Voici les champions africains de la croissance en 2018
La Banque Africaine de Développement vient de livrer ses perspectives de croissance pour le continent. Dix pays s'illustrent particulièrement avec des taux de croissance allant de 5,9% à 10,9%, très loin des 2,9% de croissance que réalisera le Maroc sur la même année. Focus.
La Banque africaine de développement (BAD) vient de rendre public un rapport intitulé "les perspectives économiques en Afrique 2019". Celui-ci examine principalement les récentes évolutions macroéconomiques et les perspectives de croissance sur le continent.
Ci-dessous le top ten des pays africains qui ont réalisé les plus fortes croissances économiques en 2018 et leurs perspectives pour 2019 et 2020:

Source: LeBoursier; chiffres: BAD
> Lybie
Enregistrant la plus forte croissance du continent en 2018 (+10,9%), la Lybie afficherait un taux de croissance de 10,8% en 2019, qui retombera brutalement à 1,4 % en 2020. Un mouvement de yoyo que la BAD explique par l'instabilité des principaux indicateurs macroéconomiques du pays. Des agrégats déterminés essentielement par une production pétrolière "peu reluisante" et "inégale" en raison de l’insécurité, de l’instabilité politique, de la médiocrité des infrastructures et de la limitation des dépenses fiscales publiques.
> Ethiopie
Arrivée en seconde position du poidum, l’Ethiopie a tout de même connu un ralentissement de la croissance en 2017-2018 dû en partie à l’agitation sociale, l’incertitude politique et les modifications de politiques, comme l’assainissement budgétaire nécessaire pour stabiliser la dette publique, selon la BAD.
La croissance du PIB réel s’améliorera, de 7,7 % en 2018 à 8,2 % en 2019 et 2020, grâce à l’expansion de l’industrie et des services et le redressement du secteur agricole, d’après la même source. «La poursuite du développement des zones industrielles stimulera la croissance industrielle et l’agriculture bénéficiera des investissements en matière d’engrais, d’irrigation et de semences améliorées», souligne-t-on.
> Côte d’Ivoire
Pour la Côte d’Ivoire, la croissance du PIB réel a atteint, selon les estimations de la BAD, 7,4 % en 2018, contre 7,7 % en 2017, «soutenue par la demande extérieure de produits agricoles et pétroliers et par une demande intérieure accrue résultant de grands projets d’investissement et de la consommation des ménages», indique le rapport soulignant que l’économie a dû faire face à plusieurs chocs en 2017, dont une forte baisse des prix du cacao, une hausse des prix du pétrole et des tensions sociales.
Les perspectives économiques demeurent favorables, avec une croissance du PIB réel de 7 % en 2019 et de 6,9 % en 2020.
> Rwanda
De son côté, la croissance économique du Rwanda a atteint 6,1 % en 2017 et environ 7,2 % en 2018, soutenue, selon la BAD, par les services et l’industrie, particulièrement la production industrielle.
Selon la banque, la croissance s’accroîtra de 7,8 % en 2019 et 8% en 2020, grâce aux exportations (politique «Made in Rwanda»), à la poursuite des investissements publics (l’aéroport de Bugesera), et à la "solide" politique de réformes pour le développement à long terme.
> Burkina Faso
L’économie du Burkina Faso a enregistré, en 2018, une croissance d’environ 7% principalement grâce à l’agriculture alimentaire (14,2 %), l’industrie extractive (20,5 %) et l’égrenage du coton (8,0 %).
La croissance du PIB réel devrait atteindre 6 % en 2019 et 5,9 % en 2020, selon la BAD, principalement grâce à l’égrenage du coton, de la culture de rente et des services financiers. La banque attire l’attention sur la reprise de la coopération avec la Chine qui favorisera les investissements prévus dans des secteurs tels que l’énergie.
Membre de la CEDEAO et de l’UEMOA, le Burkina Faso a pourtant de faibles relations commerciales avec ses partenaires régionaux, en partie à cause des barrières non tarifaires, explique le rapport de la BAD.
> Sénégal
S’agissant du Sénégal, la croissance estimée du PIB reste "forte" à 7 % en 2018, légèrement inférieure aux 7,2 % de 2017, avec une croissance du secteur primaire de 7,8 %. Le secteur secondaire enregistre une croissance de 6,9 %, due principalement aux sous-secteurs des industries extractives, de l’agroalimentaire et du bâtiment.
