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Des jeunes entrepreneurs rapportent des délais de paiement deux fois plus longs en 2020

Des jeunes entrepreneurs rapportent des délais de paiement deux fois plus longs en 2020
B.B
Le 18 mars 2021 à 16h21 | Modifié 18 mars 2021 à 16h21

La crise sanitaire a fortement allongé les délais de paiements en 2020, particulièrement pour les TPE. Le télétravail a également contribué au ralentissement des processus des paiements. De jeunes entrepreneurs dans l’industrie ou les services rapportent des délais de paiement deux fois plus longs qu’en 2019. Témoignages.

La crise a fortement allongé les délais de paiement en 2020. Ces derniers étaient déjà problématiques avant l’arrivée du coronavirus, particulièrement pour les très petites entreprises.

Comme nous l'explique Amine Diouri, directeur des études et de la communication chez Inforisk D&B : « A fin 2019, on partait d’une situation où les TPE avaient des délais clients de l’ordre de 210 jours contre 110 pour les PME et 90 pour les grandes entreprises ». Durant la crise, les plus petites structures ont dû faire face à une situation encore plus tendue qu’à l’accoutumée.

Une augmentation des délais de 50 jours en moyenne pour les TPE

C’est ce que nous confirme notre interlocuteur à travers une étude menée par Inforisk en fin d’année 2020. « Il est clair que la Covid-19 n’a fait qu’accentuer cette tendance. Quand la crise a commencé, il y a eu un arrêt brutal d’activité et donc une forte baisse du chiffre d’affaires. Les entreprises ont dû s’adapter et ont retenu autant que possible le cash pour survivre. Le recouvrement est devenu plus compliqué et les délais de paiements se sont allongés » explique notre source.

Le directeur met également en avant le fait que l’immense majorité des entreprises touchées étaient des TPE dont des jeunes entrepreneurs. « Notre étude Inforisk faite en fin d’année dernière auprès de 1 000 entreprises dont une grande majorité de TPE montrait qu’en moyenne, les délais de paiements s’étaient allongés de 50 jours par rapport à la normale » explique Amine Diouri.

La crise sanitaire a également rebattu les cartes quant aux secteurs affectés par la hausse des délais de paiement. « En général, avant la crise, il s’agissait du secteur du commerce, puis le BTP et l’immobilier qui sont les secteurs dit traditionnels. Avec la crise, les secteurs les plus touchés sont ceux qui ont été le plus lourdement impactés par la crise à savoir les cafés, hôtels/restaurants, la location automobile… » explique Amine Diouri.

De jeunes entrepreneurs dirigeants de TPE témoignent de l’impact significatif que la crise a eu sur leurs activités.

Le télétravail a ralenti les procédures

Pour cette jeune entrepreneuse fondatrice d’une marque de mode, les perturbations engendrées par le télétravail ont également fortement ralenti les procédures de paiement. « Ce que nous avons constaté, c’est que le passage du présentiel au distanciel dans les entreprises a totalement chamboulé les habitudes. Nous avons dû refaire toutes les procédures » explique-t-elle.

Elle détaille : « malgré le dépassement des délais légaux, les clients ont demandé à refaire intégralement la procédure à cause des perturbations induites par le télétravail. On nous a demandé de renvoyer toutes les factures et de patienter à nouveau. Nous avons dû attendre en général entre 3 ou 4 mois pour la réception de nos paiements ».

Le directeur des études chez Inforisk D&B abonde en ce sens. « La problématique du télétravail joue également un rôle dans les retards de paiements. Il est fréquent, lorsque l’on demande une information à une personne en charge de l’administration financière, qu’elle ne soit pas sur le lieu de travail et ne puisse pas donner l’information en question. Vous imaginez bien que pour une personne qui a besoin de se faire payer, cette problématique peut être très pénalisante » explique-t-il.

Des délais deux fois plus longs qu’en 2019 pour les jeunes entrepreneurs

Dans les secteurs des services et de l’industrie, deux jeunes entrepreneurs confirment. L’un, travaillant dans les services à la restauration a senti le secteur fortement fragilisé par la crise. « Nous travaillons beaucoup avec les restaurateurs et sachant que le secteur n’a pas été épargné par la crise, nous avons ressenti une vraie difficulté de leur part à faire face aux échéances » explique-t-il.

Equipant les restaurateurs en machines électroniques, il explique que « les délais ont fortement augmenté. En 2019, nous étions sur des délais moyens de deux ou trois mois, désormais nous constatons que les clients mettent 6 mois à payer ».  Et en 2021, les difficultés financières des clients persistent. « Pour tous les nouveaux clients qui arrivent, nous voyons que tous souhaitent payer en plusieurs fois et bénéficier de facilités. Pratiquement personne ne paie comptant. En 2019, cela ne se passait pas du tout comme ça. La part des clients payant comptant était bien plus grande » nous confie le jeune chef d’entreprise.

Pour Brahim Belghiti, fondateur et dirigeant de la société industrielle Pickalty, « j’ai l’impression que l’année 2020 a permis à beaucoup d’acteurs économiques de justifier leur impossibilité à payer en temps et en heure par la crise sanitaire. Depuis le début de la crise, je peux dire que les délais de paiements ont été doublés. Ils sont passés en moyenne de 2 à 3 mois en 2019 à 4 à 6 mois en 2020 » assure le chef d’entreprise.

Une situation qui a amené l’entrepreneur a changé sa politique de livraison pour sécuriser la trésorerie de son entreprise. « Nous avons été obligés de changer notre approche et d’opter pour une politique qui consiste à dire ‘pas de paiements, pas de livraisons’. Nous l’avons mis en place depuis septembre 2020 et depuis cela se passe mieux. On fait un chiffre d’affaires qui est plus bas, naturellement, mais nous préférons préserver la santé financière et la trésorerie de l’entreprise, plutôt que de faire du volume et d’être payé sur à peine 40% de ce que j’ai livré » explique-t-il.

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