img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
Dossier Cet article est issu du dossier «Réforme de la Moudawana» Voir tout le sommaire
DROIT

Moudawana. Héritage, filiation, mariage des mineurs... les propositions du Collectif pour les libertés individuelles

Héritage, filiation, mariage des mineurs, mariage des Marocaines aux non-musulmans… Voici les différentes propositions de réforme de la Moudawana établies par le Collectif pour les libertés individuelles, présentées à Médias24 par Jalil Benabbés-Taarji.

Moudawana. Héritage, filiation, mariage des mineurs... les propositions du Collectif pour les libertés individuelles
Par
Le 13 novembre 2023 à 14h31 | Modifié 13 novembre 2023 à 17h05

Dans le cadre de la réforme de la Moudawana, en cours de préparation, le Collectif pour les libertés individuelles rappelle les propositions présentées en mars 2023 dans un document de travail qui s’étend à différents textes à réviser, dont fait partie le Code de la famille.

Membre de ce collectif, Jalil Benabbés-Taarji s’arrête sur les pistes de réforme qui concernent la Moudawana, allant de l’équité dans l’héritage à la filiation biologiquement prouvée, en passant par le mariage des mineurs et des femmes marocaines aux non-musulmans. Le tout, dans la “stricte conformité aux textes sacrés”.

Médias24 : L’instance chargée de la réforme de la Moudawana a entamé ses auditions, durant lesquelles des responsables et des acteurs de la société civile partagent leurs visions respectives des pistes de réforme. Quelles sont les vôtres ?

Jalil Benabbés-Taarji : Les propositions de réforme de notre collectif sont regroupées et structurées dans un document publié et diffusé au printemps 2023, et en cours de réédition. Elles s’étendent de la Constitution au Code pénal et au Code de la nationalité, en passant par la Moudawana qui est le grand sujet du jour. Nous espérions que 2023 et 2024 seraient la fenêtre la plus proche et la plus indiquée pour traiter ces réformes de manière sereine et constructive, loin des périodes électorales et des surenchères qui, trop souvent, les caractérisent. C’est désormais chose faite pour la Moudawana grâce à la vision et à la résolution de Sa Majesté le Roi. Le chantier est entamé et nous nous en réjouissons, comme nous sommes impatients de présenter nos propositions à l’Instance en charge de la réforme.

Il importe de préciser que nous sommes attachés aux quatre constantes constitutionnelles qui unifient les Marocains (l’islam, la monarchie, l’unité territoriale et le choix démocratique), mais aussi de rappeler que les lois dites islamiques sont souvent issues du Fiqh traditionnel, qui est une jurisprudence des anciens oulémas liée à leur époque, et non à des versets coraniques clairs et sans ambiguïté, et parfois même en contradiction avec des versets coraniques, comme c’est le cas pour le testament. Nos propositions en rapport avec le Code de la famille sont minutieusement choisies. Si elles sont adoptées, elles représenteront une avancée incontestable.

Le testament est clairement cité par le Coran mais, en pratique, il est très rarement utilisé du fait de sa limitation au tiers de l’héritage, et de ses conditions de validité qui sont rédhibitoires

Concernant l’héritage, les lois actuelles se réfèrent souvent à des textes coraniques. Cependant, la lecture de ces mêmes textes sacrés par des exégètes et des oulémas va dans le sens de l’équité plénière dans l’héritage entre hommes et femmes. Mais il semble qu’à ce stade, l’égalité totale nécessite un grand débat et, surtout, requiert un temps long pour aboutir à un consensus global.

Nous avons donc privilégié une approche prudente. De manière générale, nos sujets sont les suivants : le testament, le taâsib, el ked wa saaya et l’héritage des femmes étrangères. Le testament est clairement cité par le Coran mais, en pratique, il est très rarement utilisé du fait de sa limitation au tiers de l’héritage, et de ses conditions de validité qui sont rédhibitoires. Nous proposons d’amender l’article 280 et d’autoriser le testament en faveur d’un héritier sans l’accord des autres héritiers.

Concernant l’héritage par voie de taâsib, qui est sans fondement coranique, nous recommandons de le généraliser aux femmes et de l’appliquer pour elles-mêmes. Et d’abroger l’article 351.

Quant à el ked wa saaya, c’est-à-dire la part des acquêts post-mariage qui doit revenir à la femme en cas de décès de l’époux ou de divorce, nous recommandons le respect, par les adouls, de leur obligation de rappeler ce droit aux mariés et de le formaliser dans un contrat distinct et complémentaire du contrat de mariage. Ce droit doit être porté à la connaissance du plus grand nombre.

Pour l’héritage des non-musulmans de parents ou conjoints musulmans, nous recommandons d’autoriser les "gens du Livre" à hériter, sans avoir besoin de se convertir à l’islam.

Il convient de préciser que chacune de ces précédentes propositions est strictement conforme aux textes sacrés.

