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ECONOMIE

Flambée des prix, cheptel en crise : le sacrifice de Aïd Al Adha en question

Depuis plusieurs jours, des rumeurs sur une possible annulation du rituel du sacrifice de Aïd al-Adha circulent sur les réseaux sociaux. Cette hypothèse suscite de vives réactions, notamment parmi les foyers marocains les plus modestes pour qui cette célébration représente une importante charge financière. Une telle mesure pourrait cependant favoriser le renouvellement du cheptel et contribuer à atténuer la crise actuelle dans le secteur des viandes rouges.

Flambée des prix, cheptel en crise : le sacrifice de Aïd Al Adha en question
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Le 8 février 2025 à 16h39 | Modifié 9 février 2025 à 13h11

Le cheptel marocain a perdu 30% de son effectif depuis le Covid et les sécheresses successives, apprend Médias24 auprès d'une source de haut niveau. Il s'agit d'une estimation considérée comme assez précise, en attendant le résultat final des recensements en cours dans les différentes régions.

Dans ces conditions, pratiquer à grande échelle le sacrifice rituel de Aïd Al Adha ne sera pas sans impact. Après un tel abattage qui touche en une journée quelques millions de têtes, le prix moyen de la viande pourrait atteindre 200 DH/kg, estime notre source. Tant que le cheptel n'est pas reconstitué, il n'y aura que des mesures transitoires, complexes, d'importation pour peser sur le prix de la viande sans toujours y arriver.

Aïd Al Adha se profile de surcroît dans un contexte économique difficile. La baisse du pouvoir d’achat et l’inflation pèsent lourdement sur les ménages. Le secteur de la viande rouge traverse une crise sans précédent qui se manifeste par la flambée des prix. Cette situation est due principalement à la baisse du cheptel national, lequel n'arrive pas à se reconstituer.

Un suicide pour le secteur des viandes rouges

Certains observateurs et citoyens plaident pour l’annulation du rituel du sacrifice cette année, en invoquant plusieurs arguments, dont le principal a trait à l’état du cheptel national. Déjà fragilisé, il pourrait être encore plus impacté par un abattage massif.

Malgré les nombreuses mesures adoptées par l’État, telles que l’importation de bétail vivant et de viande fraîche ainsi que l’exonération des droits de douane et de la TVA sur ces importations, les prix des viandes rouges restent élevés au Maroc.

Cette situation s'explique par les trois chocs auxquels fait face le secteur, à savoir celui de l’offre, celui de la demande et celui lié à Aïd Al Adha.

Le choc de l’offre se traduit par une baisse significative du cheptel national, surtout en ce qui concerne les ovins et les caprins, deux catégories dont une partie est annuellement préparée et destinée à l’abattage à l'occasion de ce sacrifice.

Cette fête vient ainsi consommer une part importante du cheptel, l’empêchant de se reproduire, et c'est là que réside le choc lié à l'Aïd. L’absence d’une reconstitution rapide menace la stabilité du marché de la viande rouge, accentuant la hausse des prix à long terme.

Chaque année, ce sont près de 5 millions de têtes qui sont abattues, prélevées sur le cheptel national malgré son état. Cette situation se poursuit depuis au moins trois ans, durant lesquels une partie du noyau reproducteur est retirée du cheptel, l’empêchant de se reconstituer.

Les analyses des différents acteurs interrogés par Médias24 s’accordent sur un point : "Célébrer l’Aïd cette année serait un suicide pour le secteur". En effet, cette fête fragiliserait davantage un cheptel déjà éprouvé, maintenant les éleveurs dans un cercle vicieux et entraînant une nouvelle hausse des prix de la viande qui avoisinent actuellement 120 DH/kg pour les ovins au niveau du marché de gros de Casablanca.

La solution évoquée par Fouzi Lekjaa, ministre chargé du Bugdet, lors d'une rencontre avec les patrons de la CGEM, le 22 janvier dernier, est "d'arrêter la consommation".

"La seule possibilité de reconstituer le cheptel, c'est d'arrêter la consommation", avait-il déclaré à cette occasion, "et donc de réduire ou d'arrêter l'abattage, surtout pour les brebis reproductrices".

Impact sur les éleveurs et baisse du pouvoir d'achat

Par ailleurs, l’idée selon laquelle l’annulation du sacrifice serait un coup dur pour les éleveurs est à nuancer. Certes, il s'agit d’un événement important pour les agriculteurs, qui subissent une sixième année de sécheresse, puisqu'il représente leur principale source de subsistance et leur banque. Au moins 12 milliards de DH sont transférés à cette occasion du milieu urbain vers le milieu rural.

Cependant, il est important de reconnaître qu’en cas d’annulation de cette fête, la vente du cheptel ne serait pas arrêtée. Les éleveurs, au lieu de vendre des centaines de têtes en quelques jours, écouleraient leur bétail progressivement sur le marché. L’offre étant déjà déficitaire, ils ne seraient pas lésés. La demande est présente et l'offre insuffisante.

Le troisième argument en faveur d'un appel à ne pas pratiquer le sacrifice a trait à son coût élevé dans un contexte de crise économique. Toute décision de l'annuler ou de le maintenir est un arbitrage entre plusieurs contraintes. Mais au-delà de son aspect religieux, c'est un événement coûteux pour les Marocains, notamment les ménages précaires qui se trouvent dans l’impossibilité financière d’acheter un mouton en raison de la baisse de leur pouvoir d’achat.

En effet, depuis 2021, l’inflation cumulée a atteint environ 17%, alors que le salaire moyen du consommateur marocain tourne autour de 4.000 DH par mois. Il s’agit là du choc de la demande.

Les prix du cheptel ont légèrement baissé ces derniers jours grâce à l'importation de 106.000 têtes d'ovins depuis le début de l'année. Mais bien que les professionnels du secteur se montrent rassurants quant à la stabilité des prix à l'approche de Aïd Al Adha, la crainte d’une flambée reste présente chez les ménages. On l'avait d'ailleurs vécue l'année écoulée.

Les arguments en faveur du maintien du rituel du sacrifice

Malgré ces arguments, d’autres éléments plaident pour le maintien du rituel du sacrifice. Tout d’abord, l’abattage durant l'Aïd concerne principalement des mâles, dont l’élevage prolongé entraînerait des coûts supplémentaires pour les éleveurs et rendrait leur vente plus difficile hors de cette période spécifique.

En effet, il est très difficile de vendre des moutons préparés pour l’abattage durant l’Aïd, en dehors de cette période. Leur vieillissement implique des frais supplémentaires en termes d’alimentation notamment. D’autre part, le poids carcasse de ces moutons est généralement élevé, et aucun consommateur n’en voudra en dehors de l’Aïd.

Ainsi, les éleveurs, qui sont déjà en difficulté, pourraient faire face à des impayés et à des litiges judiciaires en cas d’annulation du rituel du sacrifice.

La décision de maintenir ou d’annuler le rituel du sacrifice repose donc sur un équilibre entre contraintes économiques et réalités sociales. Mais ce qui est sûr, c’est que l’annulation du rituel du sacrifice pourrait soulager de nombreux ménages en difficulté, alors que son maintien risquerait d’aggraver la situation des éleveurs et de perturber davantage le marché de la viande rouge.

Une opération de recensement du cheptel national a récemment été réalisée et ses résultats, attendus prochainement, devraient permettre de mieux comprendre la situation de l’offre pour l’Aïd. En attendant, les débats se poursuivent.

Il va sans dire que le sacrifice de Aïd Al Adha ne peut pas être annulé par une décision. Ce qui peut être fait, c'est un appel à s'abstenir de pratiquer ce rituel cette année.

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Le 8 février 2025 à 16h39

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