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Capital investissement : le paradoxe marocain expliqué par Luc Rigouzzo

Capital investissement : le paradoxe marocain expliqué par Luc Rigouzzo
Mehdi Michbal
Le 30 janvier 2019 à 17h01 | Modifié 30 janvier 2019 à 17h01

L’industrie marocaine du capital risque ne représente que 0,04% du PIB, contre un taux moyen de 0,16% en Afrique. Le Maroc a été pourtant un des pionniers du private equity dans le continent et dispose de tous les atouts pour en être un des leaders. Une situation que l'ancien patron de Proparco et co-fondateur de Amethis qualifie d'illogique.

Co-fondateur de Amethis, société internationale de gestion de fonds de private equity, Luc Rigouzzo est intervenu ce matin à l’ouverture de la conférence annuelle du capital investissement organisée par l’Association Marocaine des Investisseurs en Capital (AMIC). 

Il a mis le doigt sur la situation très paradoxale de l’industrie du capital investissement au Maroc. 

« Dans cette industrie, le Maroc n’est pas leader continental, alors qu’il a été le pionnier dans le domaine », lance-t-il. 

Il s’appuie sur les chiffres de la pénétration du capital investissement au Maroc, industrie qui ne représente, selon les chiffres de l’AMIC, que 0,04% du PIB, contre 0,16% sur l’ensemble du continent. L'Afrique est à ce titre sur le même pied d’égalité que la Chine et dépasse même l’Amérique Latine (0,10%).

« Les montants investis au Maroc sont quatre fois inférieurs à la moyenne africaine (en proportion du PIB, ndlr), alors que le Maroc était le premier à se lancer dans cette industrie dans le continent », note l’ancien patron de Proparco, qui a créé Amethis en 2012 en association avec Laurent Demey et Edmond de Rotschild.

« Il y a quelque chose de très illogique »

« Le Maroc est pourtant un pays sûr, son économie est diversifiée, sa monnaie est stable… En tant que cible, il n’y a pas beaucoup de pays en Afrique qui offrent ces avantages. Il y a quelque chose de très illogique », s’étonne Luc Rigouzzo.

Selon les chiffres de l’AMIC, le continent africain a totalisé 953 opérations entre 2012 et 2017 pour des montants levés de 17,3 milliards de dollars.

Sur la même période, les montants levés au Maroc n’ont atteint que quelques 900 millions de dollars, un chiffre qui prend pourtant en compte toutes les levées, y compris celles réalisées par les fonds d’infrastructure. 

Comment s’explique ce paradoxe marocain ? 

Dans leurs interventions, plusieurs opérateurs ont pointé du doigt le dispositif fiscal ou réglementaire. 

Mais pour Luc Rigouzzo, ce retard de l’industrie marocaine est lié à la nature biologique des entreprises marocaines.

Il cite ainsi trois principales raisons : 

- Au Maroc, les entreprises familiales ont du mal à s’ouvrir;

- Les prix et les valorisations sont élevés en raison justement de l’attractivité du pays; 

- Les BFR en jour de chiffre d’affaires sont très élevés, en raison de la problématique des délais de paiement.

Jouer le pont entre l’Europe et l’Afrique

« Mais tout cela va s’estomper dans l’avenir. Il y a un changement générationnel qui s'opère », tient-il toutefois à rassurer.

Pour lui, le Maroc doit bénéficier de son positionnement africain, jouer le rôle de « pont » entre investisseurs européens et entreprises africaines.

« Le pays va récolter les fruits de son positionnement africain dans 5 à 10 ans. Le Maroc est de loin l’offre la plus attractive de la région. Vous avez un boulevard devant vous », lance-t-il à l’adresse des nombreux professionnels du marché venus assister à cette 8e édition de la conférence annuelle du capital investissement. 

Il cite en exemple une récente opération réalisée par Amethis sur le groupe Premium. La société de gestion a injecté à travers un de ses fonds 220 millions de dirhams dans le capital du groupe marocain dirigé par Eric Lefort. Un groupe actif dans la distribution de matériel de BTP (maison mère de la société cotée SRM) et qui a pu, grâce à cette levée, racheter un réseau de distribution présent dans 6 pays africains. 

C’est, selon Rigouzzo, à travers ce type d’opérations que l’industrie marocaine pourra décoller et attirer des investisseurs étrangers, intéressés de plus en plus par les investissements transrégionaux. 

« Amethis a été créé il y a six ans. Nous avons investi dans 9 sociétés marocaines pour un montant de 40 millions d’euros. Mais on est au tout début de notre aventure. Les entreprises marocaines nous choisissent justement parce qu’on peut faire le pont entre l’Europe et l’Afrique », signale-t-il. 

Réagissant au surprenant diagnostic du co-fondateur d’Amethis, Khalid Ziane, directeur général de Fipar Holding (filiale private equity de la CDG), a tenu à préciser que le taux de pénétration de 0,04% ne reflète pas réellement la réalité du secteur, car il n’intègre pas, selon lui, les fonds internationaux qui n’ont pas de base au Maroc. « Ce chiffre est un peu minoré», signale-t-il. 

Ce qui ne résout pas ce paradoxe qu’un intervenant a tenté de justifier par le développement du secteur bancaire marocain : « les forces du Maroc sont ses faiblesses. Le secteur bancaire marocain est l’un des plus développé du continent. En Afrique, le taux d’endettement des entreprises reste donc faible, ce qui ouvre des possibilités au capital investissement », analyse-t-il. 

Voici la retransmision de la conférence annuelle du capital investissement. L'intervention de Luc Rigouzzo à partir de la minute 36:

 

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Mehdi Michbal
Le 30 janvier 2019 à 17h01

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