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Afrique. Voici les principaux enjeux économiques de 2020

Afrique. Voici les principaux enjeux économiques de 2020
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Le 24 février 2020 à 18h55 | Modifié 24 février 2020 à 18h55

Managing Partner de Mazars, Abdou Diop nous parle ici des principaux sujets qui animeront la scène politique et économique du continent en cette année 2020. Des sujets qui seront débattus demain lors des Africa Talks, évènement organisé par le cabinet de conseil.

Le Maroc est un des principaux investisseurs en Afrique. Ses entreprises sont présentes un peu partout, aussi bien à l’ouest qu’à l’est du continent. Les événements politiques, sociaux ou économiques de ces régions constituent dès lors un véritable enjeu pour les décideurs nationaux.  

D’où l’intérêt de l'évènement qu’organise Mazars en ce début d’année : les Africa Talks, où seront dressés les différents enjeux auxquels fait face l’Afrique en 2020.

Politiques, analystes, diplomates, économistes, entrepreneurs et acteurs sociaux de divers horizons animeront les différentes tables rondes. L’évènement qui aura lieu, mardi 25 février, au Four Season de Casablanca, sera retransmis en LIVE par Le Boursier.

Le Managing Partner de Mazars, Abdou Diop, nous donne ici un avant goût des sujets qui seront débattus et de leur importance pour les investisseurs et décideurs marocains.

Elections présidentielles : la tentation du troisième mandat

Il y’a d’abord le politique, où de grands enjeux vont se jouer cette année.

« Il y a des élections importantes qui vont se dérouler avec des enjeux assez particuliers, notamment en Guinée Equatoriale et en Côte d’Ivoire. Ce sont deux pays où il y a énormément d’investissements marocains. Suivre ce qui s’y passe est très important », souligne Abdou Diop.

En Guinée, le président Alpha Condé, 81 ans, compte briguer un troisième mandat, après 10 années au pouvoir. Mais pour ce faire, un changement constitutionnel doit être opéré avant la fin de son deuxième mandat qui s’achèvera en octobre. Une idée lancée en 2019 par Condé, et qui fait face à une vive opposition.

En octobre également, la Côte d’Ivoire aura rendez-vous avec une élection présidentielle. « L’élection de tous les dangers », avancent plusieurs médias locaux. Et pour cause : l'actuel chef de l'Etat, Alassane Ouattara, qui avait promis en 2017 de ne pas se représenter, fait miroiter l’option du troisième mandat. Sa décision n’est pas officiellement prise, mais Ouattara, 78 ans, entretient toujours le flou sur ses réelles ambitions. Un sujet qui agite la scène politique et fait craindre à plusieurs observateurs le retour des tensions, la crise post-électorale de 2010 et ses 3 000 morts étant toujours dans les mémoires…

Autre pays où des élections vont se tenir dans un contexte tendu : l’Ethiopie. Prévu pour mai 2020 (sauf report), le scrutin général se prépare en effet sur fond de batailles politiques, mais surtout dans un contexte d’intensification des affrontements intra-communautaires. Des élections sous haute tension qui peuvent déboucher, comme le rapportent plusieurs observateurs, sur une reprise à forte échelle des heurts ethniques.                     

En dehors de ces enjeux conjoncturels, l’Afrique reste confrontée sur le plan politique à des enjeux classiques de terrorisme, de guerre, notamment dans la région du Sahel, souligne Abdou Diop.

Zleca, Franc CFA et modèles de croissance

Sur le plan économique, des enjeux importants animeront l’année 2020. A commencer par la concrétisation de la zone de libre-échange continentale, la Zleca.

« C’est l’année où les choses doivent se concrétiser. Cette zone de libre-échange apporte également le défi de l’industrialisation pour l’Afrique, un enjeu majeur pour les économies africaines », souligne Diop.

Entrée en vigueur le 30 mai 2019, l’accord portant Zleca a été ratifié par 22 états africains, dont le Maroc. Les parties signataires devront se pencher cette année sur les modalités pratiques devant rendre cette zone de libre-échange opérationnelle. Ce qui ne sera pas chose aisée, car il faudra s’entendre sur un certain nombre de facteurs comme les concessions tarifaires sur le commerce de marchandises, les règles d’origines, l’élimination des obstacles non tarifaires…

La création de cette zone permettra, pour rappel, la libéralisation des échanges économiques inter-états et d’augmenter le niveau de commerce intra-africain de près de 25% à moyen terme pour atteindre 52% à long terme. Actuellement, seulement 16% du commerce des pays africains s’effectue avec d’autres pays du continent et ce dernier ne représente que 2% du commerce mondial.

Autre évènement majeur : la disparition du Franc CFA, annoncé en fin d’année par le président français Emmanuel Macron et Alassan Ouattara, président en exercice de l’UEOMA. Cette monnaie, considérée comme un des derniers vestiges de la colonisation, sera remplacée par l’ECO, dans huit pays de la zone : Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo.

Pour Diop, le changement ne produira pas, pour l’instant, grand-chose. « C’est un changement  de nom, puisque l’arrimage à l’euro et la garantie de la France seront maintenue. En revanche, il faut discuter dès maintenant des prochaines étapes, et des futurs enjeux comme les modalités de flexibilisation de cette monnaie, du panier de devises auquel elle doit être rattachée… ».

>>> Lire à ce sujet :

Fin du Franc CFA : révolution ou simple bascule technique

Un sujet qui concerne en premier lieu les banques marocaines, fortement exposée dans la zone UEMOA. Une forte dépréciation de la monnaie, scénario que beaucoup d’économistes craignent en cas de détachement de l’euro, pourrait en effet avoir de lourdes conséquences sur les équilibres du système bancaire. « Il n’y a pas un grand risque pour les banques marocaines », pense  toutefois Abdou Diop. « Nos banques sont habitués à travailler dans des environnements de monnaies flexibles, voire instables, comme en Tunisie ou en Egypte. Ca ne sera pas très compliqué à gérer. Par contre, là où il y a un risque, c’est la fuite des capitaux et les restrictions de devises que ce changement peut générer », explique-t-il.

Des changements majeurs sont donc à attendre. Mais pas que sur le plan monétaire ou du commerce intercontinental. Car 2020 connaîtra également l’aboutissement de plusieurs réflexions sur les modèles de croissance et de développement. « Comme au Maroc, plusieurs pays ont lancé des réflexion sur leur modèle de croissance : Ethiopie, Bénin, Sénégal, Burkina Faso… Ces pays veulent mettre en place des modèles plus inclusifs, qui répondent à la demande des populations », signale Abdou Diop.

Autre enjeu : la relation du contient avec les puissances économiques dans un environnement international plus que jamais instable. Le retrait des USA de la scène, le Royaume Uni qui essaie de redéfinir ses relations avec le continent après le Brexit, la montée en force de la Russie, de la Chine… sont autant de sujets qui façonneront la géopolitique du contient.

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