BMCE Bank : Alpha Mena persiste et signe dans sa recommandation à la vente
Les analystes de la firme tunisienne avancent que leur opinion reste défavorable sur le titre, soutenue par la majorité des méthodes d’évaluation. Ils indiquent toutefois que leur modèle n'intègre pas le plan de développement stratégique de la banque, ni les augmentations de capital planifiées.
Dans une récente note de recherche, la firme de recherche et d’analyse financière basée à Tunis recommande de vendre le titre BMCE Bank. Et pour cause, une valorisation à 160 dirhams, soit -10,9% contre le cours actuel de la valeur bancaire (180 dirhams).
"Depuis le début de l’année, BMCE BOA suit une tendance négative en dépit d’un news flow riche", expliquent les analystes d’Alpha Mena.
Pour eux, l’entrée dans le capital de la banque d’un actionnaire étranger (le groupe britannique CDC qui a acquis 5% du capital) n’a pas réussi à attirer l’attention des investisseurs; bien que cette transaction soit "relativement coûteuse" selon les analystes, avec une prime de 15% par rapport au prix actuel.
"Clairement, les difficultés du groupe tant au niveau international qu’au niveau de ses marchés domestiques entravent le renversement de la tendance à la baisse du titre, qui dure depuis 5 ans maintenant", ajoutent les analystes d’Alpha Mena. Ils soulignent que le gap entre le titre BMCE et l’indice du secteur bancaire marocain, regroupant les six banques cotées, s’élargit avec le temps. Le graphe suivant le montre.

Source: Alpha Mena
"Notre opinion reste défavorable sur le titre, soutenue par la majorité des méthodes d’évaluation", ajoute Alpha Mena. Les analystes avancent toutefois que leur modèle d'évaluation n'intègre pas pour le moment le plan de développement stratégique de la banque, ni les augmentations de capital planifiées, qui totaliseront 6 milliards de dirhams.
Ils ajoutent que les difficultés de la banque découlent d’une exposition africaine risquée, avec un taux de créance en souffrance à 10,6% contre 4,2% en Europe et 7,4% au Maroc; et un positionnement concurrentiel limité dans son principal marché, le Maroc.
"Perdre des parts de marché n’aide pas la banque à maintenir un chiffre d’affaires dynamique, alimentant la baisse des bénéfices. Ce qui explique le potentiel négatif affiché par la valeur intrinsèque, sur la base du ROE", expliquent les analystes.
Ce dernier est attendu à 8,91% en 2019, ramenant le ratio price-to-book implicite du groupe à 1,07x, soit un potentiel baissier de 87%.
"Atteindre un niveau de ROE de 12% comme prévu par le management nécessite une nouvelle stratégie et le renforcement des fonds propres par 6 milliards de dirhams", peut-on lire sur la note d’Alpha Mena. "La banque se concentrera sur le développement de sa présence africaine et travaillera à une meilleure intrusion dans le marché local".
"En fructifiant ses activités marocaines, la banque devrait améliorer ses marges, actuellement sous pression (une marge nette de 12,4% en moyenne sur les trois dernières années, contre 13,6% pour l’activité internationale). Développer les activités du groupe sans augmenter la structure de ses dépenses est le nouveau défi de la banque, qui souffre d’un très haut coefficient d’exploitation comparativement au secteur bancaire marocain", ajoutent les analystes d'Alpha Mena. C'est ce que montre le graphe suivant.

Source: Alpha Mena
La firme de recherche estime que simuler l’impact de cette nouvelle stratégie sur son prix cible est une tâche difficile. Mais Alpha Mena avance que l’impact sur la valeur intrinsèque est résumé par l’augmentation le price-to-book de 1,5 fois, ce qui porte la valeur des fonds propres théoriques de la banque à près de 40 milliards de dirhams: "Ce niveau de valorisation est proche de la transaction de CDC (5% de plus)",
Mais pour l’instant, Alpha Mena estime que l’opportunité d’acquérir un ROE immédiat de 12% est déjà disponible sur le marché boursier marocain: "Attijariwafa Bank en est un bon exemple", concluent les analystes de la firme.
Rappelons que CDG Capital avait valorisé la banque de Othman Benjelloun à 195 Dirhams en mai dernier, en émettant une recommandation "neutre". Par ailleurs, la valorisation réalisée dans le cadre de la dernière augmentation de capital annoncée par le groupe a abouti sur un prix de souscription de 180 dirhams.