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Emploi des femmes : les chiffres chocs de Ahmed Lahlimi

Emploi des femmes : les chiffres chocs de Ahmed Lahlimi
Abir Labied
Le 26 février 2019 à 15h42 | Modifié 26 février 2019 à 15h42

Selon les derniers chiffres du HCP, seules 19% des femmes marocaines travaillent. Et près de 80% des femmes en âge de travailler ne cherchent même pas d'emploi. Les plus fragiles sont les femmes rurales actives, dont près des deux tiers travaillent sans la moindre contrepartie financière. 

Le chemin vers la parité est encore long. Malgré tous les efforts mis en œuvre pour intégrer la femme dans le monde du travail, les inégalités entre hommes et femmes persistent. Les dernières statistiques de l'emploi publiées par le HCP sont à ce titre édifiantes. 

On apprend ainsi que le taux d’emploi a atteint 41,7% au niveau national : 65% parmi les hommes et 19% parmi les femmes en 2018. Seules 19% des femmes marocaines travaillent donc...

Le taux d’activité a atteint lui 46,2% (70,9% parmi les hommes et 22,2% parmi les femmes). Autrement dit, près de 80% des femmes en âge de travailler ne sont même pas à la recherche d’emploi. Les raisons peuvent être liées au refus de l’un des proches ou encore à la nécessité de prendre soin des enfants ou du foyer.

Pire, ce taux est en constante baisse depuis cinq ans: le taux d'activité des femmes était de 26,8% en 2013, contre 22,2% aujourd'hui. 

"La situation ne date pas d’hier mais elle empire", commente Fathia Bennis, Présidente de Maroclear et actrice associative engagée pour la cause féministe. "Les femmes sont davantage marginalisées du marché de travail et plusieurs contraintes entravent toujours leur participation dans le développement socioéconomique du pays", signale-t-elle.

Selon Fathia Bennis, cette régression est principalement liée à une culture marocaine qui privilégie clairement l’homme sur le marché de travail. 

«Les femmes diplômées sont de plus en plus nombreuses et dépassent les hommes mais ce ne sont pas elles qui trouvent les premiers emplois aujourd’hui», souligne-t-elle.

Elle explique qu’avec la restriction du marché de travail et la hausse du nombre des demandeurs d’emploi, les entreprises sélectionnent essentiellement des hommes parce qu’ils sont des chefs de famille ayant l’obligation de subvenir aux besoins du foyer. 

«On oublie que, de nos jours, la majorité des femmes prennent en charge des familles, il n’y a pas besoin de les bloquer», rappelle Fathia Bennis qui estime que la participation de la femme représente un levier important pour la croissance du pays.

Plus salariée qu'entrepreneuse :  "une question liée à l'héritage"

Un autre chiffre est encore plus alarmant : le travail indépendant est plus fréquent parmi les hommes (34,5%) que les femmes (16,5%).

Aussi, l’emploi salarial reste plus présent parmi les femmes actives citadines (80,8% contre 61,3% pour les hommes), ce qui traduit la dépendance des femmes du salariat, face aux grandes difficultés rencontrées si elles décident de se lancer dans l'entrepreneuriat. 

Ceci explique également pourquoi 53,6% des salariés qui bénéficient d’une couverture médicale sont des femmes (contre 43,3% pour les hommes).

Selon Fathia Bennis, les obstacles importants qui empêchent les femmes de créer des entreprises concernent l’insuffisance des ressources et la difficulté d’accès au financement bancaire. Celles-ci se retrouvent confrontées à de fortes exigences de garanties qu’elles ne possèdent pas.

«Ceci est principalement lié à la question de l’héritage […] la femme dispose de moins de biens que l’homme et donc de moins de garanties à fournir aux banques. Elle reste ainsi dépendante de l’époux ou des parents», explique-t-elle. 

D’un autre côté, elle estime que les femmes manquent de confiance en elles. Ce qui implique une certaine réticence à se lancer dans le monde des affaires. 

