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Un hiver arabe pour le Moyen-Orient

Par Joshka Fischer. Basculement de l'axe politico-stratégique du Moyen-Orient, conflit israélo-palestinien, renaissance d'Al Qaïda sous la forme d'un jihadisme sunnite, guerre en Irak... L'ex-ministre allemand nous fait un tableau de ce qu'est aujourd'hui le monde arabe.  

Le 4 décembre 2013 à 11h15

BERLIN – Les voyages forment l'esprit, selon l'adage. Cela est particulièrement vrai pour le Moyen-Orient. Mais de nos jours, les voyages peuvent s'avérer particulièrement désorientant. En effet, les développements qui étaient inenvisageables il y a à peine quelques mois sont en train de devenir réalité.

 

La révolte de la jeunesse débutée à Tunis et au Caire en 2010-2011 a pris fin (du moins pour l'instant), même si la région en a été fondamentalement modifiée. Il semble que la victoire de la contre-révolution et de la politique du pouvoir, comme ce fut le cas en Egypte, n'a fait que restaurer le vieil ordre ; les fondations politiques de l'actuel régime sont tout simplement trop friables.

Tout aussi remarquable est le perpétuel basculement de l'axe politico-stratégique de la région. L'Iran, avec ses ambitions nucléaires et hégémoniques, en est devenu le centre, tandis que le vieux centre – le conflit israélo-palestinien – a été marginalisé, donnant naissance à des alliances d'intérêts entièrement nouvelles. L'Arabie Saoudite et Israël (qui n'ont pas de relations diplomatiques formelles) sont unis contre l'Iran – et contre l'éventualité d'une détente dans les relations américano-iraniennes.

Idéologiquement, le conflit central entre l'Iran et ses voisins est fondé sur un conflit sectaire entre l'Islam sunnite et l'Islam shiite. La guerre civile dévastatrice en Syrie se combat déjà selon ces lignes ; compte tenu de signes d'impasse militaire et politique, ces lignes pourraient devenir le fondement d'une division définitive du pays, comme en Bosnie.

Si cela était le cas, l'Irak, le Liban, et la Jordanie en seraient immanquablement affectés. Le bon vieux Moyen-Orient anglo-français prévue dans l'accord Sykes-Picot en mai 1916 disparaitrait pour de bon. En outre, la question kurde est réapparue – et pourrait indirectement influencer et radicaliser à nouveau la question palestinienne. Malheureusement, rien ne prouve réellement qu'un accord israélo-palestinien basé sur une solution à deux états permettrait d'éviter ce développement.

Puis il y a la question des conséquences à long terme d'une renaissance d'Al Qaeda sous la forme d'un jihadisme sunnite en Syrie, au Yémen et en Afrique du nord et de l'est. Les monarchies du Golfe tentent de s'opposer à cela en intimidant militairement l'Iran. Mais que se passera-t-il lorsqu'ils se retrouveront dans le rôle de l'apprenti sorcier ? Ce vent fanatique s'abattra-t-il à nouveau sur la péninsule arabe ? Et les institutions nationales de ces sociétés supporteront-elles le choc ?

Partout au Moyen Orient, les élites politiques demeurent piégées dans une vision du monde définie par la politique du pouvoir et les notions de souveraineté du XIXe siècle. Leurs mots d'ordre sont la rivalité nationale, l'équilibre, et l'hégémonie – des concepts qui n'offrent aucune solution pour l'avenir des pays et des nations de la région. La coopération économique intrarégionale, essentielle à la croissance et au développement social, mais loin de constituer un cadre régional de sécurité afin d'assurer la paix et la stabilité, reste une idée très lointaine.

Par essence, le Moyen-Orient traverse une crise de la modernisation. La jeunesse en rébellion qui s'était faite le porte-voix des revendications populaires pour le changement reste discrète (ou a été muselée) ; mais, compte tenu de la paralysie intellectuelle des dirigeants de la région (et d'une grande partie de l'opposition), on peut s'attendre à une éruption de violence encore plus forte. Comme par le passé, l'Egypte en sera la force motrice pour l'ensemble de la région (qu'elle le veuille ou non).

A cette crise de modernisation de la région s'ajoute un retrait partiel de la force stabilisatrice exténuée de la région, les Etats-Unis. Cela entraine une très profonde inquiétude dans la région et a contribué au renversement de certaines alliances et à la recherche de nouvelles.

Le président Barack Obama a mis fin aux guerres ruineuses de l'Amérique en Irak et en Afghanistan. Ce fut surtout la guerre en Irak – et donc l'ancien président George W. Bush et ses conseillers néoconservateurs – qui a permis à l'Iran de devenir une force stratégique. Mais c'est pourtant Obama qui est aujourd'hui pointé du doigt pour sa faiblesse au Moyen-Orient.

Obama a été lourdement critiqué pour ne pas être intervenu militairement en Syrie, même si c'est précisément sous la menace d'une possible intervention américaine que le gouvernement du président Bashar al-Assad a finalement cédé concernant ses armes chimiques. De même, loin de renforcer plus encore l'Iran, Obama a poussé la République Islamique dans ses retranchements en prenant la tête des voix en faveur de sanctions économiques strictes.

A l'évidence, de nombreux aspects de la politique d'Obama dans la région sont critiquables – surtout l'attitude défensive avec laquelle son administration la présente. Mais plutôt que la faiblesse, ce que craignent les alliés traditionnels de l'Amérique au Moyen-Orient serait une profonde remise en question de l'actuel statu quo.

Et la politique d'Obama semble précisément destinée à cela : la détente nucléaire avec l'Iran, la fin de la guerre civile en Syrie par une redéfinition de l'architecture de la sécurité régionale, et une solution à deux états dans le conflit israélo-palestinien. Une politique qui semble presque utopique, si l'on en juge par l'incroyable force d'inertie des problèmes de la région. Mais si, contre toute attente, Obama y parvient, sa réussite serait historique.

Et s'il n'y parvient pas ? Le Moyen-Orient continuera sa descente aux enfers – qui de manière perverse coïncide avec les célébrations du centenaire de la déclaration de la première guerre mondiale.

 

Traduit de l'anglais par Frédérique Destribats

Copyright: Project Syndicate/Institute for Human Sciences, 2013.?www.project-syndicate.org

Tags : Transavia
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Le 4 décembre 2013 à 11h15

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