«La forte croissance enregistrée depuis 2015 devrait se poursuivre en 2019 et 2020 grâce à la poursuite des investissements publics dans le cadre du Plan Sénégal émergent. Cependant, ces projections sont incertaines, notamment en raison de la hausse des prix du pétrole», précise la BAD.
> Tanzanie
En Tanzanie, la croissance de l’économie est estimée à 6,7 % en 2018 enregistrant ainsi un ralentissement par rapport à 2017 (+7,1%).
Selon le BAD, l’impulsion du côté de l’offre provient des secteurs des services avec une contribution au PIB de 39,3 %. Le principal contributeur du côté de la demande est la consommation privée avec 63,9 %. Le ralentissement de la croissance a été causée par le commerce extérieur et le déficit de la balance courante.
Les perspectives à moyen terme sont positives d’après la banque africaine, avec une croissance de 6,6 % en 2019 et en 2020, soutenue par "d’importantes" dépenses d’infrastructure.
> Ghana
Entre 2014 et 2016, la croissance économique du Ghana a été "anémique". Elle repart à 8,5 % en 2017, pour s’établir à environ 6,2 % en 2018, tirée principalement par le secteur pétrolier.
Cette croissance devrait passer, selon la banque africaine, à 7,3 % en 2019 puis à 5,4 % en 2020 «puisque les effets de l’augmentation de la production de pétrole provenant des nouveaux puits s’estomperont».
«En dépit des perspectives positives, le Ghana fait face à des difficultés potentielles. Au niveau national, le gouvernement doit combler les besoins bruts de financement (20 % du PIB) alors que le revenu national en représente environ 10 %. En outre, le ratio de dette publique extérieure reste élevé, de 40,5 % du PIB en 2017 à 38,5 % en 2018», signale la BAD.
> Bénin
La croissance du PIB réel au bénin est estimée à 6 % en 2018, contre 5,4 % en 2017, «en raison des bonnes performances de l’agriculture, en particulier du coton (+5,6 %), du secteur industriel (+6,7 %), tiré par les usines d’égrenage (+18 %) et du secteur du bâtiment et travaux publics (+8,5 %)», indique-t-on. Le secteur des services a progressé de 7,5 % «grâce au dynamisme des transports, des postes et des télécommunications (+10,6 %), des banques et autres institutions financières (+9,5 %), du commerce et des industries alimentaire et hôtelière (+6,9 %)».
Selon la BAD, la croissance devrait être de 6,3 % en 2019 et de 6,8 % en 2020.
A noter que le Bénin reste un pays "fortement intégré" au marché régional: 70 % de ses exportations sont destinées à l’espace CEDEAO (principalement le Nigeria).
> Guinée
La croissance du PIB en Guinée est estimée à 5,9% en 2018. Elle est attribuée au secteur industriel dominé par l’exploitation minière (15,3 %), bien que la croissance du secteur manufacturier n’ait été que de 3,2 %, révèle la BAD qui précise que cette croissance a été soutenue par des réformes visant à améliorer le climat des affaires, l’accès à l’électricité et les investissements dans le secteur agroalimentaire.
«Le PIB réel devrait croître de 6 % en 2019 et 2020, soutenu par l’expansion des services et du sous-secteur de l’extraction, tandis que la contribution du secteur manufacturier demeure faible».
> Kenya
Avec un niveau de croissance semblable à celui de la Guinée, le Kenya figure également en dernière position du top ten. Sa croissance est essentiellement imputable, selon la BAD, aux conditions météorologiques favorables, à l’atténuation des incertitudes politiques, à l’amélioration de la confiance des entreprises et à la vigueur de la consommation privée.
La croissance atteindra 6 % en 2019 et 6,1 % en 2020, «grâce à l’amélioration de la confiance des entreprises et la stabilité macroéconomique continue, et grâce au tourisme et au renforcement de l’économie mondiale».
Par ailleurs, notons que le Maroc ne figure pas dans ce palmarès. Il arrive en 38e place avec une croissance de 3,1% durant l’année écoulée. Rappelons que celle-ci devrait ralentir à 2,9% en 2019 avant de se redresser à partir de 2020 (+4%) selon les prévisions de la BAD.