Voici les nouveaux défis qui se présentent au secteur des assurances marocain
Le secteur des assurances marocain, qui est bien positionné comparativement avec d’autres pays de la région, devrait faire face à trois défis, comme expliqué par Khadija El Moussily, analyste financier chez BMCE Capital Global Research, lors d’une conférence tenue jeudi 26 mai. Analyse.
Le secteur des assurances marocain doit faire face à trois principaux défis : la mise en place du projet solvabilité basée sur les risques; la généralisation de l’assurance maladie obligatoire ; et le démarrage de l’activité Takaful.
C'est ce qu'a avancé Khadija El Moussily, analyste financier chez BMCE Capital Global Research (BKGR), intervenant lors de la conférence organisée, jeudi 26 mai, par l’Association Professionnelle des Sociétés de Bourse (APSB) et la Bourse de Casablanca.
« Les compagnies d’assurance sont confrontées à plusieurs défis et changements réglementaires, qui, in fine, ont comme but de renforcer leur solidité financière et leur résilience », a-t-elle commenté.
La mise en place effective du projet de la solvabilité basée sur les risques est prévue pour l’année 2025. « C’est un projet qui consiste globalement en l’adoption d’une approche qui permet de prendre en compte pour le calcul de la marge de solvabilité de l’ensemble des risques qui sont encourus par les opérateurs, que ça soit le risque de souscription, le risque marché, le risque opérationnel, le risque de contrepartie,… ce qui devrait réduire d’une manière substantielle les excédents de marge des assureurs marocains », ajoute l'analyste. Ce projet porte sur trois piliers :
- Exigences quantitatives: calcul de la marge de solvabilité en fonction de l’ensemble de l’activité d’une compagnie d’assurance ; calcul d’un bilan prudentiel s’appuyant sur une valorisation économique des fonds propres à immobiliser ; calibrage des chocs (en cours de finalisation par l’ACAPS)
- Exigences en matière de gouvernance: Instaurer une gouvernance et une gestion reposant sur des différentes fonctions ; mise en place d’un plan de continuité d’activité ; validation des politiques par le Conseil d’administration et amorçage du déploiement des éléments de la gouvernance.
- Exigences en matière d’information: Exhaustivité et fiabilité de l’information mise à disposition de l’Autorité et du public ; refonte de l’ensemble des états et de reporting prudentiels transmis au régulateur ; mise en place d’un programme de travail devant s’étaler sur 2 à 3 ans.
« C’est un projet qui est assez contraignant mais les opérateurs marocains semblent disposer d’une marge de manœuvre assez importante pour se conformer aux nouvelles règles et aux futures exigences de cette transition », estime cette analyste qui indique que la marge de solvabilité moyenne du secteur est de 369% à fin 2020 contre un minimum réglementaire de 100%. « C’est un niveau qui est assez confortable ».
La généralisation de l’AMO impactera négativement le CA et positivement le RN
Elle a également commenter la réforme de la généralisation de l'AMO et son impact sur le secteur. « C’est un programme qui devrait se faire en plusieurs étapes. Il comprend la généralisation de l’AMO à fin 2022 auprès de 22 millions de personnes ; la généralisation des allocations familiales durant les années 2023 et 2024 ; l’élargissement de la base des adhérents au régime de retraite pour environ 5 millions de personnes à horizon 2025 et la généralisation de l’indemnité pour perte d’emploi en 2025 », indique-t-elle.
L’analyste s’est focalisée sur le volet assurance maladie obligatoire (AMO), en estimant que « la généralisation de cette couverture devrait avoir un impact négatif sur le chiffre d’affaires dans la mesure où les primes maladies des assureurs devraient diminuer en raison de la migration d’une certaine catégorie de clients vers le secteur public », prévoit-elle.
L’impact sur le résultat net, lui, devrait être positif. « Cet évènement devrait pousser les compagnies d’assurance à basculer vers des produits complémentaires qui sont beaucoup plus rentables que des produits basiques, ce qui devrait naturellement améliorer le résultat technique et donc la capacité bénéficiaire globale du secteur », explique-t-elle.
Quid de l’impact de l’assurance Takaful ?
Le démarrage effectif de l’assurance participative a eu lieu cette année suite à l’octroi de 4 agréments par l’ACAPS notamment à Wafa Assurance, MAMDA-MCMA, Takafulia Assurance (filiale de Holmarcom) et La Marocaine Vie.
A rappeler que les offres d’assurance Takaful lancées concernent trois produits : l’assurance ‘’décès’’, les risques bâtiments ‘’multirisque habitation’’ et l’épargne.
« Il y a pas mal de contraintes qui pourraient brider le développement de Takaful. Dans le modèle qui a été adopté au Maroc, à savoir la Wakala, l’opérateur tire sa rémunération uniquement des commissions prélevées à la source sur les contributions au fonds ce qui pourrait réduire la rentabilité des opérateurs, notamment dans le cas d’une cannibalisation entre l’assurance conventionnelle et l’assurance islamique. C’est une cannibalisation qui pourrait avoir lieu lorsque d’autres produits plus diversifiés seront proposés par les assureurs », souligne-t-elle.
Le marché marocain l'un des plus dynamique dans la région
Commentant le secteur et sa dynamique, Khadija El Moussily considère que le "secteur marocain des assurances, le deuxième marché en Afrique, est l’un des marchés les plus dynamiques de la région".
"Il continue de prendre de l’ampleur d’année en année, comme en témoignent plusieurs éléments. Le premier élément concerne l’amélioration de son taux de pénétration qui est passé de 3,7% en 2017 à 4,5% en 2022. C’est un taux qui reste assez aisé comparativement au taux de pénétration moyen des pays émergents de la région EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique, ndlr) qui se situe à 1,9% pour la même année".
Le deuxième élément concerne la croissance à deux chiffres des primes. Les primes émises brutes du secteur marocain ont marqué une croissance de plus de 20% entre 2017 et 2021 à près de 50 milliards de DH.
« En termes de composition, c’est un secteur qui comprend 15 compagnies d’assurances et qui présentent un niveau de concentration assez moyen avec une part de marché agrégé de 69% pour les 5 premiers assureurs. Par branche, le chiffre d’affaires du secteur se situe à hauteur de 53% de la branche Non-vie ».
D’après les données présentées par Khadija El Moussily, qui proviennent de l’ACAPS, Wafa Assurance s’accapare 18,2% des parts de marché, se situant ainsi en tête du classement. Elle est suivie par RMA Watanya (15,4%), Taamine Chaabi (12,7%), Saham Assurance (11,3%), Axa Assurance (11,2%) et AtlantaSanad (10,8%). Pour leur part, La Marocaine Vie, MCMA, Allianz, MAMDA et CAT dégagent une PDM respective de 4,7%, 4,1%, 2,9%, 2,4% et 1,6%,
A noter que cette sélection de compagnies d’assurance comporte 3 assureurs cotés à la bourse de Casablanca, à savoir Wafa Assurance, Saham Assurance et AtlantaSanad.