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Plombée par le coronavirus, l'Allemagne se prépare à la récession

Plombée par le coronavirus, l'Allemagne se prépare à la récession
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Le 15 mai 2020 à 15h11 | Modifié 15 mai 2020 à 15h11

Le Produit intérieur brut allemand du premier trimestre, publié vendredi 15 mai, devrait donner un avant-goût du choc infligé par la pandémie de coronavirus à la première économie européenne, avant un plongeon bien plus brutal au printemps.

Même en débutant mi-mars, peu avant la fin du trimestre, les mesures de restriction suffisent à déprimer l'activité: les experts cités par l'outil d'analyse financière Factset prévoient une chute de 2,1% de l'économie allemande sur cette période par rapport au trimestre précédent, et de 2,5% sur un an, du jamais vu depuis la crise financière de 2008.

Comme l'ensemble des pays européens, l'économie allemande a subi un choc multiforme, puisque le confinement décrété face à la crise sanitaire a paralysé la production de nombreux secteurs, fortement ralenti les échanges et bridé la consommation.

Et le deuxième trimestre, entre début avril et fin juin, devrait connaître un plongeon de 10% du PIB allemand sur un an, inédit depuis cinquante ans, selon des projections communes des principaux instituts économiques publiées début avril.

L'espoir d'un rebond rapide après quelques semaines de ralentissement s'est dissipé et, malgré l'assouplissement des restrictions en mai, la pandémie devrait peser sur l'économie tout au long de l'année.

Pour 2020, le gouvernement allemand prévoit une récession de 6,3%, la plus forte depuis le début des calculs en 1970. Et la pandémie devrait amputer de près de 100 milliards d'euros les recettes fiscales par rapport à la précédente prévision d'octobre, a précisé jeudi le ministre des Finances.

 Industrie en souffrance 

"Après dix ans de croissance, les conséquences de la pandémie" posent "un grand défi économique et politique", a déclaré fin avril le ministre de l'Economie Peter Altmaier.

L'industrie exportatrice, pilier du modèle économique allemand, est particulièrement en souffrance, après avoir déjà été plombée en 2019 par les tensions commerciales et les inquiétudes liées au Brexit.

En mars, la production industrielle a reculé de 9,2% sur un mois, du jamais vu depuis 1991, selon l'office fédéral des statistiques Destatis.

Le secteur automobile est sinistré: les immatriculations se sont effondrées en mars de 37,7% sur un an, la pire chute depuis 30 ans. En avril, l'Allemagne a produit 97% de voitures en moins sur un an.

Les conglomérats industriels sont également à la peine, Thyssenkrupp et Siemens ayant vu un fort recul de leurs résultats nets en début d'année, victimes d'une baisse de la demande dans de nombreux secteurs clients, dont l'automobile.

La compagnie allemande Lufthansa, premier groupe européen aérien, perd actuellement un million d'euros "par heure" à cause de la chute du trafic aérien, quand le numéro 1 mondial du tourisme TUI, s'apprête à supprimer 8.000 emplois.

 Quel rebond ? 

Avec la réouverture en mai des magasins et de nombre de lieux publics, l'objectif est désormais d'accélérer la relance économique. Berlin prévoit un rebond dès 2021, avec une croissance attendue de 5,2%, espérant renouer en 2022 avec les niveaux de production de 2019.

"L'Allemagne sortira de la crise plus rapidement et plus vigoureusement que les autres pays occidentaux", car elle a "dépensé plus d'argent pour sauver son économie", et a été "moins touchée" par le virus, prédit Carsten Brzeski, de la banque ING.

Pour faire face à la crise, Berlin a tourné le dos à la rigueur budgétaire, adoptant un plan ambitieux de garanties publiques de prêts et d'aides directes aux entreprises, représentant un volume de 1.100 milliards d'euros.

Mais l'économie "ne pourra reprendre que si les principaux partenaires commerciaux" de l'Allemagne, dont "ses voisins européens", la Chine et les Etats-Unis, "renouent avec la croissance", souligne Jens-Oliver Niklash, économiste pour la banque LBBW.

Une condition d'autant plus délicate à remplir que le coronavirus attise les tensions sino-américaines, qui pourraient, comme en 2019, plomber le commerce mondial, et l'activité de l'industrie exportatrice allemande.

L'Allemagne est d'ailleurs "structurellement plus faible" qu'il y a dix ans, lors de la "crise de 2008/2009", estime Carsten Brzeski. Avant même la pandémie, le PIB n'a progressé que de 0,6% en 2019, freiné par les difficultés de l'industrie.

Signe des incertitudes de la reprise, le constructeur Volkswagen a annoncé mercredi interrompre pour quelques jours certaines lignes de montage, tout juste rouvertes en mai, en raison d'une faible demande automobile.

(AFP)

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