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Pour Steve Eisman, la star de “Big Short”, difficile de prédire la prochaine crise

Pour Steve Eisman, la star de “Big Short”, difficile de prédire la prochaine crise
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Le 28 novembre 2019 à 9h23 | Modifié 28 novembre 2019 à 9h23

De la guerre commerciale à la prochaine élection présidentielle américaine, il y a tellement d'éléments susceptibles d'affecter l'économie qu'il est "difficile de prédire actuellement" quand démarrera la prochaine récession, estime Steve Eisman, un investisseur surtout connu pour avoir anticipé la crise financière de 2008.

Il avait alors misé sur l'effondrement du marché immobilier après avoir vu se multiplier les défaillances des ménages américains ayant souscrit aux désormais fameux "subprimes", ces prêts immobiliers à risque aux taux variables et rapidement prohibitifs. Son pari, audacieux et au final très lucratif, est narré dans le film "The Big Short", sorti en 2015.

Il est peu probable qu'un tel cataclysme se reproduise, avance-t-il lors d'un entretien à l'AFP dans les locaux de Neuberger Berman, son nouvel employeur, pour qui il gère le fonds Absolute Alpha.

Cette crise "systémique", qui a "failli faire brûler la planète", était due à l'endettement trop important des banques et à l'explosion des "subprimes".

"Ce risque n'existe plus. L'endettement (des établissements financiers) est beaucoup moins important aux Etats-Unis et en Europe, les banques sont mieux réglementées", estime-t-il.

 "Erreur à 100%" 

Une récession de moindre ampleur reste tout à fait possible. Mais l'économie pourrait tout aussi bien continuer à croître poussivement pendant encore plusieurs années.

"Il y a trop de variables pour tenter de deviner ce qui va se passer", estime-t-il.

Si une crise devait arriver, Steve Eisman ne s'inquiète pas spécialement pour les ménages. "La qualité du crédit aux Etats-Unis est très bonne, en particulier du côté des consommateurs", juge l'expert.

En revanche, les entreprises ayant emprunté de la dette sur les marchés financiers pourraient trinquer. Comme les banques ne peuvent plus, à cause du durcissement de la réglementation, détenir trop d'actifs, elles ne viendront pas à l'aide des entreprises en difficulté en rachetant une partie de leur dette, ce qui fera baisser encore plus leur valeur, anticipe le spécialiste.

Avec les taux d'intérêt à un très bas niveau, on peut envisager plusieurs années de croissance faible assortie d'une inflation tout aussi limitée. "L'argent est gratuit, ce qui rend possible beaucoup de choses qui ne le seraient pas autrement", observe l'investisseur.

Les politiques monétaires actuelles sont à ses yeux "une erreur à 100%".

La Réserve fédérale a bien relancé la machine début 2009 avec son premier programme d'assouplissement quantitatif, dit "QE1". Elle a alors apporté énormément d'argent sur les marchés financiers en achetant de la dette de toutes sortes.

 Lecteur de Piketty 

Mais les programmes suivants n'ont pas permis de spécialement stimuler la croissance, qui reste aux environs de 2% depuis 2010, remarque-t-il.

"L'argent est allé sur le marché des actions et a permis aux entreprises de racheter leurs propres titres", avance le spécialiste.

Les personnes pouvant se permettre d'avoir un portefeuille d'actions "sont devenues encore plus riches" tandis que les épargnants étaient affectés par les taux bas, déplore-t-il.

Pour cet homme qui se targue d'avoir lu jusqu'au bout le best-seller de Thomas Piketty, "Le Capital au XXIe siècle", "le manque de redistribution des revenus est fondamentalement ce qui empêche la croissance de décoller plus".

Cette évolution était déjà, selon lui, à l'origine de la crise de 2007-2009.

A partir des années 1980, les fruits de la croissance économique ont commencé à se concentrer sur un petit pourcentage de la population.

"Plutôt que d'affronter le problème, les responsables politiques ont décidé, consciemment ou inconsciemment, de démocratiser le crédit" et de permettre à tout à chacun d'emprunter lourdement, ce qui a fini par mener à la crise des "subprimes", estime-t-il.

Aujourd'hui, l'inégale distribution des richesses entrave la croissance car la propension des gens fortunés à consommer est bien moins importante que celle des gens aux revenus modeste.

Si un dollar est donné à 10.000 personnes, il sera probablement dépensé et créera de la richesse alors que si 10.000 dollars sont donnés à une seule personne, elle en dépensera probablement beaucoup moins, avance-t-il en guise d'exemple avant de conclure: "je pense que les Américains ne sont pas assez sensibles à la nature même de ce problème."

(AFP)

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