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Vaincre les microbes ultrarésistants

LONDRES – Les antibiotiques courants deviennent de moins en moins efficaces, non seulement pour combattre les maux les plus courants comme la pneumonie et les infections urinaires, mais également pour le traitement d’un éventail d’infections, comme la tuberculose et le paludisme, qui pourraient redevenir intraitables. Fort de l’engagement récent des dirigeants du G7, dans une récente déclaration commune, de s’attaquer au problème de la résistance aux antibiotiques, il est temps d’élargir les membres signataires aux pays du G20 et à la Chine, alors qu’elle préside le groupe pour la première fois – afin de monter d’un cran la lutte contre ce fléau.  

Le 10 juillet 2015 à 19h01

Ne pas s’attaquer au problème de la résistance aux antibiotiques aurait des conséquences néfastes pour tous les habitants de la planète, peu importe leur pays ou son niveau de développement. Les prévisions sont telles que, d’ici 2050, la résistance aux antibiotiques pourrait causer dix millions de décès, beaucoup plus que le niveau actuel de 700.000, la Chine et l’Inde ayant chacune un million de victimes. À cette date, les pertes de PIB mondial cumulées sont estimées à 100.000 milliards de dollars.

Aucune stratégie du G7, même bien conçue, ne peut réussir sans la participation de toute la communauté internationale. Car après tout, si les infections se répandent avec les gens qui en sont atteints, la résistance fait de même, ce qui veut dire que la solution à la résistance aux antibiotiques est une responsabilité commune. C’est pourquoi les membres de l’Organisation mondiale de la santé ont accepté de mettre en œuvre un « plan d’action mondial sur la résistance aux antibiotiques » et demandé aux Nations Unies d’organiser une conférence au sommet des dirigeants politiques en 2016.

Dans cette initiative, les économies émergentes – vu leurs populations nombreuses, leur niveau de richesse croissant et leur influence internationale grandissante – ont un rôle particulièrement important à jouer, avec la Chine en tête. La commission d’étude sur la résistance aux antimicrobiens (dont je suis le président) a déjà recommandé un rôle semblable pour la Chine, notamment dans le cadre d’entretiens avec certains responsables politiques chinois.

Entre maintenant et 2016, tout doit être fait pour que la Chine agisse. Les pays du G7 devraient faire avancer cette initiative en prenant des mesures concrètes pour respecter les engagements qu’ils ont pris dans leur déclaration commune.

Un de ces engagements consiste à réduire l’usage des antibiotiques dans l’élevage des animaux. Certains États européens ont déjà fait des progrès importants dans la régie de cette pratique. Les États-Unis ont pris plus de temps pour agir, mais ont récemment apporté des changements importants de leurs politiques en ce domaine.

Mais la meilleure façon de modifier les pratiques d’élevage passe probablement par des pressions sur les grandes entreprises du secteur de l’alimentation – une victoire que les consommateurs pourraient facilement obtenir. En fait, la demande en hausse pour des aliments plus sains, dont des viandes sans antibiotique, a déjà convaincu de grands joueurs de l’alimentation comme McDonald’s, Costco et KFC de déclarer leurs intentions de cesser d’offrir des viandes qui contiennent des antibiotiques.

Respecter les engagements

Les États devraient profiter de cet engouement pour mettre en marche une grande campagne sur les médias sociaux dans le but de promouvoir des habitudes de vie plus saines, ce qui réduirait indirectement la demande d’antibiotiques. Cette campagne est d’autant plus intéressante qu’elle entraînerait des avantages importants à coût modique.

Le second engagement de la déclaration commune semble évident. Il s’agit de contribuer à la réduction de l’emploi inutile de médicaments, car ce problème constitue en fait l’un des grands facteurs derrière la résistance aux antibiotiques. Pour le régler, il faut à tout prix, comme énoncé dans la déclaration, mettre au point des outils de diagnostic rapide et les rendre plus accessibles là où les soins sont prodigués.

Des projets pour améliorer les technologies de diagnostic sont sans aucun doute à la portée des plus grandes sociétés internationales de technologie. Mais elles n’investiront que si elles ont l’assurance que les réseaux de santé utiliseront leurs innovations. Si les autorités publiques, par exemple, exigeaient que des tests diagnostiques particuliers soient effectués avant de pouvoir prescrire des antibiotiques, le secteur privé y trouverait son compte.

Une telle exigence essuierait certainement des critiques, car certains feraient valoir que les tests sont trop longs, et qu’il ne serait pas toujours possible de les faire avant de commencer les traitements. Bien que ce soit avéré dans de rares cas, il y a beaucoup de domaines où des tests rapides et efficaces existent, mais dont l’usage n’est pas encore répandu, tant dans des pays développés que dans les pays en développement.

Prenons l’une des infections les plus courantes : les maux de gorge. Même s’ils sont souvent le fait d’une infection virale, plutôt que bactérienne, ils sont souvent traités à l’aide d’antibiotiques – une méthode qui est non seulement inefficace, mais qui augmente la résistance aux antibiotiques.

Les économies émergentes devraient se joindre au combat

Un test rapide et facile par frottis buccal résoudrait ce problème – et, en fait, c’est un des tests qui existe depuis longtemps. Dans une étude effectuée par une chaîne britannique de drugstores (qui, il est vrai, a été réalisée sur un faible échantillonnage), le test a réduit le volume d’antibiotiques consommé de près de 60%. L’investissement dans la mise au point et le déploiement de cette technologie pourrait entraîner une baisse substantielle des traitements antibiotiques inutiles pour les maux de gorge, sans compter la pression réduite sur les réseaux de santé et le temps gagné par les médecins.

Une troisième directive, recommandée par le groupe d’étude et reconnue par le G7, est d’améliorer la surveillance de la prolifération des infections résistantes aux médicaments, particulièrement dans des pays en développement, où de telles données sont les plus clairsemées. Sur ce front, les instances britanniques montrent l’exemple, le chancelier George Osborne s’étant engagé en mars à affecter 195 millions de livres sterling (274 millions d'euros) en aide aux pays émergents dans leur lutte contre la résistance aux antibiotiques. Des fondations voudront probablement engager leur propre fonds dans cette initiative. Entre-temps, les initiatives gouvernementales américaines portent principalement sur la mise au point de nouveaux médicaments par l’entremise de l’autorité responsable de la recherche biomédicale.

Le monde est confronté à un grand nombre de difficultés et de crises, pratiquement toutes nécessitent une forte volonté politique et des investissements importants pour être surmontées. Mais les faits demeurent, lorsqu’il s’agit de la résistance aux antibiotiques, les autorités publiques ont une chance unique de tuer dans l’œuf une crise majeure, à une fraction du coût d’intervention si elle s’aggravait. Ainsi, dans la course effrénée pour combattre l’épidémie récente d’Ebola en Afrique de l’Ouest, les États-Unis ont à eux seuls contribué 5,4 milliards de dollars en fonds publics. Ajoutez à cela les économies dans les réseaux de santé et même aux employeurs, et une action concertée pour contrer la résistance aux antibiotiques devrait être encore plus efficace sur le plan des coûts.

C’est la raison pour laquelle les États du G7 doivent intensifier leurs efforts pour s’attaquer à la résistance aux antibiotiques. Et c’est pourquoi la Chine et les autres économies émergentes devraient se joindre au combat. Ensemble, nous pouvons sauvegarder les vertus curatives des médicaments.

Traduit de l’anglais par Pierre Castegnier

© Project Syndicate 1995–2015


 

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Le 10 juillet 2015 à 19h01

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