img_pub
Rubriques

L'émergence d'un nouvel ordre international

Nous assistons aujourd’hui à la convergence sans précédent de crises, majeures et mineurs. Qu’il s’agisse de la pandémie du Covid-19, de la flambée des prix de l’énergie, du retour de l’inflation dans les économies avancées et en développement, des perturbations des chaînes d’approvisionnement, de la guerre criminelle menée par la Russie en Ukraine ou du changement climatique, nombre de ces crises ne sont pas seulement les signes d’une certaine déliquescence, mais également de l’émergence d’un nouvel ordre mondial. 

Le 12 décembre 2022 à 16h33

BERLIN - Alors que les vestiges de l’ordre bipolaire du XXe siècle disparaissent enfin, une nouvelle pentarchie mondiale se dessine. Les États-Unis et la Chine -les deux superpuissances économiques, militaires et technologiques de ce siècle -seront les acteurs dominants, mais l’Europe, l’Inde et le Japon exerceront une influence significative sur de larges pans de la planète.

Un grand point d’interrogation plane sur la Russie, parce que son statut, ses capacités et sa position stratégique futurs dépendent de l’issue de l’invasion irréfléchie de l’Ukraine. Sous la férule du président Vladimir Poutine, la Russie s’est désespérément accrochée à son passé, cherchant à recréer l’influence qu’elle détenait au XXe siècle ou même à la fin du XIXe siècle. Mais avec sa décision catastrophiquement malavisée de détruire l’Ukraine, elle est en fin de compte en train de se détruire elle-même.

La défaite militaire de la Russie en Ukraine est d'ores et déjà une certitude – la question n’est pas de savoir « si », mais “quand”. Il est toutefois bien trop tôt pour prédire les éventuelles conséquences de cette déroute. Le régime de Poutine survivra-t-il ou le fiasco stratégique entraînera-t-il une nouvelle phase de décomposition interne ? Tant que cette question n'est pas résolue, nous ne pouvons pas savoir si la Russie tentera de maintenir son ancienne prétention à l'hégémonie en Europe de l'Est et dans une grande partie de l'Eurasie.

Si le Kremlin est contraint de renoncer à ce dessein, il est probable que le rôle de la Russie en tant que puissance mondiale touche à son terme. Certes, même une Russie amoindrie et humiliée, au lieu d’entrer en hibernation géopolitique, restera probablement une source majeure d’instabilité dans le nouvel ordre mondial, en particulier sur le continent européen. Il est toutefois désormais clair que son arsenal nucléaire massif n’est plus suffisant pour garantir son statut géopolitique au XXIe siècle. En outre, son économie est en train d’être durablement affaiblie à mesure que le reste du monde se résout à abandonner progressivement les combustibles fossiles -l’épine dorsale de l’économie russe.

Différence de vision et d’objectif

Si la Russie présente de nouveaux risques en raison de sa fragilité et désagrégation, la Chine en présentera également de par sa richesse et sa puissance croissantes. Grâce à l’énorme vague de mondialisation entamée au début des années 2000, la Chine est parvenue à sortir de la pauvreté et à se placer parmi les pays à revenu élevé. Et lorsque la crise financière de 2008 a partiellement discrédité l’Occident, la Chine a pu en tirer parti pour consolider son leadership mondial et se présenter comme une superpuissance aux côtés des États-Unis.

Mais contrairement à l’Union soviétique pendant la guerre froide, la Chine n’a pas commis l’erreur de mettre uniquement l’accent sur sa puissance militaire. Son essor est plutôt du à son intégration dans les marchés mondiaux dominés par les pays occidentaux grâce à son rôle “d’atelier du monde”, tout en investissant massivement dans la concurrence avec l’Occident en matière d’innovations technologiques et scientifiques. Certes, les Chinois ne se sont pas privés d’investir dans leurs forces armées, mais sans le faire au détriment d’autres domaines stratégiques. Toute la différence entre la Chine et la Russie aujourd’hui est que contrairement à Poutine, les dirigeants chinois vivent au XXIe siècle depuis un certain temps déjà.

