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Covid-19 : Vulnérable et fragile, la mondialisation ne sortira pas indemne de la crise sanitaire (Fathallah Oualalou)

Covid-19 : Vulnérable et fragile, la mondialisation ne sortira pas indemne de la crise sanitaire (Fathallah Oualalou)
I.B.
Le 6 juillet 2020 à 16h42 | Modifié 6 juillet 2020 à 16h42

D’après Fathallah Oualalou, le choc économique provoqué par la pandémie a révélé l’extrême vulnérabilité de la mondialisation, présentée jusque-là comme triomphante. Toutefois, cette fragilité a permis de tirer des leçons, des points de réflexion et des opportunités de développement, notamment pour le continent Africain et le Maroc.

Fathallah Oualalou, Senior Fellow au Policy Center of the New South, ancien ministre des finances et de l’économie, professeur d’économie et auteur de plusieurs ouvrages sur la mondialisation a analysé l’impact la pandémie du Covid-19, aussi soudaine que violente, sur la mondialisation.

Il estime que la mondialisation ne sortira pas indemne de la révision radicale du fonctionnement de l’économie, des remises en cause des politiques publiques, des systèmes politiques et sociétaux. Il y aura désormais l’avant Covid-19 et l’après Covid-19.

Le besoin de santé et de sauvegarde de la vie humaine vont devenir des choix stratégiques des politiques publiques. Au même rang que la sécurité et la paix, la santé est en passe de devenir un bien commun de l’humanité.

Cependant, le côté positif de la crise du Coronavirus, c'est qu'elle a révélé la dimension mondialisée de la recherche médicale et scientifique dans sa course pour trouver le vaccin ou remède contre le Covid-19. Elle a souligné l’excellence de l’interconnexion entre laboratoires et instituts de recherche à travers le monde, dans un esprit de collaboration et d’échange.

Covid-19 : des leçons à tirer pour une mondialisation plus avancée

Selon Oualalou, il y a deux leçons à tirer de la crise sanitaire.

- La première : il a été démontré que la mondialisation de plus en plus avancée devient source d’incertitudes. Sa complexité reflète la grande vulnérabilité de l’homme et appelle à de nouveaux comportements sur le plan politique et économique en faveur de plus d’humilité, d’humanité et de solidarité.

- La seconde est en relation avec l’intensité de l’interdépendance entre les nations, leurs économies et leurs vécus pour le meilleur (les biens communs en termes de santé, progrès, croissance et équité) et pour le pire (pandémie, angoisse, arrogance, hégémonie et crises).

Ainsi, il y a le besoin des pays de réduire leur dépendance vis-à-vis du lointain. La régionalisation aura tendance à s’affirmer et à s’approprier les chaînes de valeur. 

Le post Covid-19 : A la sortie de la crise sanitaire, le monde aura besoin de bâtir les fondements d’un réel  bien-être

La sortie de la crise actuelle constitue une opportunité et un moment de projection sur l’avenir pour en gérer à court terme les conséquences et ainsi bâtir un monde nouveau.

Selon l’ex-ministre, le monde a besoin d’une réelle sérénité, d’un nouvel ordre, d’une nouvelle cohérence et d’une refondation en termes de mode de gouvernance et de centres d’intérêt. Donc, d’une grande concertation autour des questions : santé, économie, environnement.

Il est ainsi nécessaire de redonner un nouveau souffle au multilatéralisme, déstabilisé par les conséquences de la crise de 2008, mais aussi par les changements dans les rapports de force et par la négation de l’exacerbation des inégalités et des injustices politiques.

D’autre part, il faut modifier la base de calcul du PIB pour y intégrer de nouveaux paramètres : le degré d’équité, c’est-à-dire la répartition de la richesse et des revenus, la capacité à couvrir les besoins fondamentaux de l’homme (santé, éducation et logement) et le besoin de respecter les règles environnementales et combattre le réchauffement climatique.

Par ailleurs, c’est grâce à la technologie que la mondialisation restera actuelleLe big data sera un atout pour ceux qui le produisent et le maîtrisent. Il n’y aura pas de mouvement de démondialisation. Le stade avancé des progrès technologiques et les interdépendances entre les complexes productifs interdiront tout retour en arrière. 

L’Afrique et le Maroc face face au Covid-19 : retour vers la régionalisation

“La vulnérabilité que le Covid-19 a révélée nous interpelle nous, Marocains, Maghrébins, Sud-méditerranéens et Africains. Elle doit nous conduire à prendre conscience de la valeur du voisinage comme un bien commun, à ouvrir nos frontières, créer les bases de réconciliation et de rapprochement, pour renforcer notre position de négociation dans la gestion de la mondialisation post-2020.” souligne Fathallah Oualalou, dans une analyse. 

Il précise que cette vulnérabilité doit conduire les pays africains à promouvoir les partenariats nécessaires pour réduire leur dépendance vis-à-vis du reste du monde.

Si, à court terme, la crise actuelle a brisé les liens économiques et les réseaux de production à l’échelle mondiale, elle n’en favorise pas moins les solidarités régionales. Toutefois, après 2020, les chaînes de valeur régionales pourraient se substituer aux chaînes de valeur mondiales. La proximité prendra sa revanche sur le lointain.

Ainsi, la relocalisation des activités industrielles pour les intégrer dans une logique régionale permettra de redonner à la Méditerranée sa centralité en tant que mer européenne et Africaine.

D’ailleurs, le post Covid-19 est une opportunité pour le Maroc qui doit s’imprégner des réflexions dans le débat autour du devenir de la mondialisation. Selon la même source, le Royaume devra ainsi renégocier ses rapports avec la proximité, et exiger de l’Europe qu’elle s’ouvre sur de nouvelles  logiques de partenariat avec l’aire sud-méditerranéenne et africaine sur la base de la coproduction.

Cela va, d’ailleurs, dans le sens des intérêts de l’Union européenne elle-même que de traiter la question de la relocalisation et de captage des chaînes de valeur mondiales dans un cadre régional qui dépasse celui de la seule Europe. Le traitement du dossier de relocalisation industrielle par les Européens doit être en rapport avec celui du couple développement-immigration dans la grande région afro-sud-méditerranéenne.

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