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Venezuela: la production de pétrole chute à des niveaux plus vus depuis 1943

Venezuela: la production de pétrole chute à des niveaux plus vus depuis 1943
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Le 18 juin 2020 à 14h43 | Modifié 18 juin 2020 à 14h43

La production de pétrole du Venezuela, dont l'or noir a longtemps fait la richesse, a chuté en mai à des niveaux inédits depuis près de 80 ans, une dégringolade qui alimente l'effroyable crise économique que traverse le pays sud-américain.

En compilant des "sources secondaires" -- qui font référence en la matière -- l'OPEP indique dans son rapport mensuel publié mercredi que le Venezuela a pompé chaque jour en mai 54.000 barils de moins qu'en avril, tombant à un total de 570.000 barils par jour (b/j).

Le Venezuela n'a jamais aussi peu produit depuis 1943. A l'époque, le pays, par la suite membre fondateur du cartel des pays producteurs, extrayait en moyenne 491.463 b/j, selon les chiffres du gouvernement consultés par l'AFP.

Mais cette chute, pour spectaculaire qu'elle soit, s'inscrit dans le lent processus de décrépitude du secteur pétrolier vénézuélien qui produisait 3,2 millions de barils/jour il y a douze ans encore.

Si l'opposition autour de Juan Guaido met en avant un cocktail de corruption, de gabegie et d'incompétence pour expliquer cette chute, le pouvoir chaviste pointe du doigt l'éventail des sanctions prises par Washington contre le secteur pétrolier visant à mettre le président socialiste Nicolas Maduro sous pression.

Jusqu'à 2018, le Venezuela envoyait 500.000 b/j de brut aux Etats-Unis et recevait de ce pays 120.000 b/j de pétrole léger et d'additifs nécessaires au raffinage. Mais en avril 2019, l'administration Trump a mis en place un embargo sur le pétrole vénézuélien particulièrement draconien.

En outre, souligne la société S&P Global Platts, Caracas a dû réduire ces dernières semaines sa production de brut en raison de "limitation de stockage" et du "manque de pétrole léger" pour fluidifier le brut extra-lourd et le rendre transportable.

En mars, confronté à un manque de liquidités indispensables pour se fournir en essence à l'étranger, le Venezuela est tombé en panne sèche. Le pays a connu une pénurie de carburants que seule l'arrivée de cinq pétroliers iraniens chargés de 1,5 million de barils de combustibles a réussi à palier. Pour le moment.

-"La rente, c'est fini"-

Le manque de pétrole ne fait "qu’aggraver la récession", observe l'économiste José Manuel Puente. Avec une économie qui s'est contractée de moitié en sept ans, des pénuries de médicaments et d'essence et une hyperinflation de plus de 9.000% en 2019, le Venezuela est confronté à la pire crise de son histoire récente.

Le Venezuela "est au bord de l'effondrement", prévient M. Puente.

Pourtant, la manne pétrolière faisait encore il y a peu la fierté du Venezuela qui se targue de disposer des plus grandes réserves prouvées au monde. L'or noir lui a rapporté 750 milliards de dollars entre 2004 et 2015.

Et les postes de ministre du Pétrole et de patron de la compagnie pétrolière publique PDVSA sont parmi les plus importants du système politique chaviste. Nicolas Maduro a ainsi récemment nommé Tareck El Aissami, un homme de confiance, au ministère et Asdrubal Chavez, un cousin du défunt président Hugo Chavez (1999-2013), à la tête de PDVSA.

Mais "la rente, c'est fini", constate Carlos Mendoza Potella, économiste à la Banque centrale du Venezuela. D'ailleurs, poursuit-il, à quoi bon avoir les plus grandes réserves de pétrole "si on ne peut pas en profiter?".

Et une récupération du secteur pétrolier paraît peu probable à court ou même à moyen terme. Emportés dans la spirale baissière mondiale, les cours du brut vénézuélien se sont effondrés en même temps que la baisse de la demande due à la crise sanitaire du Covid-19.

Le 24 avril, le baril de pétrole vénézuélien ne valait plus que 9,9 dollars, un plus bas en vingt ans. Il s'est ensuite redressé à 13,45 dollars le 1er mai. Depuis cette date, le ministère du Pétrole ne publie plus de chiffres.

Pour l'économiste José Manuel Puente, la seule planche de salut réside dans une ouverture au secteur privé, un tabou jusqu'à maintenant. "Seuls, nous n'y arriverons pas. Nous n'avons ni la technologie, ni les ressources financières, ni les ressources humaines", dit-il.

(AFP)

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