Après les chiffres de juillet, les cimentiers espèrent une stabilisation de la consommation en 2023
Sur le mois de juillet 2023, une forte hausse de la consommation de ciment a été observée par rapport au même mois en 2022. Mais ce constat est à nuancer. Il ne marque pas un nouveau sursaut dans la consommation nationale, mais un effet de base positif. Des difficultés structurelles persistent et la consommation annuelle devrait, au mieux, avoisiner celle de l'an dernier.
Le 2 août, le ministère de l’Aménagement du territoire national publiait les chiffres de la consommation nationale de ciment à fin juillet 2023. La consommation sur les 7 premiers mois de l’année montre une légère baisse de 2,1% par rapport à la même période l’an dernier à 7 Mt. Une amélioration par rapport à fin juin, la baisse en YTD s’établissait à 4,6%.
En effet, on observe sur l’unique mois de juillet, une forte progression de la consommation de ciment. Elle a progressé de près de 24% sur le mois de juillet pour atteindre 781 kt, contre 630,5 kt sur le mois de juillet 2022. Comment s'explique ce redémarrage fulgurant, et est-ce le signe d’un redressement de la consommation nationale ?
Un effet de base positif par rapport à juillet 2022
En réalité, ce sursaut observé en juillet 2023 n’est pas le signe d’un redressement clair de la consommation nationale. Il provient d’un effet de base positif observé sur le mois de juillet. Contacté, un professionnel du secteur nous explique "qu’en réalité, il s’agit d’un effet artificiel qui compare un mois de juillet classique au mois de juillet 2022 qui a été impacté par Aïd al-Adha, avec une fermeture des chantiers sur une partie importante du mois".
Il s'agit du même phénomène que celui observé en juin 2023, où la consommation a fondu de près de 15%. À cette occasion, un autre professionnel du secteur nous expliquait : "Il faut rappeler que le mois de juin a été impacté par les célébrations de l’Aïd. En gros, durant la dernière semaine du mois, les chantiers étaient tous à l’arrêt. D’ailleurs, les chiffres démontrent une forte baisse de 14,4% de la consommation sur l’unique mois de juin, par rapport à la même période en 2022."
Ainsi, la consommation ne repart pas à la hausse, car plusieurs obstacles vont persister sur le reste de l’année.
Des difficultés persistantes
Au cours des trois derniers mois, certains acteurs du marché ont témoigné d’une amélioration des ventes et d’une reprise progressive. "Il faut rappeler qu’à la fin du mois d’avril, la consommation avait baissé de 8,5% et qu’à fin mai, nous étions à -2,5%. Donc au global, nous voyons que cela va en s’améliorant et que la récupération commence à être visible malgré la conjoncture de juin avec l’Aïd qui a pesé sur les chiffres", comme nous l'expliquait une source du secteur le mois dernier.
Cependant, des difficultés structurelles persistent sur le marché, notamment sur le secteur du logement. "Nous observons un recul de l’achat des nouveaux logements, vu que l’aide sociale aux acquéreurs, qui a été annoncée, ne sera applicable qu’à partir de la loi de finances 2024", nous indique notre source.
Le secteur a été fortement affecté par la perte de pouvoir d’achat des ménages, du fait du renchérissement des prix. "L’inflation pousse beaucoup de ménages à ne pas investir pour le moment dans la construction. De plus, l’augmentation des taux d’intérêt a fait que les ménages comme les promoteurs ont moins recours aux crédits bancaires en ce moment. Il y a un manque de visibilité", souligne notre professionnel du secteur.
La consommation à fin juillet montre des baisses dans presque tous les segments, à l’exception d’une quasi-stagnation pour le préfabriqué et d’une progression de 12% dans l’infrastructure. Cependant, comme le rappelle notre source, "les travaux publics se maintiennent à un certain niveau, mais ces derniers ne représentent que 15% à 20% de la demande globale en ciment".
De fait, cette année sera - au mieux - globalement similaire à 2022, en termes de consommation de ciment, avant un regain attendu l’an prochain, découlant d'une normalisation progressive de l’inflation et d'un effet positif lié aux aides au logement.