Sur ce registre, notre interlocutrice note qu’au Maroc, la plupart des femmes entrepreneurs sont héritières et non fondatrices d’entreprises.

39,3% des femmes actives travaillent sans rémunération

Toujours selon les chiffres du HCP, près de 39,3% des femmes actives occupées travaillent sans rémunération contre seulement 9,5% des hommes. Cette part atteint 70,5% pour les femmes rurales. 

Il s’agit de femmes exploitées dans le travail domestique et le travail au champs, ce qui ne leur donne droit à aucune rémunération en contrepartie de leurs efforts.  En milieu rural, le fruit du travail de la femme est récolté généralement par le mari, le frère ou le père.

Entre travail au foyer et dur labeur dans les champs, les femmes rurales constituent ainsi la frange la plus fragile de la société et peinent à s’affranchir de la précarité. Le modèle traditionnel de l’épouse et mère au foyer demeure ancré dans les mentalités.

La loi sur la parité, toujours dans les tiroirs 

Suite à ces écarts flagrants, Fathia Bennis pense qu’il faut mener une campagne de sensibilisation auprès de tous les acteurs économiques sur le rôle de la femme dans le développement socioéconomique du pays.

«Il faut que la loi sur la parité voit le jour et que les textes s’appliquent», assure-t-elle.

Notons que le principe d’égalité entre hommes et femmes au Maroc a été institué dans l’article 19 de la constitution de 2011. Voici ce qu'il dispose :

« L'homme et la femme jouissent, à égalité, des droits et libertés à caractère civil, politique, économique, social, culturel et environnemental, énoncés dans le présent titre et dans les autres dispositions de la Constitution, ainsi que dans les conventions et pactes internationaux dûment ratifiés par le Royaume et ce, dans le respect des dispositions de la Constitution, des constantes et des lois du Royaume. L'Etat marocain œuvre à la réalisation de la parité entre les hommes et les femmes. Il est créé, à cet effet, une Autorité pour la parité et la lutte contre toutes formes de discrimination».

Dans le même sillage, Saloua Karkari Belkziz, ancienne présidente de l'Association des Femmes chefs d'entreprises au Maroc (AFEM) insiste sur la mise en place d’une stratégie nationale, en concertation avec le secteur privé, pour une meilleure implication de la femme dans le monde professionnel.

«Il faut développer les activités de services au niveau des communes (crèches, transport scolaire, restauration…) pour créer plus d’emploi pour les femmes défavorisées», souligne Mme Karkari, notant à ce juste titre les excédents de budgets  non employés par les communes.

«Je pense qu’on peut profiter aussi du projet de registre national d’identification qui va nous permettre d’avoir un ciblage beaucoup plus précis», poursuit-elle.

A travers ce projet, Mme. Karkari estime que les femmes doivent être prioritaires pour bénéficier des subventions de l’Etat.

Inégalités : un phénomène mondial...

Par ailleurs, il faut dire qu’à l’international, l’inégalité des genres sur le marché du travail demeure forte, avec des écarts plus importants dans les États arabes, en Afrique du Nord et en Asie du Sud, selon l’Organisation Internationale de Travail (OIT).

Dans son rapport «Emploi et questions sociales dans le monde-tendances 2019», l’Organisation indique que le taux d’activité beaucoup plus faible des femmes, qui était de 48% en 2018, contre 75% pour les hommes, signifie qu’environ trois personnes sur cinq sur les 3,5 milliards de personnes qui composaient la population active mondiale en 2018 étaient des hommes.

«Après une période d’amélioration rapide qui a duré jusqu’en 2003, les progrès pour réduire les inégalités de participation entre les hommes et les femmes se sont ralentis. L’écart considérable de 27 points de pourcentage enregistré en 2018 devrait motiver l’adoption de mesures pour à la fois améliorer l’égalité des genres sur les marchés du travail mondiaux et pour maximiser le potentiel humain», peut-on lire sur le rapport.

 

 

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Abir Labied
Le 26 février 2019 à 15h42

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