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Repenser la Tradition musulmane

Le 15 mars 2015 à 12h35

Tout d’abord une précision. Nous  respectons la foi et la religion. La Tradition qu’il faut repenser est cet Islam interprété par les radicalismes, invoqué par eux. Elle est le fruit d’interprétations du coran, de versets sortis de leur contexte et d’exégèses qu’il faut déconstruire.

Le moment est venu de barrer la route aux interprétations les plus radicales en adoptant une position tranchée: l’Islam, ce ne sont pas les têtes coupées ni la haine de l’autre. Il est temps d’expliquer que dans la Tradition, comme  dans les autres religions du Livre, il existe un corpus violent qui est lié à un contexte historique et qui ne peut plus être invoqué aujourd’hui.   

L’auteur de ce texte, Jaouad Benaissi, est depuis février 2015 l’objet d’une fatwa de mort émise par Daech.  Il est l’auteur des romans «Zizouna»  Paris 2010 et «Le Grand Ménage» Paris 2013.

Repenser la Tradition musulmane, oui il le faut. Car  force est de constater que l’islam invoqué par certainsn’est plus une religion, mais une véritable machine de guerre qui fait peur à l’humanité entière. Les images d’horreur qu’on voit chaque jour, sont celles d’un passage à l’acte conforté voire légitimé par certaines recommandations religieuses prévues par le coran ou des hadiths et confirmées par l’histoire. Mais ne sont-elles pas liées à un contexte politique et non religieux? Sont-elles applicables aujourd’hui ?

Mais avant cela, deux mesures préalables sont à prendre. 

Il est nécessaire de sortir de cette hypocrisie selon laquelle le terrorisme exercé au nom de l’islam, n’a rien à voir avec la Tradition musulmane. Cette hypocrisie ne rend service ni à l’islam ni aux pauvres musulmans lambdas qui vivent, au même titre que le reste de l’humanité, dans la terrifiante sensation de peur engendrée par leur propre religion. 

Il est nécessaire aussi de sortir ce débat des cercles restreints des élites universitaires enfermées sur elles-mêmes et en faire un débat de toute l’humanité.

L’opinion publique occidentale est d’autant plus concernée par ce que je peux appeler la problématique de l’islam, que c’est souvent au cœur de l’occident que le désastreux passage à l’acte est fait.

La réforme de la Tradition exclut bien évidemment celle de la foi considérée comme étant un rapport extrêmement intime qu’un individu/musulman entretient avec son dieu. La foi en islam n’a jamais posé problème. Peu de versets coraniques en parlent d’ailleurs.

Ceci étant dit, nous reprochons très souvent aux islamistes de tous bords (Daêch, Al Qaîda, les Frères musulmans et autres) de comprendre mal le texte coranique en opérant sur ce dernier une lecture littérale, textuelle et ne prenant en considération ni l’intérêt communautaire ni le contexte historique, politique et social dans lequel  tel ou tel verset a été révélé. Cela n’est pas faux. Mais la question qui se pose est de savoir pourquoi la Tradition rendrait-elle possible ce genre d’interprétations sanguinaires?

Avant d’en arriver à couler le sang des humains, l’islamisme commence d’abord par dresser une barrière entre ses fidèles et le reste de l’humanité. Un islamiste engagé ou radical, c’est avant tout un homme solitaire qui vit dans le mépris du monde matériel car futile et passager, et en même temps dans le pressant désir de partir. Il est persuadé que la chance d’accéder au paradis se mesure par le nombre de têtes qu’il coupe et le nombre d’innocents qu’il bute. Il est persuadé que le musulman est supérieur au non-musulman, ce dernier étant de surcroît impur.

Dans sa solitude la plus extrême, un islamiste radical se détache complètement de la vie. Il arrête de vivre. Dans son esprit, il est déjà mort, sa vie est derrière lui. C’est ainsi que le jihad qui veut dire mourir pour Dieu, est un irréversible aboutissement d’un processus de détachement entamé depuis très longtemps. Tout comme la crainte et la contrainte, la mort est une notion omniprésente dans une certaine littérature musulmane et par corrélation dans l'esprit de ses fanatiques.

Encore enfant, mes parents m'ont mis à l'école coranique. Une structure d'enseignement complètement informelle et non contrôlée par l'Etat. J'y ai passé trois ou quatre ans pendant lesquels le fqih, c'est à dire le maître, nous racontait avec une grande extase les victoires du prophète et des armées de l'islam sur les tribus et les pays des mécréants. Il nous disait que Dieu envoyait ses anges assister ses moudjahidines dans leurs conquêtes. En fait, il n'arrivait jamais au fqih de nous enseigner des valeurs comme la fraternité, l'amitié et la solidarité.

Un peu plus tard, à l'école publique moderne où les programmes d'enseignement sont conçus, gérés et contrôlés par l'Etat, on ne fait que confirmer l'héroïsme fictif enseigné par le msid. Pire encore, plusieurs séances de dessin sont consacrées à la thématique de l'histoire de l'islam et surtout celles de ses guerres contre les mécréants. Il y est question que les mômes dessinent les soldats de Dieu et ceux du diable, les premiers avec des visages beaux et rayonnants et les seconds avec des sales gueules et mal habillés.

C'est pour dire que l'islam enseigné dans l'école moderne ou archaïque, est loin d'être une religion. Il ne faut pas s’étonner du degré de haine qu’éprouverait pour l’Autre, un musulman lambda n’ayant malheureusement pas eu la chance ou les moyens de remettre en question son islam d’enfance par l’enseignement supérieur ou par l’ouverture positive sur le monde.

Rejeter ce constat, c’est reconnaître à Daech une certaine raison d’exister.

Daech n’a pas de projet culturel. Il a un projet politique. Celui de revenir à un régime de Califat impitoyable et aveuglé par lui-même. D’ailleurs, Bagdadi qui s’est autoproclamé calife reproduit des mécanismes de barbarie d’un autre âge. Aujourd’hui, c’est l’humanité entière qui en paie les frais.

Repenser la Tradition, c’est une urgence. Il faut la libérer, la nettoyer de tout ce qui est susceptible de rendre légitime l’écoulement de sang, la violence morale et le takfir (considérer l’autre comme mécréant). Bref, il faut que l’islam réel cesse d’être un manuel de guerre. La réforme telle que je la conçois personnellement devrait en faire une religion, sans plus et sans moins.

Reste une chose très importante. Aucune réforme ne peut aboutir tant que les Arabes, et j’en suis un, conservent le monopole de l’interprétation du coran et de la sunna. Il convient de briser ce monopole exercé par une minorité parmi les musulmans et considérer la question de l’islam comme étant une affaire publique internationale. Par là commence la réforme!

Par Rédaction Medias24
Le 15 mars 2015 à 12h35

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