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Le pétrole bon marché ne devrait pas avoir la peau des renouvelables

Le pétrole bon marché ne devrait pas avoir la peau des renouvelables
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Le 28 avril 2020 à 11h52 | Modifié 28 avril 2020 à 11h52

Paradoxal, mais à première vue seulement: le pétrole toujours moins cher, et qui par moments vaut littéralement moins que rien sur le marché, ne devrait pas remettre en cause l'essor des énergies renouvelables, estiment les experts.

Avec la pandémie de Covid-19 qui cloue les avions au sol et ferme les usines, la demande d'or noir s'est effondrée, tandis que dans le même temps l'Arabie Saoudite se lançait dans une violente guerre des prix, en augmentant sa production.

Les pays producteurs ont fini par s'entendre pour limiter un peu leur production. Trop tard: le pétrole reste surabondant, les stocks se remplissent et les cours se sont effondrés.

Le Brent de la mer du Nord valait moins de 20 dollars le baril mardi matin: sa valeur a été divisée par trois en trois mois. Aux Etats-Unis, les prix ont même été temporairement négatifs: des producteurs ou négociants étaient prêts à payer pour se débarrasser de leurs barils.

"Les changements sur le marché pétrolier ont des répercussions sur l'ensemble du secteur de l'énergie", estime l'Agence internationale de l'énergie (AIE), qui conseille des pays développés sur leur politique énergétique.

"Une période durable de cours bas affecterait les perspectives des transitions vers des énergies plus propres", craint-elle.

Du pétrole très bon marché sur le long terme pourrait ainsi entraver les efforts en faveur des économies d'énergie ou de l'essor du véhicule électrique.

"Si les cours du brut sont déprimés pendant longtemps, ce qui est tout à fait possible, les véhicules électriques auront plus de difficultés à pénétrer le marché", admet Ryan Kellogg, professeur à l'université de Chicago.

Pour autant, l'expert ne voit pas le pétrole bon marché déstabiliser fondamentalement la transition vers les renouvelables, "certainement pas dans le court à moyen terme".

 Pétrole risqué 

En fait, en premier lieu, "cette situation déstabilise l'industrie du pétrole" elle-même, ajoute François Chartier, chargé de campagne chez Greenpeace.

Aux Etats-Unis, le groupe texan Diamond Offshore, spécialisé dans les forages en eaux profondes, a ainsi déposé le bilan dimanche.

Selon M. Chartier, la déprime des cours pose la question de la viabilité de la production d'hydrocarbures, dont la rentabilité repose parfois sur des hypothèses de cours à 50 dollars, sur des scénarios d'exploitation pendant des dizaines d'années.

Or ces prix sont de moins en moins garantis, sans compter la pression politique pour que l'utilisation des hydrocarbures décline face à l'urgence climatique.

Le risque pour les compagnies pétrolières et leurs actionnaires est donc de se retrouver avec des actifs qui ont perdu toute valeur.

"Pour un investisseur institutionnel, une banque, aujourd'hui les nouveaux projets pétroliers sont super risqués", observe ainsi François Chartier. A l'inverse, "investir à long terme, sur des projets à 30 ou 40 ans d'énergies renouvelables c'est plus un placement sécurisé".

Les énergies renouvelables sont devenues compétitives, avec une chute des coûts de l'éolien et du solaire ces dernières années. Et leurs revenus sont souvent garantis par les pouvoirs publics (même s'il y a de moins en moins de subventions) ou par des contrats d'achat de long-terme par de grandes entreprises ou institutions.

 Stabilité contre volatilité 

Les géants pétroliers et gaziers, qui ont commencé à se diversifier en investissant dans l'électricité d'origine renouvelable, ne reviennent d'ailleurs pas sur ces dépenses, malgré la crise historique du secteur.

Eni (Italie) va diminuer de 30% ses investissements en 2020, le britannique BP - qui a annoncé mardi une lourde perte trimestrielle de plus de 4 milliards de dollars - de 25%, le français Total de 20% et l'américain ExxonMobil de 30%.

Mais "nous avons sanctuarisé le budget" pour les renouvelables, a récemment assuré le PDG de Total, Patrick Pouyanné, qui veut investir 1,5 à 2 milliards de dollars dans ce domaine cette année.

Selon lui, les contrats de long terme pour fournir de l'électricité d'origine renouvelable apparaissent "comme un facteur de stabilisation dans notre modèle économique".

"Au cours actuel, les retours (sur investissement) du pétrole et du gaz sont maintenant en ligne avec ce que les investisseurs peuvent attendre de projets solaires et éoliens à faible risque", confirme Valentina Kretzschmar, du cabinet Wood Mackenzie.

"La transition énergétique est là pour durer", prédit l'experte.

(AFP)

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