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Pétrole: échec à l'Opep, la Russie refuse de nouvelles baisses de production

Pétrole: échec à l'Opep, la Russie refuse de nouvelles baisses de production
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Le 9 mars 2020 à 9h01 | Modifié 7 septembre 2023 à 15h44

L'Opep voulait tailler drastiquement dans la production de pétrole, la Russie a dit non : l'absence d'accord entre les deux alliés ce vendredi 6 mars porte un "coup psychologique" aux marchés et risque d'accroître la déroute des cours entraînée par le coronavirus.

La réunion entre l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et leurs alliés rassemblés autour de Moscou a tourné au psychodrame en Autriche après l'échec des Russes et des Saoudiens à trouver un terrain d'entente pour affronter les conséquences de l'épidémie mondiale.

A l'issue d'une journée de pourparlers, le ministre russe de l'Énergie Alexandre Novak a annoncé un retour au chacun pour soi : il n'y aura plus d'obligation, à partir du 1er avril, de continuer à observer les stricts quotas que les 23 pays producteurs de l'Opep+ s'étaient fixés depuis 2017, selon M. Novak.

Ce rebondissement a encore fait plonger les prix du pétrole. Le WTI, baril de référence aux Etats-Unis, pour livraison en avril, a plongé de 10,1%, à 41,28 dollars, un niveau plus vu depuis avril 2016.

Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mai a lui dégringolé de 9,4% à 45,27 dollars à Londres, soit son prix de clôture le plus bas depuis près de quatre ans.

Poursuite des consultations

Jeudi 5 mars, les 13 pays membres de l'Opep avaient proposé à Moscou de supporter l'essentiel d'une coupe collective supplémentaire de 1,5 million de barils par jour à compter du mois prochain et jusqu'à la fin de l'année 2020.

Mais la Russie, chef de file des 10 partenaires du cartel, s'est affranchie de cette alliance en refusant d'assumer le tiers des coupes (500.000 barils) qui lui était réservé.

Les représentants des 23 pays producteurs de pétrole ont quitté en ordre dispersé le siège de l'Opep, visages fermés, annulant une conférence de presse prévue à l'issue de leurs discussions. "Il n'y a pas d'accord, et il n'y a pas de plan B non plus", résumait un des rares délégués à s'exprimer devant les médias.

Le secrétaire général nigérian de l'Opep, Mohammed Barkindo, a tenté de faire bonne figure, refusant d'acter la fin de l'alliance Opep+ et assurant à la presse que "les consultations se poursuivaient dès ce soir". Le prochain cycle de réunions ministérielles reste prévu en juin à Vienne.

A moyen terme, les cours bas risquent de peser lourdement sur les budgets des pétromonarchies du Golfe et pourraient aussi remettre durablement en cause le mariage de raison scellé par l'Opep et ses alliés pour tenter de peser sur les prix.

L'absence d'accord est un "coup psychologique" porté au marché, a commenté Ann-Louise Hittle, analyste de Wood Mackenzie, qui a aussi souligné le risque "d'une production effrénée" d'or noir dès le mois d'avril alors que l'offre est déjà excédentaire.

Concurrence américaine

Depuis 2017, les membres de l'Opep+ avaient fixé de stricts quotas de production en retirant du marché 1,2 million de barils par jour. En décembre dernier, l'alliance avait accru cette réduction de 500.000 barils tandis que l'Arabie saoudite en retirait, à titre individuel, 400.000 de plus.

Un nouvel ajustement drastique semblait encore nécessaire afin de ne pas laisser l'épidémie ruiner ces douloureux efforts : les revenus pétroliers sont frappés de plein de fouet par le coup de frein de l'économie chinoise, premier importateur mondial d'or noir.

Mais la Russie, deuxième pays producteur mondial de brut derrière les États-Unis et devant l'Arabie saoudite, a basé ses prévisions budgétaires sur un baril de Brent à 42,4 dollars et répète se satisfaire des prix actuels.

Pour les majors russes du pétrole, tout baril retiré du marché implique une baisse des rentrées financières et le risque de céder des parts de marché aux États-Unis, qui inondent la planète de leur pétrole de schiste.

"Les Russes peuvent vivre avec un baril à 40 dollars et il semble qu'ils soient prêts à supporter des prix encore plus bas à court terme", observe Edward Moya, analyste chez Oanda.

Selon Matt Weller, de Gain Capital, "la Russie s'est aussi sans doute dit que si la baisse des prix durait des semaines, voire des mois, elle en souffrirait moins vite que les producteurs américains".

(AFP)

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