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Bourse: Malgré la crise, les investisseurs étrangers n'ont pas fui en 2020 (CFG Capital Markets)

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B.B.
Le 22 janvier 2021 à 18h20 | Modifié 22 janvier 2021 à 18h20

Malgré la crise subie en 2020, les investisseurs étrangers sont toujours sur le marché marocain. A fin septembre 2020, ils étaient toutefois vendeurs nets avec 888 millions de dirhams sur le marché action. Leur part dans la capitalisation flottante stagne depuis près de 10 ans. Le Maroc pourrait les attirer d’avantage en améliorant la liquidité du marché et la communication financière. 

Après une année de crise à la Bourse de Casablanca, comme dans toutes les places boursières mondiales, les investisseurs étrangers ont-ils fui le marché marocain ?

Certes, à voir les chiffres de l’AMMC sur le troisième trimestre 2020, les Personnes Morales Etrangères (PME) et les Personnes Physiques Etrangères (PPE) étaient  principalement des vendeurs nets sur les 9 premiers mois de l'année 2020. Ils affichent un volume d'achat de 2 843 millions de dirhams et un volume de vente de 3 731 millions de dirhams. Ils ont donc effectué des ventes nettes de 888 millions de dirhams à fin septembre 2020.

Achats et Ventes des Personnes Morales Etrangères (PME) et Personnes Physiques Etrangères (PPE) sur les 5 derniers trimestres sur le marché central actions.

(En MDH)

Achat

Vente

Net

T3-2019

822

1175

-353

T4-2019

1070

1310

-240

T1-2020

1058

1306

-248

T2-2020

1187

1501

-314

T3-2020

598

924

-326

 

Source : AMMC

Mais pour Bachir Tazi, directeur de CFG Bank Capital Markets, si on analyse la dynamique sur le long terme, la tendance est plutôt à l’équilibre. « Si l’on exclut les mouvements erratiques à court terme où on peut assister à de l’inflow et de l’outflow de la part des étrangers, la tendance est quasiment équilibrée entre les achats et les ventes ».

Une présence en bourse inchangée grâce à une vision à long-terme

En réalité, la présence des investisseurs étrangers sur la place marocaine n’a pas véritablement été affectée en 2020 par la crise de la covid-19. 

Bachir Tazi nous explique : « Ce que l’on voit dans nos statistiques, c’est que la présence des investisseurs étrangers est restée plus ou moins la même avant et pendant la crise. Depuis une dizaine d’année, les investisseurs étrangers représentent en moyenne 3% de la capitalisation totale. Je parle ici des participations étrangères hors stratégiques. Il s’agit uniquement de la partie flottante. Les investisseurs étrangers représentent environ 12% de la capitalisation flottante soit entre 18 et 20 milliards de dirhams ».

Ce maintien peut s’expliquer par différentes raisons. Notamment une vision d’investissement sur le long terme et une confiance dans la solidité des fondamentaux du Maroc. Il poursuit : « il faut savoir que ces investisseurs sont là pour le très long terme et peuvent très bien supporter plusieurs mois de crise. Ils savent que derrière, les fondamentaux restent solides tant ceux des sociétés cotées que ceux de l’économie marocaine en général. Ils ont d’ailleurs une vision qui est bien plus globale que les investisseurs locaux car ils sont sur plusieurs marchés et disposent d’une base de comparaison ».

Un autre indicateur à retenir concernant les investisseurs étrangers au Maroc, c’est leur contribution au volume quotidien de la place (marché central). « On observe que depuis 4 ou 5 ans, cette tendance n’a pas vraiment évolué et se maintient aux alentours de 13 à 14% » précise notre source.

Des fonds d’investissement aux stratégies différentes

Les Personnes Morales Etrangères représentent l’écrasante majorité des investisseurs étrangers sur la place casablancaise. Mais que sait-on de leur profil et a-t-il changé en 2020 ?

Le directeur de CFG Bank Capital Market nous décrit leurs aspects. « Pour l’écrasante majorité, ces investisseurs étrangers sont des fonds d’investissement, mais avec des stratégies de placement différentes » confie-t-il. Il y a deux grandes familles d’investisseurs étrangers. Les actifs et les passifs. 

« Les passifs sont des investisseurs qui ont des politiques d’investissements basées sur un benchmark. Ils traquent les indices et essaient de répliquer leur composition. Le plus suivi pour ceux qui s’intéressent au marché marocain ce n’est pas le MSCI FM, c’est le FM 100, un sous-indice du Fontier Markets. Le Maroc pèse environ 11,5% de cet indice » explique notre interlocuteur.

Il poursuit, « ces investisseurs traquent cet indice là et leur intervention sur le marché dépend de la tendance mondiale de l’industrie de l’asset management. Quand on est dans une tendance favorable, de collecte d’actifs, ils vont implémenter le Maroc dans ces pondérations-là. Quand il y a une tendance défavorable, comme ce que nous avons eu avec la crise de la Covid-19, ils vont devoir baisser leur exposition sur tous les marchés et notamment sur le Maroc ».

Le problème est que depuis la sortie du Maroc de l’indice Emerging Markets en novembre 2013, son attractivité aux yeux des investisseurs étrangers a été impactée. « La poche destinée à être investie dans l’indice MSCI Emerging Markets est bien supérieure à celle réservée au Frontier Market » déplore Bachir Tazi. Qui plus est, l’indice Frontier a perdu de son intérêt, notamment depuis la sortie de membres porteurs à l’instar du Koweït récemment. « Même si notre pondération a augmenté dans l’indice Frontier suite à la sortie du Koweït, la poche d’investissement a diminué ce qui annule cet effet. L’objectif à terme est bien de revenir sur l’indice Emerging Markets pour mieux attirer les investisseurs étrangers » explique Bachir Tazi.

D’autres fonds d’investissement ont des stratégies actives. C’est-à-dire, une approche plus sélective de l’investissement. « Il y a deux approches. Une sélective, dite de Stock Picking et une dite Top-Down. Le Top-Down est un intérêt porté à l’économie marocaine en général. L’investisseur va chercher du potentiel par niche d’activité et investira dans celle remplissant ses critèresLe stock Picking est une sélection de certaines valeurs. Soit il cherche une histoire intéressante avec un potentiel d’avenir. Ou alors des valeurs qui sont sous-pricées par le marché et qui renferment un fort potentiel de croissance » explique notre source.

Attirer les investisseurs étrangers passera par une amélioration de la liquidité

Si la présence des investisseurs étrangers en bourse stagne depuis près d’une décennie, la place casablancaise pourrait améliorer son attractivité. Cela passerait par différents chantiers, dont certains sont en cours. « Entre autres, la liquidité de la place est à améliorer pour booster son attractivité. Il s’agit du critère principal à améliorer, pour remonter dans l’indice Emerging Markets » nous confie Bachir Tazi. Une piste qui conduirait la place à mieux diriger les investisseurs passifs.

« Au-delà de ça, il faut que nous soyons aptes à attirer plus d’entreprises à la cote. Cela augmentera le flottant, la profondeur du marché et améliorera à terme l’attractivité du marché pour les investisseurs étrangers » explique le directeur de CFG Bank Capital Markets. L’amélioration de la communication financière de la part des émetteurs de la place est également un moyen de faire venir les investisseurs étrangers. « Cela passe pas l’ensemble des acteurs, sociétés de bourse, sociétés cotées, la Bourse de Casablanca, pour donner plus de visibilité et du rayonnement au marché marocain. De gros efforts sont faits mais nous restons un marché qui demeure moins visible que d’autres », conclut-il.

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