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Démission attendue du chef de l'OMC en pleine crise économique mondiale

Démission attendue du chef de l'OMC en pleine crise économique mondiale
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Le 14 mai 2020 à 15h10 | Modifié 14 mai 2020 à 15h10

La démission attendue du directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), le Brésilien Roberto Azevedo, a fait l'effet d'une bombe jeudi 14 mai, alors que la pandémie de coronavirus a mis l'économie mondiale à terre.

Réagissant à des informations de presse annonçant qu'il allait quitter son poste avant la fin de son mandat en 2021, un porte-parole de l'organisation, Keith Rockwell, a indiqué à l'AFP que "'OMC aura une annonce à ce sujet après la réunion des chefs de délégation à 16h00 (14H00 GMT)".

Selon plusieurs sources diplomatiques, l'avenir du Brésilien sera à l'ordre du jour de la réunion.

Le probable départ prématuré du Brésilien en septembre intervient au moment où l'économie mondiale enregistre son plus violent coup de frein depuis la Grande Dépression des années 1930. Le commerce international est frappé de plein fouet par la pandémie de nouveau coronavirus qui a fait s'effondrer la production et les échanges.

L'OMC traverse quant à elle depuis des mois une crise profonde, le tribunal réglant les litiges commerciaux entre ses membres ne pouvant plus compter sur son organe d'appel, bête noire de Washington.

Si elle est confirmée, la démission du patron de l'OMC "tombe à un bien mauvais moment pour l'institution", estime ainsi Sébastien Jean, directeur du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII).

"Le système commercial est profondément déstabilisé à la fois par les tensions préalables, notamment les critiques acerbes du président américain, les entorses multiples aux accords, la guerre commerciale US-Chine et la paralysie de l'organe d'appel, et par les mesures commerciales prises en réaction à la crise, notamment les restrictions aux exportations diverses et variées", explique-t-il à l'AFP.

 Un fin négociateur 

Diplomate de carrière, Roberto Azevedo, qui a pris la tête du gendarme du commerce mondial en 2013 en succédant au Français Pascal Lamy, a commencé son second mandat de quatre ans en septembre 2017. Son mandat devait en principe s'achever fin août 2021.

Avant d'être le patron de l'OMC, il était depuis 2008 le représentant permanent du Brésil auprès de cette organisation où il s'était forgé une réputation de fin négociateur. Il avait ainsi été chef de délégation dans des litiges clés remportés par le Brésil à l'OMC: dans le cas des subventions pour le coton contre les États-Unis et des subventions à l'exportation de sucre contre l'Union Européenne.

Lors de sa première candidature, il avait d'ailleurs mis l'accent sur le fait que son élection débloquerait les négociations commerciales qui étaient au point mort depuis des années.

Et en 2014, après six mois de blocage, les Etats membres de l'OMC avaient donné leur feu vert au lancement d'un accord douanier historique (TFA) visant à dynamiser le commerce mondial, en simplifiant les procédures douanières.

 Sous pression américaine 

Mais les pays peinent depuis à conclure de nouveaux accords, et n'arrivent même pas à trouver une entente pour interdire les subventions favorisant la surpêche. La conclusion d'un accord à ce sujet a échoué lors de la 11e ministérielle de l'OMC à Buenos Aires fin 2017, et la 12e ministérielle, qui devait se tenir du 8 au 11 juin à Nur-Sultan au Kazakhstan et sur laquelle l'OMC avait fondé tous ses espoirs, a dû être reportée sine die en raison de la pandémie de Covid-19.

Malgré ses tentatives de discussions, Roberto Azevedo n'a pas non plus réussi à empêcher les Etats-Unis de tordre le bras juridique de l'OMC. L'instance d'appel de l'organe de règlement des différends (ORD) de l'OMC, dont la nomination des juges est bloquée par Washington, n'est en effet plus opérationnelle depuis le 11 décembre, faute de magistrats suffisants.

Depuis l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, l'organisation internationale et son patron assistent par ailleurs, impuissants, aux hostilités commerciales entre les Etats-Unis, la Chine et l'Union européenne.

Les Etats-Unis pressent d'ailleurs l'OMC de réviser le statut de la Chine, qui selon Washington usurpe son statut de pays en développement pour en tirer un avantage économique.

Reste à savoir qui pourrait reprendre la tête de l'OMC. A Genève, les regards se tournent vers l'Afrique, selon plusieurs sources diplomatiques.

"Il y a un consensus (...) pour que la succession ne revienne pas à une grande puissance économique, et ça ne peut être ni un Chinois ni un Américain" compte tenu de la guerre commerciale que se livrent les deux puissances, indique une source diplomatique à l'AFP.

(AFP)

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