À tout cela, il faut ajouter le durcissement des conditions préalables aux mariages des mineurs et l’abolition des dérogations exceptionnelles qui, en réalité, deviennent très courantes. Le collectif couvre également le mariage des femmes marocaines aux non-musulmans, la garde des enfants après le divorce et le droit de visite, la tutelle légale, etc. Autant de mesures et de rééquilibrages des droits et des pratiques à très grande portée humaine et sociale.

Il n’y a pas d’opposition entre les valeurs portées par le Coran, la justice, l’équité, la bienveillance, et les valeurs universelles par ailleurs

- Que pensez-vous de l’approche adoptée dans le cadre de ce travail de préparation de la réforme, notamment par rapport aux valeurs universelles en matière de libertés individuelles ?

- Notre conviction profonde et raisonnée est qu’il n’y a pas d’opposition entre les valeurs portées par le Coran, la justice, l’équité, la bienveillance, et les valeurs universelles par ailleurs. La lecture attentive et rigoureuse du Coran permet une marge de réinterprétation importante de tous les sujets sélectionnés par notre collectif. Nous pensons que c’est la meilleure manière de parler aux conservateurs et de les convaincre, plutôt que la seule référence aux valeurs universelles qui implique ou sous-entend une opposition qui n’existe le plus souvent qu’à travers une lecture orientée, voire détournée du texte sacré. Autrement dit, les pistes de réforme se trouvent dans le Coran lui-même ; Coran qui a trop souvent été lu et interprété par les hommes uniquement. Ce n’est plus acceptable aujourd’hui.

- Le mariage des mineurs, la garde et la tutelle sont souvent évoqués. Quid des autres volets qui concernent les enfants, tel que l’établissement de la filiation ? Que faut-il prévoir dans le projet de réforme ?

- Un vrai sujet. Les avis des oulémas nous permettent d’affirmer que le Coran impose de garantir les droits de l’enfant et, dès lors, de proposer l’amendement de l’article 148 comme suit : "La filiation biologiquement prouvée après une relation illégitime produit les mêmes effets que la filiation parentale légitime vis-à-vis du père." Les magistrats disposeront d’une législation plus juste, plus logique et plus contemporaine, car la contradiction actuelle et flagrante avec la science n’est plus permise et ne ressemble pas à notre Maroc en pleine réforme. Et ce, sans contradiction avec nos textes sacrés.

L’équité avant l’égalité

- La question de l’égalité en matière d’héritage ne fait pas encore grand débat, même si elle est très attendue. Pensez-vous que l’on se dirige plus vers l’égalité ou vers l’équité en matière d’héritage ?

- Nous avons choisi l’équité plutôt que l’égalité, dans un premier temps seulement, et ce, bien que de nombreux exégètes permettent de considérer l’égalité. Nous pensons qu’une première étape visant l’adoption des réformes proposées par notre collectif aujourd’hui serait un grand progrès social et humain. Le reste suivra plus tard, après un débat de fond.

- Vous avez participé à l’élaboration d’un document de travail qui propose des changements à opérer dans divers textes, dont le Code de la famille. Pensez-vous que la réforme de la Moudawana doive s'accompagner ou être suivie de révisions d’autres textes, tel que le Code pénal par exemple ?

- Oui, la réforme peut et doit être globale et transversale. Mais le réalisme impose de se concentrer aujourd’hui sur la Moudawana, et sa réforme telle que voulue par notre Roi. Les infractions relatives à l’exercice du culte, les relations sexuelles librement consenties entre adultes, l’avortement, l’habeas corpus (le respect de la vie privée), l’apostasie, la peine de mort, etc. peuvent et doivent être débattus avec la sérénité nécessaire, la responsabilité et le respect de nos textes sacrés relus et contextualisés. Les experts membres de notre collectif sont bien outillés et demandeurs d'un débat de fond, dans le respect des fondements de notre islam marocain. Notre pays, nos familles et nos enfants le méritent, c’est désormais à portée de main.

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 13 novembre 2023 à 14h31
SOMMAIRE DU DOSSIER
Chargement...
Réforme de la Moudawana : mariage, ADN, polygamie et héritage… nouveaux commentaires de Abdellatif Ouahbi


Chargement...
L'avant-projet de réforme de la Moudawana va être rédigé par une commission interministérielle


Chargement...
Moudawana. Des militantes de gauche critiquent les grandes lignes de la réforme


Chargement...
Comprendre les propositions de réforme de la Moudawana : mariage, divorce, polygamie et héritage


Chargement...
Article 400 de la Moudawana : la référence malékite sera-t-elle maintenue ?


