Flexibilité du dirham : le FMI recommande d’élargir la bande de fluctuation « sans retard inutile »
Dans son nouveau rapport sur le Maroc, le FMI salue la réforme des changes initiée en 2018 et estime que le Maroc remplit tous les critères pour élargir davantage la bande de fluctuation du dirham. Voici ses arguments.
Les autorités monétaires avaient programmé la libéralisation complète du dirham sur une durée de 15 ans. La première étape de ce long processus a été lancée en janvier 2018, avec l’élargissement de la bande de fluctuation du dirham à 2,5% (à la hausse comme à la baisse).
Cette étape a été franchie sans heurts selon le FMI. « À ce jour, les fluctuations du taux de change sont restées très limitées et la banque centrale n’est pas intervenue sur le marché des changes depuis mars 2018 », note le rapport, qui signale que les autorités marocaines sont également rassurées par ce bon départ.
Le FMI précise que malgré le creusement du déficit de la balance courante, qui devrait passer de 3,6% en 2017 à 4,5% en 2018, en raison principalement de la hausse de la facture énergétique et l’augmentation des importations de biens d’équipement, le taux de change reste globalement en ligne avec les fondamentaux du pays.
Ils recommandent ainsi d’avancer dans la flexibilisation « sans retard inutile ». « Une plus grande flexibilité du taux de change renforcera davantage la capacité de l’économie à absorber les chocs externes, à protéger les réserves en devises du pays et améliorer sa compétitivité », signale le rapport.
« Cette réforme encouragera la diversification des exportations et le développement des PME, ce qui favorisera la création d’emplois et l’amélioration des revenus de la classe moyenne et des populations vulnérables ».
Date d'élargissement de la bande : "Aucune décision n'a été prise"
Le FMI relaie dans son rapport l’avis des pouvoirs publics marocains autour de cette question : « les autorités ont l'intention de passer à la prochaine phase de cette réforme à des fins préventives dès que les conditions économiques le permettront », annoncent Mohamed Benchaâboun et Abdellatif Jouahri dans une lettre à Christine Lagarde.
Si le personnel du FMI considère que « cette transition devrait se dérouler sans heurts car les conditions préalables sont largement remplies », les pouvoirs publics ne veulent pas encore s’avancer sur une date.
Selon une source officielle et autorisée marocaine citée par Médias24 "aucune décision n’a été prise“, concernant la date du prochain élargissement.
D'après nos sources, la situation des finances publiques et le creusement du déficit commercial incitent à la prudence. Les principales craintes sont l’inflation (importée) et le renchérissement de l’encours et du coût de la dette extérieure. Des craintes légitimes, si l’on se réfère à des calculs de sensibilité effectués par les équipes du FMI sur ce registre.
Simulation en cas de chute de 30% du dirham
Dans son rapport, le FMI a justement réalisé des simulations en cas de forte dépréciation du dirham. Notamment sur la dette extérieure du pays, qui risque d’exploser en cas de forte chute de la monnaie nationale.
Fixée à 36,2% du PIB en 2017, la dette extérieure serait ramenée selon les prévisions du FMI à 31,2% du PIB en 2023.
Dans ces conditions, si le dirham se déprécie de 30% (le choc le plus extrême selon le FMI), le ratio dette extérieure/ PIB passerait à 45%. Un scénario assez inquiétant…