innovation et à répondre aux exigences réglementaires locales.

Union Africaine : Maroc en Position de Force Face à l'Algérie
NATION

Article : Union Africaine : Maroc en Position de Force Face à l'Algérie

Bien que l'Algérie ait sécurisé la vice-présidence de l'UA, c'est le Maroc qui tire son épingle du jeu, s'affirmant comme une puissance incontournable. Enquête sur une influence croissante.

Les horaires de prière à Casablanca pour le mercredi 15 avril 2026
PRIÈRES MAROC

Article : Les horaires de prière à Casablanca pour le mercredi 15 avril 2026

Voici les horaires de prière à Casablanca, la capitale économique du Maroc.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité