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L’évolution et les perspectives du secteur du BTP & Construction selon Valoris Securities

L’évolution et les perspectives du secteur du BTP & Construction selon Valoris Securities
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Le 15 juin 2022 à 9h23 | Modifié 15 juin 2022 à 9h23

Le secteur Bâtiment & Matériaux de Construction affiche un retrait en YTD de 15,3%. La demande atone, l’inflation, les perturbations logistiques et les inquiétudes sur les marges freinent les investisseurs. Différents facteurs peuvent cependant booster la demande à court moyen terme, selon Valoris Securities. Voici les perspectives dressées par la société de recherche.

L’Association professionnelle des sociétés de Bourse (APSB) et la Bourse de Casablanca ont poursuivi la 3e édition du cycle de conférences sur les résultats et les perspectives des sociétés cotées ce 14 juin, avec un webinaire sur le secteur de la Construction et du BTP.

La troisième conférence, organisée à la Bourse de Casablanca et retransmise sous format webinaire, a notamment abordé les perspectives et réalisations du secteur BTP et Construction. A noter qu’en YTD, l’indice boursier 'Bâtiment et Matériaux de Construction' affiche une baisse de 15,3%, alors que le MASI a parallèlement diminué de 8,19%. Il convient de mentionner que le secteur représente près de 12% de la capitalisation boursière de la cote.

La conférence a été menée par Ahmed Rochd, responsable analyse et recherche chez Valoris Securities. L’intervenant a rappelé la place importante du secteur dans l’économie nationale. « Le secteur pèse pour plus de 5% du PIB national. Durant la période allant de 2002 à 2010, la croissance du secteur était supérieure à la croissance du PIB. La croissance du secteur sur la période était en moyenne de 6,8% alors qu’elle n’était que de 4,9% pour le PIB. » Mais à partir de 2011, la donne a changé et la croissance du secteur s’est atténuée en raison, notamment, des difficultés du segment de l’immobilier.

Par la suite, il a été très négativement impacté par la crise du Covid-19 et l’arrêt des chantiers provoqué par le confinement. Désormais, le secteur fait face à de nouvelles contraintes.

Un environnement tendu en 2022

Cette année, le secteur du BTP et de la Construction fait face à de nouvelles contraintes, particulièrement depuis la hausse généralisée des prix liée à la forte demande et à la reprise post-Covid, puis à la guerre en Ukraine.

« Nous sommes à des niveaux d’inflation historiques de 5,9% à fin avril », indique l’analyste qui souligne également que, depuis le début de la guerre en Ukraine, les perturbations des chaînes logistiques mondiales ont été accentuées. Cela a conduit à une forte accélération de la hausse des coûts des matières premières sur le secteur du BTP. Qui plus est, cette difficulté est également couplée à « une demande qui tarde à revenir aux niveaux d’avant crise », précise Ahmed Rochd. Il est à rappeler qu’à fin mai 2022, la consommation de ciment a reculé de 3,12% par rapport à la même période en 2021 à 5,27 MT.

Ce cadre globalement morose se ressent également au niveau de l’évolution des crédits immobiliers sur 12 mois, « qui augmente de 2,3% à fin avril contre 3,4% à fin février 2020, avant la crise », précise l’analyste. De plus cette croissance molle intervient dans un cadre global de baisse de l’indice des prix de l’immobilier.

Toutefois, le secteur dispose de différents leviers qui pourraient le dynamiser.

Différents facteurs peuvent booster la demande à court, moyen terme

L’intervenant note trois principaux facteurs qui pourraient être amenés à dynamiser le secteur de la construction. Il s’agit, dans un premier temps, du développement de l’axe Agadir-Dakhla. « Cela devrait se développer durant les dix prochaines années. Le port de Dakhla atlantique devrait être accompagné d’une zone logistique de 1.650 hectares et générer plus de 180.000 emplois. Il s’agit d’un cadre de politique de long terme, et cela servira l’industrie », explique-t-il. Le potentiel a d’ailleurs été suivi par les différents opérateurs, notamment LafargeHolcim Maroc qui s’est installé dans les provinces du Sud, pour y capter des parts de marché avec la construction de son usine d’Agadir.

L’autre levier en question est le fait que l’Etat accompagne la relance par l’investissement. « C’est une politique keynésienne qui stimule la croissance par l’investissement et qui a été menée depuis les années 2000 pour redynamiser l’économie. Cela devrait être appliqué à nouveau, et ce malgré l’inflation. D’ailleurs, le niveau d’investissement observé dans les charges et les ressources du Trésor montre un maintien de ce dernier », explique l’analyste.

Malgré le contexte inflationniste qui devrait impacter les marges de certains opérateurs du secteur, d'autres opérateurs du secteur devraient en profiter. « Les opérateurs industriels qui ont souffert pendant plusieurs années de la dégradation de la conjoncture dans la zone, et qui ont souffert des importations à bas coût, devraient profiter de la hausse des coûts du fret pour mieux se positionner et améliorer leur part de marché », explique l’analyste.

Une baisse attendue de 6% de la consommation de ciment en 2022

D’après les projections de Valoris Securities, la consommation de ciment cette année devrait baisser de 6% par rapport à 2021 à environ 13 MT. Les opérateurs cimentiers nationaux devraient donc subir cette baisse, mais dans des proportions moindres. « En effet, cela devrait être partiellement compensé par une hausse des prix. Une enquête faite par le ministère de l’Industrie a indiqué que, durant le premier trimestre 2022, le prix du ciment a augmenté en moyenne de 3% », précise Ahmed Rochd.

Néanmoins, il est indéniable qu’une baisse des marges aura lieu cette année. La société de recherche anticipe un retrait de 4 points de la marge d’EBIT, essentiellement conduite par la flambée des prix du petcoke. « Le combustible, sur la base des données de l’Office de Change, a vu ses prix moyens à l’import augmenter de plus de 150% au premier trimestre 2022 », souligne l’analyste.

En bourse, la baisse de l’indice BTP & Construction est tirée par les cimentiers

In fine, la conjoncture complexe a fait chuter le secteur en bourse. Cela s’explique également par le fait que les cimentiers pèsent lourd dans cet indice et sont particulièrement impactés du fait de la forte exposition à l’inflation. La société de recherche explique que « hors cimentiers, l’indice affiche une performance de +19%. Si l’on retire Sonasid, la progression en YTD s’affiche à +2,8% ».

Concernant les réalisations au T1-2022, si les cimentiers ont affiché de légères hausses de chiffres d’affaires, ils n’atteignent pas les niveaux pré-crise de 2019. « Les autres valeurs comme Sonasid, Aluminium du Maroc ou encore Jet Contractors ont nettement dépassé le chiffre d’affaires pré-crise du premier trimestre 2019 », explique Ahmed Rochd.

Malgré la situation tendue de l’environnement pour les cimentiers, il ne faut cependant pas se montrer pessimiste, selon Ahmed Rochd qui nuance son propos. « Il y a des facteurs qui devraient soutenir ces deux valeurs, notamment le lancement de la station de broyage à Nador pour Ciments du Maroc, et l’effet sur une année pleine de l’activité générée par l’usine d’Agadir pour LafargeHolcim Maroc. Malgré le fait qu’elles soient les plus exposées à une décélération de la croissance des revenus, elles pourraient maintenir leurs profits et leur dividende cette année. »

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