Nouveau ralentissement de l’activité de construction immobilière en 2023
Une multitude de facteurs pèsent et continueront de peser sur l’activité de la construction. L’inflation avait entraîné, déjà en 2022, une forte baisse des mises en chantier. Le renchérissement des coûts du crédit a rogné le pouvoir d’achat déjà faible des ménages.
L’activité de la construction, véritable baromètre de l’économie nationale, comme l’a rappelé Attijari Global Research (AGR) dans sa dernière lettre d’investissement publiée le 5 avril dernier, affiche un ralentissement depuis l’éclatement de la guerre en Ukraine.
L’inflation a provoqué un fort renchérissement des matières premières, ayant fortement rogné sur les marges des promoteurs et le pouvoir d’achat des ménages. Cela a entraîné un ralentissement des constructions et de la consommation de ciment sur l’année 2022. La consommation avait d’ailleurs chuté de 10,6% à 12,5 MT.
Cette baisse de consommation s’est d’ailleurs ressentie dans les résultats des sociétés cimentières cotées avec des bénéfices en retrait de 25% et 31% respectivement pour Ciments du Maroc et LafargeHolcim Maroc. Cela a notamment été causé par le retrait de la marge et la hausse des intrants, pénalisant les marges. Une baisse de consommation qui impacte directement le secteur de la construction immobilière, qui draine 70% des ventes de ciment.
Une dynamique toujours compliquée au T1-23
Le Haut-Commissariat au plan (HCP) a relevé dans une note diffusée le 6 avril que l’activité de construction s’inscrivait en baisse à fin mars 2023 pour le 3e trimestre consécutif.
Cette donnée est d’ailleurs en corrélation avec les informations publiées par l’Association professionnelle des cimentiers (APC), qui ont montré un retrait de 5,3% à fin mars 2023 à 3,24 MT. D’après la dernière note du HCP, selon les anticipations des entreprises dans le secteur de la construction, recueillies dans le cadre de la dernière enquête de conjoncture, les carnets de commande sont peu fournis pour 36% d’entre elles.
La conjoncture en 2023 s’annonce encore bien compliquée, car le renchérissement des crédits n’avait pas encore commencé en 2022. Comme nous l’ont expliqué de nombreuses sources de la place, à fin mars, les taux débiteurs, notamment concernant les crédits immobiliers, ont connu des évolutions allant jusqu’à 55 points de base depuis le mois de janvier 2023.
Cela rend les perspectives encore plus incertaines pour une demande déjà exsangue. Les derniers chiffres de BAM à fin février concernant l’évolution des crédits montrent une stagnation de l’encours des crédits immobiliers par rapport au mois précédent à 300 MM DH. L’encours aux promoteurs immobiliers a, quant à lui, reculé de 4,2% depuis le début de l’année à 52,5 MM DH.
Des annonces peu rassurantes pour le reste de l’année
Le secteur de la construction, mal en point, comptait depuis plusieurs mois sur l’annonce de l’aide directe aux primo-acquéreurs pour les aider à accéder à la propriété. Or, comme l’avait révélé Médias24 en exclusivité, la ministre de l’Habitat Fatima-Zahra Mansouri avait annoncé que le dispositif d’aides publiques aux primo-acquéreurs des logements sociaux ne sera budgétisé qu’au PLF 2024. En réalité, les aides ne seront certes décalissérs qu'en 2024, mais le nouveau système démarrera dès cette année 2023.
D’un point de vue économique aussi, la donne risque de se compliquer du fait des attentes de poursuite de resserrements monétaires en 2023 avec, in fine, un impact haussier sur les taux des crédits, rendant les perspectives de contraction de crédit encore moins favorables qu’actuellement. La situation inflationniste est également partie pour durer, avec un record établi au mois de février à 10,1%. La société de recherche AGR rappelait d’ailleurs que sur la période 2023-2024, les prévisions d’inflation sont supérieures à 4,5%.