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CDG Capital : les banques marocaines en Afrique sont rentables, mais sous-capitalisées

CDG Capital : les banques marocaines en Afrique sont rentables, mais sous-capitalisées
Sara El Hanafi
Le 12 mars 2019 à 12h30 | Modifié 12 mars 2019 à 12h30

C'est le constat tiré par les analystes de la banque d'affaires dans une étude sur les banques marocaines en Afrique subsaharienne. Si elles présentent un des meilleurs taux de rentabilité du monde, les filiales africaines du groupe Attijari, BCP et BMCE Bank ne disposent pas de suffisamment de fonds propres pour faire face aux multiples risques qu'elles encourent. 

 

Le continent africain représente une véritable composante stratégique dans l'activité des banques marocaines, avec une contribution de près de 30% à leurs résultats annuels. Dans une note de recherche publiée le 8 mars, les analystes de CDG Capital livrent un diagnostic des opportunités et des défis présentés par le continent pour le secteur bancaire marocain.

Les pays couverts par cette étude sont le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Mali, le Sénégal, le Togo et le Niger, que CDG Capital regroupe sous le sigle PIBMA (Pays d’Implantation des Banques Marocaines en Afrique). Les résultats réalisés par les banques marocaines en Afrique Subsaharienne proviennent en effet pour près des deux tiers (66%) de ces pays.

"En l'espace de quelques années, le secteur bancaire en Afrique a connu une forte croissance et des transformations structurelles importantes", écrivent les analystes de CDG Capital.

Ces transformations sont surtout marquées par la réduction de plusieurs groupes européens de leur exposition africaine, à l'instar des groupes français BNP Paribas et Crédit Agricole; parallèlement au développement significatif des banques marocaines dans la région.

En 2018, les banques marocaines sont présentes dans une vingtaine de pays africains avec une part de marché de 27,8% dans la région de l'UEMOA.

Banques des PIBMA : les champions mondiaux de la rentabilité

Les calculs des équipes de CDG Capital révèlent que les banques des PIBMA se démarquent par rapport aux autres banques à l'échelle internationale, en surpassant significativement leurs pairs en termes de rentabilité.

Courant 2017, ces banques affichent la meilleure rentabilité financière dans l'industrie bancaire mondiale, avec un ROE à 17%, comparativement à 14,1% pour l'Amérique Latine.

Une dynamique qui touche également les filiales marocaines présentes dans la région, avec un ROE moyen sur la période 2013-2017 de 17,3% contre 13,3% pour les banques originaires des PIBMA, 14,3% pour les banques occidentales et 11,2% pour les banques panafricaines.

Un positionnement obtenu principalement grâce à l’optimisation des charges. En effet, les filiales marocaines affichent l’un des taux de coefficient d’exploitation les plus faibles des PIBMA, soit 55% contre 59% pour les banques originaires de la région.

Mais globalement, la rentabilité est atténuée par une structure de coûts élevés. Les charges d'exploitation représentent 2,6% du total bilan dans les PIBMA alors qu'au Maroc elles représentent seulement 1,8%. Idem pour le coefficient d'exploitation, dont la moyenne reste tout de même élevée à 57,3%  dans les PIBMA contre une moyenne de 50,6% au Maroc.

D'une autre part, les créances en souffrance sont en hausse dans la majorité des PIBMA, avec un TCAM de 10,9% sur les cinq dernières années.

"Toutefois, cette hausse est moins importante que celle des crédits, résultant ainsi à un taux d’impayés en baisse, à 12,7%, contre 20,5% en 2008. Il demeure toutefois supérieur au niveau du Maroc qui ressort à 8,1%".

Des risques à l'horizon

D'une autre part, CDG Capital estime dans sa note que les nouvelles exigences réglementaires, le resserrement des conditions de refinancement de la BCEAO, et la montée en force des opérateurs télécoms dans les services bancaires (notamment avec le mobile money), alertent sur les risques inhérents au secteur bancaire en Afrique.

Tout d'abord, les analystes estiment qu'à court terme, les revenus des banques des PIBMA devraient être sous pression: "Les revenus des banques sont marqués par une baisse graduelle de la contribution de la marge d’intérêt, qui devrait se développer à un rythme plus lent par rapport aux cinq dernières années, compte tenu de la tendance baissière des taux débiteurs et de la décélération de la distribution des crédits avec l’entrée en vigueur à partir de janvier 2018 de Bâle II & III".

Le durcissement des règles prudentielles devrait avoir un impact sur les bénéfices des banques africaines. L'adoption du ratio de couverture des liquidités (LCR) risque de freiner les rendements des actifs, tandis que le ratio de financement net stable (NSFR) pourrait faire grimper les coûts de financement pour les banques.

D'une autre part, la montée en puissance des FinTech devrait également mettre sous pression la marge sur commissions, à cause d'une baisse des coûts des transactions.

Les fonds propres sont également mis à l'épreuve: "Dans les PIBMA, nous remarquons une croissance moins marquée des fonds propres, comparativement à celles des bilans. Le ratio FP/total actif a touché en 2016 son plus bas historique à 7,2% depuis 2007 contre 6,5% pour les filiales marocaines".

Dans ce sens, quelques actions ont été entreprises par les banques marocaines, à travers diverses augmentations de capital.

Mais les analystes de CDG Capital jugent ces recapitalisations insuffisantes: "En dépit du renforcement en fonds propres, les filiales marocaines dans les PIBMA restent sous-capitalisées comparativement à leurs pairs, affichant un ratio FP/Total Actif de seulement 7,1% (2017) contre 9,4% pour les banques occidentales et 8,3% pour l’ensemble des banques PIBMA", soulignent-ils.

Le rapport de CDG Capital fait état d'une sous-capitalisation provenant essentiellement des filiales de la BCP, qui affichent un ratio de 4,7% contre 7,8% pour la BMCE et 8,8% pour Attijari.

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Sara El Hanafi
Le 12 mars 2019 à 12h30

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