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La croissance de la masse bénéficiaire de la cote devrait ralentir à +3,5% en 2022 (CFG Bank)

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Le 28 juin 2022 à 16h28 | Modifié 28 juin 2022 à 17h45

Après un bond des bénéfices de la cote en 2021, le rythme de croisière devrait fortement ralentir cette année. Les secteurs de l’énergie, des cimentiers et de l’automobile devraient le plus participer à la baisse de la masse bénéficiaire.

L’année 2022 est marquée par une inflation forte qui se maintient à 5,9% à fin mai. Au premier trimestre 2022, le chiffre d’affaires de la cote a été en partie tiré à la hausse par un effet prix. Il a progressé de 15% durant les trois premiers mois de l’année à 71 MMDH.

Mais la hausse des intrants rognera en partie cette année sur les marges des sociétés cotées et impactera, d’une certaine manière, leur rentabilité. Dans une note diffusée le 27 juin, la société de recherche CFG Bank a présenté ses perspectives de croissance de la masse bénéficiaire de la cote en 2022. Après avoir bondi de 65% en 2021 à 29 MMDH, la masse bénéficiaire ajustée de la cote devrait connaître, cette année, une croissance globalement molle de +3,5% à près de 30,5 MMDH, selon les anticipations de CFG Bank.

Un contexte économique global pesant

Cela intervient dans un contexte économique morose marqué par un fort ralentissement de la croissance économique, attendue à +1% en 2022. Elle est ralentie notamment par la mauvaise saison céréalière et l’inflation persistante. Après des injections massives de liquidités dans les plans de relance et des baisses successives de taux directeur pour redynamiser la demande, les perturbations logistiques ont provoqué un choc d’offre négatif. Ce choc a été provoqué en particulier « avec le prolongement des perturbations dans les chaînes de production et d’approvisionnement mondiales, à cause de la poursuite par la Chine de sa stratégie « zéro Covid », et la flambée des prix du fret maritime en lien avec la crise des conteneurs », souligne CFG Bank.

Puis est arrivée la guerre en Ukraine, qui a impacté très négativement le cours du pétrole qui touche le Maroc de plein fouet, la quasi-totalité des besoins énergétiques étant importés. « L’inflation devrait pour sa part se hisser à 5,3% en 2022, versus une moyenne de 1,1% observée sur les dix dernières années », indique CFG Bank.

Ces conditions auront un impact sur les bénéfices de la cote cette année. Voici comment chaque secteur devrait voir évoluer sa masse bénéficiaire.

Une masse bénéficiaire tirée par les Mines et les Bancaires

En prenant en compte l’inflation et le ralentissement économique notable attendu en 2022, la masse bénéficiaire de la cote devrait progresser de 6,9% cette année, selon CFG Bank. « Re-traitée des éléments à caractère exceptionnel enregistrés en 2021, dont principalement une provision de BCP d’environ 1 MMDH relative aux dations en paiement, la masse bénéficiaire ajustée devrait enregistrer une progression de seulement 3,5% en 2022 par rapport à 2021 », précise cependant la société de recherche.

Cette masse bénéficiaire ajustée est attendue à 30,5 MMDH à fin décembre. Certains secteurs tireront les profits vers le haut. C’est le cas des minières, qui afficheront la plus forte amélioration de masse bénéficiaire avec +326 MDH attendus pour un total sectoriel de 1,27 MMDH. Cette hausse des bénéfices des minières sera portée par « l’envolée des cours de la quasi-totalité des métaux produits et la montée en puissance des mines nouvellement entrées en exploitation par Managem, telle que la mine de TRI-K en Guinée », explique la société de recherche.

Les banques, selon CFG, afficheront une amélioration de 221 MDH de leur masse bénéficiaire à 11,4 MMDH, en particulier grâce à la normalisation progressive du coût du risque sur la période. « Toutefois, nos hypothèses intègrent un ralentissement du rythme de normalisation du coût du risque en 2022 pour tenir compte de l’impact potentiel d’une conjoncture nationale difficile sur la rentabilité du secteur bancaire », précise la société de recherche. Il est également possible que la hausse des taux aie un impact sur les activités de marché et la rentabilité des banques.

Le secteur des télécoms devrait voir ses bénéfices progresser de 171 MDH cette année à près de 6,2 MMDH, poussé par l’amélioration des niveaux de rentabilité et des marges dans les filiales africaines de Maroc Telecom, qui devraient plus que compenser les détériorations sur le marché domestique.