Abdelkebir Tabih



Chargement...
Réforme de la Moudawana : des militantes expriment leur “grande déception” quant au Taâssib et à la filiation par ADN


Chargement...
Réforme de la Moudawana : voici la réaction du RNI et du PAM


Chargement...
Réforme de la Moudawana : voici la réaction du PPS


Chargement...
Code de la famille : les approbations, réserves et propositions du Conseil supérieur des Oulémas


Chargement...
Moudawana : voici les principaux axes au coeur de la réforme (Ouahbi)


Chargement...
Moudawana : des progressistes pleins d'espoir dans l'attente de l'arbitrage royal


Chargement...
Révision de la Moudawana : les courageuses positions du CNDH


Chargement...
L’Instance chargée de la révision du Code de la famille clôture ses séances d’audition


Chargement...
PI, PPS, USFP, PJD et FGD : ce que proposent les partis pour la Moudawana


Chargement...
La réforme de la Moudawana au cœur de la 1re édition des Assises du féminisme


Chargement...
Moudawana : “Il faut séparer la filiation du mariage” (Latifa Bouchoua)


Chargement...
Des collectifs féministes appellent à repenser le fond et le vocabulaire du Code de la famille


Chargement...
Moudawana. Héritage, filiation, mariage des mineurs... les propositions du Collectif pour les libertés individuelles


Chargement...
Pension alimentaire. “La majorité des femmes qui ont la garde de l’enfant en supportent largement les frais” (Nouzha Skalli)


Chargement...
Moudawana : l’impact économique et social de la réforme sur la famille au cœur des recommandations d’ESPOD


Chargement...
Réforme de la Moudawana. “La suppression du mariage des mineurs est indiscutable” (Me Tabih)


Chargement...
Réforme de la Moudawana : “La charia est faite de justice et de miséricorde” (Ahmed Abbadi)


Chargement...
Réforme de la Moudawana : la Coordination féminine livre ses propositions


Chargement...
Divorce. À l’amiable vs discorde : ce que dit la data des tribunaux de la famille


Chargement...
Moudawana : ce que nous dit la composition de l’équipe chargée du pilotage de la réforme


Chargement...
La Moudawana bientôt dépoussiérée, retour sur les principales revendications et pistes de réforme


Chargement...
Le CNDH lance un groupe de travail sur la réforme de la Moudawana


Chargement...
Sept associations féministes s’allient pour la réforme de la Moudawana


Chargement...
La réforme de la Moudawana en débat à Rabat


Chargement...
Code de la famille : “Nous avons besoin d’un changement radical de cette Moudawana” (Aicha Loukhmas)


Chargement...
Réforme de la Moudawana : “Consacrer l'égalité et abroger la qiwamah” (Rachida Tahri)


Chargement...
Moudawana. Une réforme globale, de réelles chances d'égalité dans l'héritage (Rabéa Naciri)


Chargement...
Moudawana. “Il est inconcevable de faire fi de la question de l’égalité dans l’héritage” (Nouzha Skalli)


Chargement...
Réforme de la Moudawana : à quoi faut-il s'attendre ? (Fatna Sarehane)


Chargement...
Le discours du Trône ouvre la voie à une révision de la Moudawana et à une mise à jour des autres textes


à lire aussi

الاتحاد الأفريقي: المغرب في موقف قوي مقابل الجزائر
Arabic Content

Article : الاتحاد الأفريقي: المغرب في موقف قوي مقابل الجزائر

على الرغم من أن الجزائر حصلت على نائب رئاسة الاتحاد الأفريقي، إلا أن المغرب هو الذي يستفيد من الوضع، مؤكدًا نفسه كقوة لا يمكن تجاهلها. تحقيق حول تأثير متزايد.

BMCE Research : Dynamique du Marché et Prime de Risque
Quoi de neuf

Article : BMCE Research : Dynamique du Marché et Prime de Risque

BMCE Research redéfinit la prime de risque actions, révélant une baisse significative et un marché en pleine mutation, soutenu par des anticipations optimistes.

Amir Rao : “AWS permet de traiter des données localement tout en utilisant des services avancés”
gitex 2025

Article : Amir Rao : “AWS permet de traiter des données localement tout en utilisant des services avancés”

Lors du Gitex Africa 2024, l’interview avec Amir Rao, directeur de la gestion des produits Telco chez AWS, dans le M24 Live Studio a mis en lumière les ambitions et les initiatives de l'entreprise en collaboration avec Orange pour déployer des zones AWS WaveLAN au Maroc et au Sénégal. Cette collaboration vise à renforcer l'écosystème technologique africain, à favoriser l'innovation et à répondre aux exigences réglementaires locales.

Union Africaine : Maroc en Position de Force Face à l'Algérie
NATION

Article : Union Africaine : Maroc en Position de Force Face à l'Algérie

Bien que l'Algérie ait sécurisé la vice-présidence de l'UA, c'est le Maroc qui tire son épingle du jeu, s'affirmant comme une puissance incontournable. Enquête sur une influence croissante.

Les horaires de prière à Casablanca pour le mercredi 15 avril 2026
PRIÈRES MAROC

Article : Les horaires de prière à Casablanca pour le mercredi 15 avril 2026

Voici les horaires de prière à Casablanca, la capitale économique du Maroc.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité