Trafic de drogue : Said Naciri plaide la “prescription" et "l'immunité parlementaire”
La défense de Said Naciri reproche à la BNPJ d'avoir " violé ses secrets politiques" en le mettant sur écoute alors qu'il était "protégé par l'immunité parlementaire".
Prescription, immunité parlementaire, mauvais traitement lors de l'interrogatoire... Impliqué dans une grave affaire de trafic de drogue, l'ex-parlementaire Said Naciri a présenté, ce vendredi 20 décembre, ses arguments de "forme" devant la Chambre criminelle de Casablanca. L'objectif : faire annuler la procédure.
Said Naciri cumule à lui seul près de 30 procès-verbaux lors de l'enquête préliminaire menée par la BNPJ. C'est dire l'importance accordée à son rôle par les enquêteurs. L'homme politique et ancien président du Wydad est présenté comme le logisticien d'un vaste réseau de trafic de stupéfiants ayant opéré depuis au moins 2006.
Mais au-delà de cette accusation, l'intéressé fait face à une multitude de soupçons portant, entre autres, sur des faits d'escroquerie, de recel, de trafic d'influence... "Même si, au fond, Said Naciri nie tous ces délits, nous estimons que la plupart d'entre eux sont aujourd'hui prescrits", estime Me Jamal Eddine El Guerouani, l'un des nombreux avocats de la défense.
La défense soutient ainsi que les faits en question remontent à 2013. "Le Code de procédure pénale prévoit la prescription des délits après un délai de quatre ans", ajoute Me El Guerouani, qui réclame, en conséquence, l'abandon de l'action publique.
Un autre argument avancé par la défense concerne le statut de Said Naciri, qui était "protégé par l'immunité parlementaire au moment de sa mise sur écoute". Cette mesure aurait donc été prise en "violation de sa vie privée ainsi que de ses secrets politiques et parlementaires protégés par l'immunité", ajoutent les avocats. Cette argumentation vise à déclarer "la nullité" des interceptions téléphoniques, entachées de vices de forme, selon Me El Guerouani.
Said Naciri a-t-il été malmené "mentalement" par les enquêteurs ? Sa défense a plaidé dans ce sens. "On ramène un responsable le matin et on le garde toute la journée pour ne l'interroger qu'après minuit. Cela s'apparente à de la torture psychologique selon les traités internationaux ", déplore Me Jamal Eddine El Guerouani.
L'avocat évoque un traitement destiné à "fatiguer et piéger" son client, qui "a été privé de la possibilité d'exprimer sa version des faits". Il accuse la BNPJ d'avoir refusé d'auditionner des "témoins à décharge", alors que Said Naciri fait valoir "des témoignages susceptibles de l'innocenter".
La défense revient également sur les 89 millions de dirhams retrouvés sur les comptes de Said Naciri. La BNPJ estime que ces fonds proviennent essentiellement du trafic de drogue. De son côté, l'accusé nie l'existence même de ces sommes. "Said Naciri possède des relevés bancaires prouvant qu'il ne dispose pas de ces montants. Il est même prêt à en faire don intégralement, s'ils existent", lance Me El Guerouani.
"Nous demandons l'annulation de tous les actes de procédure concernant Said Naciri, y compris sa mise en détention. Et nous réclamons sa libération", conclut l'avocat, clôturant une audience entièrement dédiée aux "moyens de forme".
Les plaidoiries relatives aux vices de procédure se poursuivront mardi 24 décembre.