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L’élan de la finance participative au Maroc n'a pas été cassé par la crise du Covid (opérateurs)

L’élan de la finance participative au Maroc n'a pas été cassé par la crise du Covid (opérateurs)
Mouna Ettazy
Le 4 février 2021 à 16h49 | Modifié 4 février 2021 à 16h49

Le marché naissant de la finance participative a bien résisté à la crise du Covid-19 en 2020, d’après deux directeurs de banques participatives qui restent optimistes quant à l’évolution future de cet écosystème.

Après avoir connu un arrêt quasi-total de l’activité pendant la période du confinement en 2020, les banques participatives ont pu se redressement grâce au redémarrage qui a commencé en juin et qui s’est accéléré en octobre.

Le jeune marché des banques participatives a pu résister à la crise. Il a même fait une jolie performance et les chiffres en témoignent : l’encours des financements des fenêtres et banques participatives s’est situé à 13,51 milliards de DH à fin décembre 2020, enregistrant ainsi une hausse de 48,1% par rapport à 2019, soit 4,4 milliards de DH additionnels en 2020.

Sollicités par LeBoursier, Youssef Baghdadi, Président du directoire de Bank Assafa -filiale participative d'Attijariwafa bank- et Mouna Lebnioury, Directrice générale de Bank Al Yousr -la banque participative de la BCP-, confirment la résilience des banques participatives en 2020 et trouvent que l’élan de ce jeune marché n’a point été cassé par la crise.

« La reprise à partir du mois de juin nous a permis de sauver l’année. En octobre, le marché a pu être dynamique aussi bien sur la partie immobilière que sur l’automobile. On a pu tirer notre épingle du jeu, et cela s’applique à toutes les banques participatives de la place. Une crise économique engendre des risques, mais, à notre niveau, le risque a été maitrisé en 2020 », affirme Youssef Baghdadi.

« 2020 était une année certes difficile, mais les banques participatives ont enregistré de bonnes performances et Bank Al Yousr a eu de belles réalisations avec une évolution à deux chiffres par rapport à l’année précédente », déclare la DG de Bank Al Yousr.

Et de continuer : « la performance est d’autant plus satisfaisante qu'elle est relative à 9 mois d’activité seulement. En effet, trois mois durant nous étions en quasi-arrêt, nos agences étaient ouvertes certes mais traitaient uniquement les demandes de report, les inquiétudes liées à la crise sanitaire reléguant au second plan les opérations de financement surtout pour la clientèle des particuliers ».

Selon elle, l’élan de l’activité n’a pas succombé à la crise grâce au fait que « les banques participatives traitent une demande naissante, celle-ci est restée latente en période de confinement pour se manifester dès le mois de juin. Maintenant, nous avons une croissance structurelle qui évolue avec le développement de la notoriété et du portefeuille produits ».

Sur le même registre, Youssef Baghdadi confirme que le fait qu’il s’agit d’une nouvelle industrie a contribué à la résistance face à la crise. « C’est un marché qui reste assez jeune. Il y a encore des clients qui sont à la recherche de nos produits »

La résilience se voit aussi au niveau de l’évolution du risque. « Puisqu’on est jeune, on accorde une extrême importance à l’étude des dossiers avant d’autorisant les financements. Notre politique d’engagements reste très prudente et sage parce qu’on venait de démarrer, indépendamment de la pandémie. Du coup, avec la crise, et vu que nos clients étaient solides, on n’a pas assisté à une hausse importante du risque », ajoute-t-il.

De même, « la notoriété de la banque participative commence à s’installer. Quand on a effectué des reports de paiements, on n’a pas facturé ni d’intérêts ni de frais, grâce à ça la clientèle a saisi maintenant la différence entre un financement classique et la banque participative », continue notre interlocuteur.

« Le démarrage de l’assurance Takaful est imminent »

L’activité de la banque participative a pu résister à la crise malgré un démarrage lent et compliqué de cet écosystème qui demeure incomplet à cause du retard de quelques chantiers, notamment celui de l’assurance Takaful.

« Le démarrage de la finance participative a été difficile parce qu’on a démarré en mono-produit, il n’y avait que la Mourabaha immobilière. L’écosystème n’est toujours pas au complet, la partie assurance n’est pas encore finalisée », commente Mouna Lebnioury.

« Ce chantier a pris une vitesse supérieure récemment. Le démarrage de l’assurance Takaful est imminent. On espère l’avoir au 2ème trimestre 2021 », nous informe le Président du directoire de Bank Assafa.

Malgré le retard de l’assurance Takaful, les banques participatives ne restent pas les bras croisés. Elles élargissent progressivement leur palette de produits. « Nous nous attelons à compléter la palette de produits. Depuis la Mourabaha immobilière, il y a eu la Mourabaha véhicule et la Mourabaha équipement pour adresser aussi bien les besoins des particuliers que les besoins d’investissement de l’entreprise », souligne la DG de Bank Al Yousr.

« A Bank Al Yousr, nous sommes particulièrement à cheval sur l’accélération de l’offre participative à destination de l’entreprise, et avons dans ce sens été précurseurs dans le lancement du financement SALAM pour accompagner les entreprises dans leurs besoins de trésorerie, qui sont davantage plus accrus dans le contexte du Covid. Nous avons aussi mis sur le marché plusieurs autres solutions à destination toujours de l’entreprise Marocaine », nous indique-t-elle.

Il faut démystifier davantage la finance participative

Certes, le marché de la finance participatif évolue, mais il lui faut plus d’effort de démystification pour capter le maximum du potentiel existant. « Nous assistons à une belle évolution, qui reste néanmoins tributaire de l’effort de démystification de la finance participative à travers un grand effort de communication. Le potentiel est là, nombreuses sont les entreprises qui continuent d’évoluer timidement et qui ratent des opportunités parce qu’elles ne veulent pas avoir recours aux financements bancaires classiques. Avec la finance participative, nous leur ouvrons de nouveaux horizons afin d’accélérer leur évolution en mettant à leur disposition de nouvelles sources de financement en parfaite adéquation avec leurs principes », déclare le DG de Bank Al Yousr.

« Maintenant, c’est à nous d’aller vers cette clientèle pour qu’elle apprenne à nous connaître et à connaitre les produits que nous lui proposons. 3 ans après le démarrage de l’activité de la banque participative, il y a de quoi être fière de cette expérience. Et du fait de l’implication forte du régulateur et des banques mères qui ont à cœur de réussir cette expérience et de faire prospérer cette finance, il n’y a aucune inquiétude ni incertitude à avoir. Le succès qui montre déjà ses premiers signes finira par arriver », conclut-elle.

Youssef Baghdadi, lui, insiste sur le fait qu’il s’agit d’un marché naissant et qu’il lui faut du temps pour progresser. « On vient de démarrer. La clientèle commence petit à petit à se familiariser avec nos produits. Il faut laisser du temps à ce marché pour qu’il prenne sa place et arrive à progresser en suivant une vitesse supérieure », pense-t-il.

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