Sania Nishtar

Coprésidente de la Commission mondiale indépendante de haut niveau sur les maladies non transmissibles de l’OMS

Les cinquante ans d'immunisations réussies doivent continuer cinquante autres années

Le 17 mai 2024 à 10h00

Modifié 15 mai 2024 à 15h50

Il y a de bonnes chances que vous connaissiez l’une des 154 millions de personnes qui au cours des 50 dernières années ont été sauvées d’une mort évitable grâce à une campagne d’immunisation. Vous pourriez être l’une d’entre elles. En fait, si l’on étudie le dernier demi-siècle, il n’est pas aisé de déterminer quel instrument de santé publique a eu plus de retombées positives que la vaccination, ou qui a fait plus pour favoriser l’équité sanitaire dans le monde.

GENÈVE - Les programmes courants d’immunisation, autrefois la chasse gardée des pays nantis, existent maintenant dans tous les pays, en raison de l’engagement historique que les États membres de l’Organisation mondiale de la santé ont pris en 1974 pour établir ce qui est connu sous le nom du Programme essentiel sur l’immunisation. À l’origine, ce programme visait principalement à assurer un accès universel aux vaccins contre la tuberculose, la diphtérie, la coqueluche, le tétanos, la poliomyélite et la rougeole — toutes des maladies mortelles pour les enfants. Aujourd’hui, 84% des enfants dans le monde sont immunisés contre ces six maladies, par rapport à seulement 5% en 1974.

Mais ces progrès n’ont pas été réalisés facilement. Après des gains rapides dans la couverture d’immunisation au cours des années 1980, celle-ci a perdu de son élan dans les années 1990. Le principal problème était que les pays à plus faibles revenus ne disposaient pas assez des ressources et d’infrastructures pour soutenir les programmes d’immunisation. De plus, les marchés des vaccins étaient fragmentés et dysfonctionnels : les pays dépendent d’un nombre restreint de producteurs et l’incertitude quant à l’ampleur de la demande dissuade les nouvelles entreprises d’entrer sur ce marché.

C’est dans un tel contexte qu’est intervenu Gavi, l’Alliance du vaccin. L’organisme a été fondé en 2000 pour rallier les points forts des secteurs public et privé. L’idée était qu’en forgeant de nouveaux partenariats, Gavi pourrait améliorer l’accès aux vaccins contre un éventail élargi de maladies infectieuses dans un pays à revenu plus faible et des communautés marginalisées.

Dans les décennies qui ont suivi, Gavi a contribué à protéger plus d’un milliard d’enfants et à retrancher la moitié du taux de mortalité infantile dans 78 pays, tout en générant des avantages économiques importants. Pendant ce temps, la plupart des pays que Gavi aidait ont continué à augmenter le financement des campagnes de vaccination, plaçant de tels programmes sur des assises plus viables et créant un point d’entrée pour les autres services sanitaires.

Le cinquantième anniversaire du programme est un moment propice pour célébrer les millions de vies sauvées grâce aux campagnes d’immunisation régulières ainsi qu’aux effectifs sanitaires qui ont consacré des efforts considérables, la plupart du temps dans des environnements des plus exigeants, pour réaliser les objectifs du programme. Mais c’est également une occasion de réfléchir sur ce qu’il reste à accomplir. Selon nos estimations, environ un enfant sur dix dans les pays à faible revenu n’a jamais été vacciné. Ces enfants non vaccinés résident souvent dans des collectivités défavorisées où sévissent des conflits et des déplacements de population, dans des pays dont les réseaux de santé sont extrêmement fragiles et qui n’offrent aucun accès aux soins de première ligne.

La persistance des progrès dépend de notre capacité de desservir ces collectivités marginalisées. C’est pourquoi, depuis mon entrée en fonction en mars à titre de directrice exécutive, ma grande priorité a été de veiller à ce que les efforts de Gavi tiennent compte des besoins et des expériences des collectivités et des pays que nous desservons.

À un moment où les conflits armés, les tensions géopolitiques et les changements climatiques font les gros titres, cet anniversaire devrait aussi servir de rappel que nous pouvons encore atteindre des résultats concrets lorsque nous travaillons de concert. Chaque vaccination offre l’espoir d’un avenir plus serein. Et alors que nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère d’immunisation, il y a lieu d’être optimiste.

Ainsi, depuis 2022, un nombre record de femmes sont protégées par le vaccin contre le virus du papillon humain (VPH), qui les immunise contre la principale cause du cancer du col de l’utérus. De plus, nous avons également pour objectif ambitieux d’immuniser 86 millions de jeunes filles contre le VPH dans les pays aidés par Gavi d’ici la fin 2025. Et cette semaine, trois autres pays africains se joindront au Burkina Faso et au Cameroun pour le déploiement du tout premier vaccin contre le paludisme — un développement qui semblait impossible il y a à peine quelques décennies.

L’avenir des vaccins semble encore plus prometteur. Il est possible qu’avant la fin de la décennie, un nouveau vaccin soit administré contre la tuberculose — l’un des plus anciens fléaux frappant le genre humain. À plus long terme, nous pourrions même voir des vaccins administrés au moyen de pansements à micro-aiguilles dissolvantes au lieu de seringues.

Dans le demi-siècle depuis que l’OMS a constitué le programme essentiel d’immunisation, les pays du monde entier ont démontré une capacité remarquable à s’accorder sur la question cruciale de la vaccination. Au moment de l’intensification de la polarisation politique et de la fragmentation mondiale, nous devons nous engager à bâtir un monde meilleur pour les 50 prochaines années.

Traduit de l’anglais par Pierre Castegnier

© Project Syndicate 1995–2024

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