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Le Maroc perd son « investment grade » chez Fitch Ratings

Le Maroc perd son « investment grade » chez Fitch Ratings
Mouna Ettazy
Le 26 octobre 2020 à 11h49 | Modifié 26 octobre 2020 à 11h49

La notation de défaut des émetteurs en devises à long terme du Maroc est passée de BBB- à BB+ avec perspective stable, selon l’Agence de notation Fitch qui explique cette dégradation par les impacts de la pandémie du Covid-19 sur l’économie marocaine et les finances publiques et extérieures.

L’Agence Fitch Ratings a révisé à la baisse, vendredi 23 octobre, la note de défaut des émetteurs en devises à long terme du Maroc qui passe de «BBB-» à «BB +». Les perspectives sont stables.

Le Maroc perd ainsi son « investment grade » chez cette agence internationale de notation. A noter que les investisseurs institutionnels internationaux ne peuvent acheter que des obligations « investment grade » dont la notation peut aller de AAA à BBB-, en raison du faible niveau de défaillance de ces obligations.

L'agence de presse Thomson Reuters indique dans son article « Moody's n’a jamais classé le Maroc dans la catégorie investissement grade depuis plus de deux décennies, tandis que S&P l’a placé sur l’échelon le plus bas de la catégorie investissement et a également émis un avertissement de déclassement du Maroc ce mois-ci ».

L’agence Fitch justifie cette dégradation de notation par l’impact de la pandémie du Covid-19 sur l’économie marocaine et les finances publiques et extérieures. 

Et d’expliquer : « une baisse des recettes budgétaires et une contraction historiquement importante du PIB entraîneront une augmentation sensible de la dette publique, tandis que les répercussions sur l'industrie et le tourisme entraîneront une aggravation significative du déficit du compte courant et de la dette extérieure nette qui sont à des niveaux déjà élevés ».

Malgré les efforts des autorités pour limiter la détérioration des finances publiques, « l’impact persistant de la pandémie sur le budget et l’extension des aides sociaux, dans un contexte de recrudescence du chômage compliqueront les efforts de stabilisation de la dette ».

L’agence de notation anticipe ainsi une baisse des performances macroéconomiques et des finances publiques du pays à cause notamment de « la résurgence des infections nationales et mondiales et de l'incertitude entourant l’évolution future de la crise sanitaire ».

Dans les détails, Fitch anticipe une détérioration importante du déficit budgétaire en 2020 à cause de la forte baisse des recettes fiscales. L’agence prévoit que le déficit budgétaire se situerait à 7,9% du PIB en 2020 contre 4,1% en 2019 (hors recettes de privatisation).

L’aggravation du déficit budgétaire conjuguée à une croissance faible devrait entrainer, selon Fitch, une forte augmentation de la dette nette de l'Etat qui devrait atteindre 68,5% du PIB en 2021 contre 56,4% en 2019.

« Cependant, les risques de financement budgétaire sont faibles, reflétant l'accès des autorités à une base importante d'investisseurs nationaux, avec un financement intérieur net couvrant les deux tiers des besoins de financement du Trésor en 2020-2022. Environ 75% de la dette publique était en dirham à fin 2019, limitant les risques de change sur la trajectoire de la dette souveraine », souligne l’agence de notation.

Les facteurs sectoriels clés de la notation 

Fitch estime que les risques qui touchent à la solvabilité des banques restent gérables. « Le choc pandémique entraînera une détérioration de la qualité des actifs du secteur [bancaire, ndlr] mais nous estimons que les risques qui en découlent pour la solvabilité des banques restent gérables et ne prévoyons pas de soutien souverain matériel aux banques au cours des deux prochaines années ».

Pour sa part, « le secteur du tourisme (6,7% du PIB en recettes brutes annuelles moyennes du compte courant en 2017-2019) n'a pas encore commencé à se redresser après que ses revenus étrangers bruts en dollars américains se sont effondrés de 82% sur un an en avril-août ». 

Malgré la hausse des exportations manufacturières, « nous prévoyons que leur reprise sera lente », anticipe Fitch qui explique : « Les perturbations des chaînes de valeur mondiales et les enjeux sectoriels ont fait des ravages dans les branches automobile et aéronautique (40% des exportations en 2019), qui ont été le principal moteur de la croissance des exportations ces dernières années. Nous prévoyons que les secteurs du phosphate (22% des exportations) et de l'agro-industrie (26% des exportations) resteront assez résilients ».

Les réserves de change sont assez confortables

Fitch estime que « la résilience extérieure est également soutenue par les réserves de change assez confortables du Maroc et par une meilleure flexibilité du taux de change ». 

Ainsi, « nous prévoyons que les réserves de change augmenteront à 31,3 milliards USD à la fin de 2020, contre 25,3 milliards USD en 2019, stimulées par environ 4 milliards USD d'emprunts publics extérieurs, 3 milliards USD décaissés au titre d'une ligne de précaution et de liquidité (LPL) (…) Nous prévoyons que les réserves de change couvriront 7 mois de paiements extérieurs courants en moyenne en 2020-2022, proche de la médiane prévue «BBB» de huit mois et supérieure à la médiane prévue «BB» de 4,5 mois. Nous nous attendons à ce que le gouvernement cherche un nouvel accord LPL avec le FMI, qui offrirait un filet de sécurité en cas de tensions de liquidités extérieures », indique Fitch.

L’agence souligne aussi la stabilité du dirham. « Le dirham ne semble pas être significativement désaligné avec les fondamentaux économiques. Le taux de change est resté bien contenu dans ses bandes flottantes plus larges depuis le début de la pandémie et la banque centrale n'est pas intervenue sur le marché des changes depuis mars 2018 », estime-t-elle.

A noter que les principales prévisions de Fitch se basent sur l’hypothèse qui suppose qu'un vaccin ou un traitement efficace contre le Covid-19 ne sera pas disponible à grande échelle jusqu'en 2021. Elles se basent également sur une normalisation de la production céréalière du Maroc vers sa moyenne à long terme en 2021 et des prix du phosphate stables.

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Mouna Ettazy
Le 26 octobre 2020 à 11h49

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