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Les nouveaux interventionnistes dans l'ordre mondial

MUNICH – L'onde de choc générée par l'intervention russe en Syrie se fait sentir bien au-delà du Moyen-Orient. La campagne militaire du Kremlin fait pencher la balance en faveur du gouvernement d'Assad et empêche un compromis politique qui mettrait fin à la guerre. Elle annonce également le commencement d'une nouvelle ère géopolitique, dans laquelle les interventions militaires à grande échelle ne sont plus le fait de coalitions occidentales, mais de pays qui défendent uniquement leur propre intérêt, souvent en contradiction avec le droit international.  

Le 20 avril 2016 à 15h05

A l'issue de la Guerre froide, le débat sur l'action militaire internationale opposait des puissances occidentales interventionnistes à des pays plus faibles, comme la Russie et la Chine, dont les dirigeants se revendiquaient d'une souveraineté nationale sacro-sainte et inviolable. L'évolution de la situation en Syrie est la preuve supplémentaire d'un basculement. Alors que l'Occident est de moins en moins motivé pour intervenir (notamment avec des troupes au sol), la Russie, la Chine, l'Arabie saoudite et l'Iran interviennent de plus en plus dans les affaires de leurs voisins.

Dans les années 1990, après les génocides au Rwanda et dans les Balkans, les pays occidentaux ont développé une doctrine de justification des interventions dites "humanitaires". Cette doctrine, la "responsabilité de protéger", tient les Etats pour responsables du bien-être de leur population et exige de la communauté internationale qu'elle intervienne, si l'un d'eux ne protége pas les civils présents sur son territoire contre des atrocités de masse, ou si lui-même menace la population civile. Cette doctrine remettant en question le concept traditionnel de souveraineté nationale, des pays comme la Russie et la Chine l'ont rapidement considérée comme une simple feuille de vigne destinée à camoufler des changements de régime manigancés par l'Occident.

Un retour à la souveraineté absolue

Il est donc paradoxal, c'est le moins que l'on puisse dire, de voir la Russie se réclamer d'un concept analogue à la "responsabilité de protéger" pour justifier ses propres interventions. Mais dans son cas, c'est pour défendre le régime contre ses citoyens, non l'inverse. Les arguments qu'elle avance semblent en faveur d'un retour à une l'époque de la souveraineté absolue, dans laquelle les Etats sont uniquement responsables de ce qui se passe à l'intérieur de leurs frontières.

La position de la Russie traduit également son soutien à des régimes autoritaires et la préférence pour la stabilité plutôt que pour la justice. Avec la multiplication des "révolutions de couleur" dans des pays comme la Georgie, l'Ukraine et le Kirghizistan, la Russie et la Chine s'inquiètent davantage du risque de soulèvements populaires. De leur point de vue, la menace d'une intervention occidentale ne fait qu'accroître le risque d'instabilité. La Chine a créé son propre jargon de politique étrangère pour traduire cette idée: fan xifang xin ganshe zhuyi, ce que l'on pourrait traduire par "contrer le néo-interventionnisme occidental".

Mais le respect de la Russie pour la souveraineté a des limites évidentes. En 2014, le Kremlin a adopté pour la Crimée une doctrine interventionniste très différente, justifiant son action en Ukraine au nom de la défense des populations d'ethnie russe. Cela marque le retour à un monde pré-westphalien de solidarité linguistique, religieuse et sectaire, celle dont se réclamait la Russie tsariste quand elle se considérait comme la protectrice de toutes les populations slaves.

La montée en puissance des armées russe et chinoise

Il n'est donc pas étonnant que cette manière de justifier une intervention trouve maintenant des partisans dans d'autres parties du monde. Au Moyen-Orient, l'Arabie saoudite adopte une argumentation similaire pour soutenir les forces sunnites au Yémen et en Syrie, et l'Iran justifie de même son soutien à ses alliés chiites dans ces deux pays. Même la Chine est soumise à des pressions croissantes, pour qu'elle protége ses ressortissants et ses entreprises à l'étranger. Ainsi, au début de la guerre civile en Libye, elle a rapatrié par avion des dizaines de milliers de Chinois qui étaient présents dans le pays.

Tout cela se passe au moment où l'Occident perd sa prééminence militaire. La montée en puissance des armées russe et chinoise et le recours croissant à des stratégies asymétriques par des acteurs étatiques et non étatiques lui font perdre son avantage. La prolifération d'acteurs non étatiques soutenus par des Etats, que ce soit en Libye, en Syrie, en Crimée ou dans le Donbass, estompe la différence entre la violence de ces derniers et celle des acteurs non étatiques.

A l'issue de la Guerre froide, l'Occident avait imposé un ordre mondial, qui définissait la géopolitique à travers toute la planète. Quand cet ordre s'est trouvé menacé, les dirigeants occidentaux se sont sentis autorisés à intervenir dans les affaires de tout "Etat voyou", qui causait problème. Mais cet ordre est maintenant contesté sur plusieurs fronts, au niveau de la planète par la Russie et la Chine et au niveau régional par des acteurs montants au Moyen-Orient, en Amérique latine et même en Europe.

Alors qu'un nouvel ordre international prend forme, les rôles tenus depuis 25 ans par les différents pays vont probablement s'inverser. En Occident, le concept de souveraineté et d'utilisation limitée de la force va sans doute réapparaître, tandis que les dirigeants nationaux qui appelaient généralement à la retenue seront de plus en plus enclins à faire appel à leurs forces militaires.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

© Project Syndicate 1995–2016

Par Rédaction Medias24
Le 20 avril 2016 à 15h05

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