Flexibilité du DH: l'élargissement de la bande de fluctuation probablement pas avant 2020
Mohamed Benchaâboun et Abdellatif Jouahri attendront probablement la sortie à l'international du Trésor pour élargir la bande de fluctuation du Dirham. Le Wali de la Banque centrale, pour sa part, rapporte que les opérateurs économiques ne sont pas tout à fait prêts pour la transition.
L’élargissement de la bande de fluctuation du taux de change du dirham, maintenue à 5% (+/-2,5%) depuis le début de la réforme du régime de change il y a maintenant plus d’une année et demi, ne semble pas imminent ou en tous les cas pas prévu pour les quelques mois qui restent de l'année 2019.
Interpelé sur la question lors de la conférence de presse suivant le troisième conseil trimestriel de Bank Al-Maghrib pour cette année, Abdellatif Jouahri, gouverneur de la Banque centrale, a réitéré sa volonté de s’assurer que tous les pré-requis nécessaires à une transition indolore soient en place, avant de se lancer dans l'aventure.
"Nous voulons nous assurer que les opérateurs économiques notamment les TPME ont bien assimilé la réforme, et qu'ils recourent aux outils qui sont mis en place au niveau des banques", a avancé Jouahri, en omettant de livrer le moindre détail sur l’horizon temporel de cette opération. La décision n'a manifestement pas été prise.
Par "outils mis en place au niveau des banques", le patron de la Banque centrale fait allusion aux différents types de couvertures contre le risque de change offerts par les établissements bancaires. Abdellatif Jouahri veut donc s’assurer que les entreprises faisant appel à des opérations de change, notamment les plus petites entreprises, comprennent le risque qui accompagne une éventuelle variation significative du taux de change du dirham engendrée par sa flexibilisation, et se couvrent contre ce risque là.
Diverses sources contactées dans les salles de marchés de différentes banques indiquent toutefois que sous les conditions actuelles du régime de change au Maroc, il n’y a eu aucune ruée des opérateurs économiques vers les couvertures contre le risque de change, d’autant plus que la monnaie nationale n’a à aucun moment frôlé les extrémités de la bande de fluctuation de 5%, n'engendrant à aucun moment un risque pour les opérateurs économiques.
Il y a donc lieu de se demander pourquoi une telle crainte face à une éventuelle volatilité de la monnaie nationale si le gouvernement venait à élargir davantage sa bande de fluctuation, alors que le Dirham n’a pas significativement bougé en cette première phase de flexibilisation, considérée en quelque sorte comme une phase de test pour lui.
Pour sa part, Abdellatif Jouahri rapporte quelques lacunes relevées auprès des opérateurs économiques: "Nous nous sommes réunis avec la CGEM et le secteur bancaire en avril dernier, et nous avons senti qu’il y a encore un effort à faire, notamment en termes de pédagogie, d’éléments de formation ou d’information, etc.", a-t-il indiqué, en précisant que la Banque centrale insiste énormément sur les conditions appliquées à la petite et moyenne entreprise "qui n’a pas un accès direct aux salles des marchés des banques".
Dans l'attente de la sortie internationale du Trésor
Au-delà de ces réglages techniques pilotés par la Banque centrale, le gouverneur de celle-ci a indiqué qu’il se réunit ce 25 septembre avec le ministre de l’Economie et des Finances Mohamed Benchaâboun pour discuter autour de l’élargissement de la bande de fluctuation du Dirham et d’autres points conjoncturels.
"C’est l’un des points que j’ai inscrits à l’ordre du jour pour cette réunion. Cela nous permettra aussi d’avoir un aperçu sur la loi de Finances 2020, notamment en ce qui concerne la sortie à l’international du Trésor qui a d’ailleurs été confirmée pour 2019", a indiqué Jouahri. "A ce moment là, nous déciderons du moment opportun pour l’élargissement de la bande".
L’hypothèse selon laquelle les autorités monétaires et financières attendent d’encaisser les fonds liés à cette sortie à l’international (au moins un milliard d'euros et probablement davantage) avant de procéder à un élargissement de la bande de fluctuation du dirham s’avère vraisemblablement correcte et logique.
Les autorités veulent à tout prix éviter une pression sur les réserves de change du pays, qui ne retrouvent pas leurs niveaux de 2017 (250 milliards de dirhams, couvrant près de 6 mois d'importations de biens et services), représentant à l'époque un argument solide pour la flexibilisation du régime de change de la monnaie nationale. Ces réserves là sont encore à un niveau relativement confortable, mais bien moindre que le pic atteint en 2017.
Car en prenant en considération les deux émissions prévues du Trésor sur le marché international, et selon les calculs de Bank Al-Maghrib, l’encours des réserves internationales nettes s’établirait à 239 milliards de dirhams à fin 2019 et à 234,3 milliards au terme de 2020, assurant la couverture d’un peu plus de 5 mois d’importations de biens et services.
En tous les cas, l'élargissement de la bande de fluctuation est prévisible, et le gouvernement et la Banque centrale sont tenus de le réaliser pour arriver à la libéralisation totale du régime de change du dirham prévue au terme de la réforme de celui-ci.
Les deux parties sont les seuls à détenir les clés de cette décision, et ceux-ci n'annonceront aucune date à l'avance (contrairement à ce qui s'est passé en 2017). Mais eu égard aux différents arguments présentés pour expliquer le retard de la transition, l'année 2020 est désormais inscrite dans le calendrier des opérateurs économiques comme étant celle où se passera le changement, initialement escompté pour 2019.