Le récent sommet du G20 à Bali a révélé cette différence fondamentale de vision et d’objectif. Alors que la Russie s’est retrouvée isolée sur le plan diplomatique, la Chine était au cœur de toutes les discussions et de la rédaction du communiqué final. Bien qu’ils n’aient pas adopté la position occidentale sur la guerre en Ukraine, de grands pays comme la Chine et l’Inde ont saisi l’occasion pour se distancer nettement du Kremlin, en dénonçant sa politique belliqueuse et ses menaces nucléaires. Si les entretiens en tête-à-tête entre le président américain Joe Biden et le président chinois Xi Jinping débouchent sur un apaisement des tensions sino-américaines, le sommet de Bali aura ouvert la voie à une redéfinition des relations internationales au XXIsiècle.

Les résultats des élections de mi-mandat aux États-Unis sont une autre raison d’être optimiste, étant donné que la “vague rouge” républicaine largement anticipée ne s’est pas matérialisée. Le parti républicain n'a pas réussi à prendre le Sénat et n’a obtenu qu’une courte majorité à la Chambre des représentants. Comme en 2018 et 2020, les candidats adoubés par l’ancien président Donald Trump n’ont pas eu la faveur des électeurs. La plupart des Américains ne veulent pas d'un retour à ses politiques isolationnistes et à “l’Amérique d’abord”.

Ensemble, le sommet de Bali et les élections de mi-mandat américaines sont des raisons d’espérer dans un contexte par ailleurs lourd de menaces. Toutefois, beaucoup reste à faire pour parvenir à une plus grande coopération mondiale. En fin de compte, les deux plus grandes crises du moment -la guerre rétrograde de la Russie en Ukraine et le changement climatique- ne pourront être surmontées que si les principales puissances mondiales trouvent le moyen de collaborer.

© Project Syndicate 1995–2022

Par
Le 12 décembre 2022 à 16h33

à lire aussi

الاتحاد الأفريقي: المغرب في موقف قوي مقابل الجزائر
Arabic Content

Article : الاتحاد الأفريقي: المغرب في موقف قوي مقابل الجزائر

على الرغم من أن الجزائر حصلت على نائب رئاسة الاتحاد الأفريقي، إلا أن المغرب هو الذي يستفيد من الوضع، مؤكدًا نفسه كقوة لا يمكن تجاهلها. تحقيق حول تأثير متزايد.

BMCE Research : Dynamique du Marché et Prime de Risque
Quoi de neuf

Article : BMCE Research : Dynamique du Marché et Prime de Risque

BMCE Research redéfinit la prime de risque actions, révélant une baisse significative et un marché en pleine mutation, soutenu par des anticipations optimistes.

Amir Rao : “AWS permet de traiter des données localement tout en utilisant des services avancés”
gitex 2025

Article : Amir Rao : “AWS permet de traiter des données localement tout en utilisant des services avancés”

Lors du Gitex Africa 2024, l’interview avec Amir Rao, directeur de la gestion des produits Telco chez AWS, dans le M24 Live Studio a mis en lumière les ambitions et les initiatives de l'entreprise en collaboration avec Orange pour déployer des zones AWS WaveLAN au Maroc et au Sénégal. Cette collaboration vise à renforcer l'écosystème technologique africain, à favoriser l'innovation et à répondre aux exigences réglementaires locales.

Union Africaine : Maroc en Position de Force Face à l'Algérie
NATION

Article : Union Africaine : Maroc en Position de Force Face à l'Algérie

Bien que l'Algérie ait sécurisé la vice-présidence de l'UA, c'est le Maroc qui tire son épingle du jeu, s'affirmant comme une puissance incontournable. Enquête sur une influence croissante.

Les horaires de prière à Casablanca pour le lundi 4 mai 2026
PRIÈRES MAROC

Article : Les horaires de prière à Casablanca pour le lundi 4 mai 2026

Voici les horaires de prière à Casablanca, la capitale économique du Maroc.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité