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Le paiement mobile n'est toujours pas opérationnel : les raisons du blocage

Le paiement mobile n'est toujours pas opérationnel : les raisons du blocage
Sara El Hanafi
Le 5 février 2019 à 18h31 | Modifié 5 février 2019 à 18h31

Des professionnels estiment que les solutions lancées par les banques sont un simple dérivé du mobile banking, et que ce type de paiement n'atteindra ses fins d'inclusion financière qu'avec l'avènement de wallets non bancaires, lancés par les établissements de paiement. Une étape qui suppose la mise en place de l'interopérabilité et surtout l'adhésion des commerçants. Un vaste chantier.

 

B-PayWePayBeztam-E… les lancements de solutions de paiement mobile par différentes banques de la place se sont succédé l’année dernière, promettant de révolutionner le monde du paiement cashless aussi bien pour les particuliers que pour les commerçants.

Parmi les neuf  établissements de paiement agréés, seule Wafacash a suivi le mouvement et a lancé son application Jibi.

Une première avancée dans un chantier qui promet de bonifier les chiffres de l’inclusion financière au Maroc, et de marquer un progrès significatif dans la réduction des transactions en cash.

Mais il faut dire que depuis le lancement en grande pompe de ces applications, un flou total entoure leur utilisation effective.

Discrètement, quelques banques ont annoncé à travers leurs propres plateformes la possibilité d’effectuer des paiements commerçants via leurs applications de paiement mobile, comme le règlement de la vignette automobile ou l’achat de billets d’avion. Les opérations de transfert de fonds entre les utilisateurs particuliers d’une même application de paiement mobile sont également possibles.

C’est en gros l’essentiel des opérations qui peuvent être réalisées du moment que l’interopérabilité, qui permet le transfert de flux entre les applications de paiement mobile de différents opérateurs, n'est pas encore officiellement lancée. 

C’est pour cela que plusieurs professionnels du secteur estiment que le paiement mobile, dans son essence, n’a pas encore véritablement démarré : "Ce que nous avons maintenant, ce sont de simples applications de mobile banking, destinées aux personnes déjà bancarisées et qui disposent de comptes bancaires adossés à leur wallets", nous explique une de nos sources.

"Le paiement mobile, qui remplit les véritables finalités d’inclusion financière, et qui arrivera donc avec les comptes de paiement, n’est pas encore totalement opérationnel", ajoute-t-elle.

Dans le même sillage, certains estiment que les établissements bancaires, en accélérant le lancement de leurs applications de paiement mobile se sont mis sur le devant de la scène; doublant ainsi les établissements de paiement et leurs comptes de paiement qui représentent le pilier et la véritable nouveauté du chantier du paiement mobile.

Ces comptes de paiement sont plafonnés et limités aux opérations de paiement ou de retrait et dépôt, et ne donnent pas droit à la délivrance d'un chéquier ou l'obtention d'un crédit à l'instar des comptes bancaires. Ils constituent en quelque sorte un outil de familiarisation aux services de paiement pour les personnes non bancarisées et, en conséquence, la première étape dans leur intégration dans le circuit cashless.

Certains types de ces comptes de paiement pourront être ouverts auprès d'agents détaillants, comme les épiciers.

Les banques ne peuvent pas en revanche ouvrir des comptes de paiement ni recruter des agents détaillants, ce qui en dit long sur le type de proximité et de facilité d'accès que les comptes de paiement promettent à leurs utilisateurs.

Interopérabilité: les règles de la place pas encore arrêtées

Un paramètre clé qui promet la réussite du paiement mobile au Maroc est l'interopérabilité. Diverses dates ont été communiquées quant à son démarrage effectif, sans qu'il y ait d'annonce concrète.

Aux dernières informations, la plateforme de switch national qui permet l'interopérabilité est mise à la disposition des établissements bancaires et de paiement pour les besoins de l'homologation. Des tests ont été réalisés entre les différents wallets existants et ont été réussis.

Cela étant, rien ne présage d'un démarrage imminent de ce paramètre. Et pour cause: il n'y a pas encore eu d'accord autour des règles de la place qui régissent l'interopérabilité, notamment en matière de coûts.

"Il y a une volonté de Bank Al-Maghrib pour que le coût ne soit pas trop élevé", nous indique une source contactée par Le Boursier. Elle explique que les coûts induits par le paiement mobile en général et par l'interopérabilité en particulier ne doivent pas influer sur les prix des transactions, aussi bien entre particuliers qu'entre personnes physiques et commerçants.

Notre interlocuteur affirme toutefois que ces règles de place ne sont pas encore définitivement arrêtées. Cela implique que même si les tests d'interopérabilité ont réussi entre différents opérateurs, l'activation du paramètre au grand public dépendra de la détermination de ces règles-là.

Les réticences des commerçants 

Si les paiements commerçants ont démarré notamment depuis les wallets bancaires vers certaines contreparties commerciales, le noyau des commerçants qui représente la première cible de cette réforme du paiement cashless, à savoir les petits détaillants (épiceries, taxis, etc.), est loin d'être intégré dans le circuit.

Selon nos sources, chaque banque/établissement de paiement a entamé ses propres focus groupes avec des commerçants afin de cerner leurs demandes et leurs besoins, pour adapter leurs offres proposées. C’est l’exemple de la BCP qui a annoncé il y a quelques mois avoir commencé des tests de sa solution de paiement mobile B-PAY avec un réseau de taxis casablancais.  

Par ailleurs, une source nous donne l’exemple de son institution qui a conduit des focus groupes avec les épiciers. Elle rapporte des réticences significatives émises, notamment en termes de fiscalité et de traçabilité. Des craintes qui pour notre interlocuteur se sont déjà manifestées par des actions protestataires contre les mesures de facturation électronique, décidées récemment par les pouvoirs publics.   

Notre source note également la crainte de la technologie et une méfiance vis-à-vis du virtuel, face à l'assurance qu'offre le cash.

Elle estime par ailleurs que pour assurer la réussite de la solution et une meilleure pénétration de celle-ci auprès des commerçants, toute la filière (fournisseurs, grossistes, détaillants, etc.) devrait basculer simultanément vers le cashless. Un vaste chantier qui rend le déploiement complet de la solution encore plus difficile...

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Sara El Hanafi
Le 5 février 2019 à 18h31

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