img_pub
Rubriques

Sur le marché des capitaux, la levée de fonds par dette dépasse l'appel public à l'épargne (explication)

Sur le marché des capitaux, la levée de fonds par dette dépasse l'appel public à l'épargne (explication)
Par
Le 19 février 2025 à 11h27 | Modifié 19 février 2025 à 15h13

En 2024, la levée de fonds par dette domine avec 101,2 MMDH, contre 17,37 MMDH via l’APE. Derrière ces chiffres, une réalité bien ancrée : la dette rassure. Rapide, discrète et sans dilution du capital, elle permet aux dirigeants de garder le contrôle de leur entreprise.

Lorsqu’une entreprise marocaine cherche à lever des fonds, elle se tourne massivement vers la dette. En 2024, les chiffres le confirment : sur 106,7 MMDH de capitaux mobilisés sur le marché des capitaux, 101,2 MMDH proviennent des émissions obligataires et des titres de créances négociables (TCN).

De son côté, l’appel public à l’épargne (APE), qui comprend les levées de fonds propres et une partie des émissions obligataires, atteint 17,37 MMDH, selon les données de l’AMMC.

Les émissions obligataires totalisent 23,68 MMDH, dont 11,9 MMDH levés via l’APE et 11,78 MMDH en placements privés. Mais c’est surtout du côté des TCN que l’écart se creuse : 77,55 MMDH levés en 2024, soit l’écrasante majorité des financements.

Pourquoi une telle domination de la dette ? Elle séduit par sa rapidité et sa flexibilité. Les banques et les investisseurs institutionnels la rendent accessible et, surtout, elle permet aux dirigeants de conserver le contrôle de leur entreprise. À l’inverse, lever des fonds via l’APE signifie partager la gouvernance et se soumettre aux exigences réglementaires et à la volatilité des marchés.

Un arbitrage naturel entre dette et fonds propres

D'après un expert en levée de fonds et des marchés de capitaux, "si on veut comparer, il faut regarder combien les entreprises privées lèvent de dette sur le marché des capitaux et combien elles lèvent en fonds propres sur la bourse. Ce sera toujours en faveur de la dette, mais l’écart n’est peut-être pas aussi excessif qu’il n’y paraît".

"L’opposition entre financement par la dette et financement par fonds propres mérite d'être nuancée, car ces deux modes de financement sont complémentaires et non strictement alternatifs".

En pratique, les entreprises cherchent à maximiser leur capacité d'endettement tant que cela reste soutenable, car la dette présente un coût généralement plus faible que les fonds propres et permet aux actionnaires de conserver le contrôle.

Ce n'est qu'une fois cette capacité atteinte, ou lorsqu'un projet d'expansion nécessite un financement plus important, que les fonds propres deviennent une alternative viable.

L’opposition entre financement par la dette et financement par fonds propres mérite d'être nuancée, car ces deux modes de financement sont complémentaires et non strictement alternatifs

L'ampleur des financements obtenus par la dette ne doit pas occulter le fait que l'APE ne constitue qu'une partie des levées de fonds propres.

"De nombreuses transactions se réalisent en dehors du marché boursier, notamment via des fonds d'investissement (private equity), des family offices, des investisseurs industriels ou encore des institutions financières internationales telles que la BERD ou la SFI", ajoute-t-il.

Un autre facteur clé qui explique la prédominance de la dette est son accessibilité immédiate. Comme le note notre interlocuteur, "la dette est souvent plus rapide à mobiliser, notamment via le secteur bancaire ou les placements obligataires privés, tandis que les levées de fonds propres nécessitent des processus plus longs et structurants".

"Une entreprise ne dit pas forcément 'je veux lever de la dette' ou 'je veux lever des fonds propres'. Elle a un besoin de financement, et chaque dirham levé a un coût, des conditions et des exigences de remboursement".

L'APE reste aujourd'hui limité au Maroc, en partie en raison de la liquidité réduite sur la Bourse de Casablanca

En effet, la mobilité du financement par la dette contraste avec la complexité des opérations de levée de fonds propres, qui impliquent des évaluations approfondies, des due diligences et des négociations complexes.

L'un des freins majeurs à l'APE repose sur les exigences de transparence. "Contrairement aux levées de fonds via l'APE, qui impliquent une communication réglementaire avant, pendant et après l'opération, les placements privés offrent une plus grande discrétion aux entreprises", explique notre source.

De nombreuses entreprises préfèrent ainsi lever des fonds via des investisseurs privés plutôt que de subir les contraintes d'une introduction en bourse.

Une stratégie de financement adaptée aux besoins des entreprises

Les entreprises marocaines optimisent leurs sources de financement en fonction du coût du capital et de leur volonté de conserver le contrôle actionnarial.