Quant à Marsa Maroc, elle devrait voir ses bénéfices progresser de 146 MDH à 746 MDH. Cette année, la valeur devrait profiter de trois facteurs avantageux : « La montée en puissance de sa nouvelle activité, à savoir le transbordement, lancée en 2021 dans le terminal TC3 du port Tanger Med II, la hausse des importations de céréales suite à la mauvaise campagne agricole au niveau domestique et la hausse des importations d’hydrocarbures. »

Le tourisme, s’il devrait globalement générer une perte de 66 MDH cette année, devrait surtout voir sa masse bénéficiaire s’améliorer de 106 MDH, en raison d’une amélioration mécanique de la profitabilité grâce à l’ouverture des frontières et à l’augmentation des arrivées touristiques.

L’énergie, l’automobile et le ciment devraient voir leurs bénéfices baisser

L’inflation et la conjoncture actuelle marquée par une détérioration du pouvoir d’achat de la demande impacteront négativement certains secteurs de la cote.

Le secteur de l’énergie sera le plus lourdement impacté, à en croire les perspectives de CFG Bank. Une baisse de 184 MDH des bénéfices est attendue à près de 2,4 MMDH, du fait d’une forte dégradation des marges des distributeurs d’hydrocarbures, tels que TotalEnergies Marketing Maroc. Cette baisse provient notamment « du renchérissement des cours des hydrocarbures à l’international et de la décision des distributeurs de ne pas répercuter intégralement cette hausse ».

Le secteur automobile devrait également être négativement impacté dans ses profits. Un recul de 133 MDH de la masse bénéficiaire est anticipé à 338 MDH en 2022. Cela s’explique par deux principaux facteurs. Premièrement, « la baisse attendue des volumes de ventes en lien avec le manque de disponibilité de véhicules neufs ». Deuxièmement, « un effet de base défavorable ».

Enfin, les cimentiers devraient connaître une détérioration de leur masse bénéficiaire en 2022, avec un retrait de 100 MDH à 3 MMDH. Le recul devrait être justifié par une baisse de la demande en ciment, et donc des volumes de ventes. Cela fait suite « au renchérissement des matières premières qui devrait conduire à un léger ralentissement du rythme d’avancement des sites de construction », souligne CFG Bank. Les taux de marges brutes des opérateurs cotés, tels que Ciments du Maroc et LafargeHolcim Maroc, sont attendus en baisse en raison de la forte hausse des cours du petcoke à l’international.

Quid de l’évolution et de la valorisation du marché boursier, et la perception des investisseurs dans un environnement incertain ?

Le marché anticipe l’impact d’une tension des taux sur le coût du capital

La cote avait totalement essuyé ses pertes de 2020 en 2021. In fine, la masse bénéficiaire ajustée en 2022 devrait presque égaler celle de 2019 à 30,5 MMDH contre 30,7 MMDH. En termes de valorisation, le marché traite actuellement aux mêmes niveaux qu’en janvier 2020. « Dans une conjoncture normative, comme cela a été le cas en janvier 2020, les niveaux de valorisation en début d’année reflètent les anticipations des investisseurs par rapport aux résultats annuels de l’année antérieure publiés en mars de l’année en cours », explique CFG Bank. Cela laisse supposer que le marché est actuellement valorisé, sachant justement que la masse bénéficiaire devrait égaler celle de 2019 et que le marché traite au même niveau que janvier 2020.

La société de recherche rappelle que le marché demeure ancré dans une dynamique baissière. Elle y voit le signe que les investisseurs anticipent l’impact d’une tension sur les taux au niveau du coût du capital, et de facto sur la valorisation des sociétés cotées. « En effet, bien qu’à l’issue de son dernier conseil tenu le 21 juin, Bank Al-Maghrib aie décidé de garder le taux directeur inchangé à 1,50%, les taux sur le marché secondaire des bons du Trésor ont toutefois augmenté depuis le début de l’année », note CFG Bank. Le taux à maturité 5 ans est passé de 1,98% fin 2021 à 2,36% au 27 juin 2022.

En plus du ralentissement économique, l’Etat devra faire face à un déficit bien supérieur à la période pré-Covid, à 6,3% en 2022 contre 3,6% en 2019. « L’État devra non seulement financier ce déficit, dans un environnement marqué par une augmentation des taux à l’international, mais devra par ailleurs avoir recours aux mécanismes de financements innovants tels que les PPP », souligne la société de recherche. In fine, la hausse des besoins de financement de l’Etat exerce une pression haussière sur les taux. Cette augmentation des taux sera néanmoins tributaire de différents facteurs, comme la capacité du Maroc à se financer à l’international, l’évolution des charges de compensation ou encore l’évolution du taux directeur d’ici la fin de l’année.

« Une forte augmentation des taux entraînera une augmentation du coût du capital, et de facto une baisse des niveaux de valorisation, accélérant davantage l’orientation baissière du marché. Ainsi, au-delà de l’évolution de la masse bénéficiaire en 2022, les niveaux de valorisation du marché demeureront tributaires de l’évolution des taux sur le marché secondaire des bons du Trésor », conclut la note.

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