"La dette est perçue comme une solution plus familière, flexible et immédiate", affirme notre interlocuteur. Par ailleurs, l'arbitrage sur la dilution pousse de nombreux dirigeants à privilégier la dette tant que cela est possible, afin d'éviter d'intégrer de nouveaux actionnaires qui viendraient modifier l'équilibre de la gouvernance.

On ne va pas à la bourse au lieu d’aller chez son banquier. Ce sont deux logiques totalement différentes

En fonction de leur maturité et de leurs ambitions, certaines entreprises doivent néanmoins ouvrir leur capital, ce qui peut prendre plusieurs formes :

  • Introduction en bourse (IPO), pour celles qui disposent d'une gouvernance alignée aux standards du marché ;
  • Levée de fonds minoritaire, via des fonds d'investissement ou family offices, permettant de préserver le contrôle tout en obtenant un accompagnement stratégique ;
  • Levée de fonds majoritaire, destinée aux entreprises en phase de succession ou cherchant un adossement stratégique.

"Une entreprise commence par l’autofinancement, puis prend de la dette. Quand cela ne suffit plus, elle envisage l’ouverture du capital. Mais ce n’est pas une alternative immédiate, c’est une évolution naturelle".

"On ne va pas à la bourse au lieu d’aller chez son banquier. Ce sont deux logiques totalement différentes. Une entreprise ira d’abord chercher de la dette tant qu’elle le peut, puis, si elle atteint ses limites, elle envisagera une ouverture du capital", explique-t-il.

Un marché boursier peu profond et des perspectives d'évolution

Le marché boursier marocain souffre d'un manque de liquidité et d'une prédominance des investisseurs institutionnels. "L'APE reste aujourd'hui limité au Maroc, en partie en raison de la liquidité réduite sur la Bourse de Casablanca, ce qui peut freiner certaines entreprises ou fonds d'investissement à envisager une IPO", note notre expert.

La conjoncture monétaire actuelle encourage les entreprises à se tourner vers la dette. La politique accommodante de Bank Al-Maghrib et la tendance baissière des taux d'intérêt rendent l'endettement plus attractif, ce qui n'incite pas les entreprises à précipiter leur ouverture de capital.

Par ailleurs, les levées de fonds par la dette bénéficient d'un double effet positif : "Nous observons un fort appétit des investisseurs et une capacité de financement importante de la part des acteurs du marché, combinés à une reprise de plusieurs secteurs d'activité portée par une dynamique économique positive", conclut l'expert.

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 19 février 2025 à 11h27

Résultats marché

MASI Pts

Marché de change

Journée du 28-04-2026

à lire aussi

En Bourse, le secteur de la distribution sous-performe par rapport au MASI
Actus

Article : En Bourse, le secteur de la distribution sous-performe par rapport au MASI

Le secteur de la distribution a débuté l’année positivement, mais l’indice MASI Distribution a chuté de 3,33% depuis le 10 février. Ce repli résulte d’une consommation sous pression et d'une prudence accrue des investisseurs.

Cosumar. En 2024, une croissance portée par l’export et une amélioration de l’endettement
Actus

Article : Cosumar. En 2024, une croissance portée par l’export et une amélioration de l’endettement

Cosumar clôture l’année 2024 avec des résultats soutenus par une dynamique positive sur le marché local et international, ainsi que par la mise en service de la raffinerie de Sidi Bennour.

Le marché termine en baisse de 1,2%
La séance du jour

Article : Le marché termine en baisse de 1,2%

Impact des résultats financiers trimestriels Le 28 février 2025, suite à la publication des résultats financiers trimestriels, l'indice MASI de la Bourse de Casablanca a […]

Lancement d'une opération d'échange de valeurs du Trésor de 614,4 MDH
Actus

Article : Lancement d'une opération d'échange de valeurs du Trésor de 614,4 MDH

La Direction du Trésor et des finances extérieures, relevant du ministère de l’Économie et des Finances, a procédé le jeudi 27 février à une opération d’échange de bons du Trésor d’un montant de plus de 614,4 millions de DH, dont le règlement est prévu pour le 3 mars 2025.

ACAPS. Les primes collectées en 2024 en hausse de 5,3%
Actus

Article : ACAPS. Les primes collectées en 2024 en hausse de 5,3%

Le marché marocain de l'assurance a enregistré une progression de 5,3% en 2024, avec un total des primes collectées atteignant 59,7 MMDH. Cette croissance est portée par l'assurance vie et l'assurance non-vie, selon les dernières statistiques de l’ACAPS.

La prime de risque baisse à 6,5% au 1er semestre de 2025 (BMCE Research )
Actus

Article : La prime de risque baisse à 6,5% au 1er semestre de 2025 (BMCE Research )

BMCE Research retient une prime de risque de 6,5% pour le premier semestre 2025, en baisse par rapport à septembre 2024. Pour mieux refléter la dynamique actuelle du marché, dominée par des facteurs techniques, l’évaluation repose désormais sur une méthode par sondage.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité