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Le ministère de la Communication sacrifié: récupération politicienne?

Dans les coulisses, des personnalités du secteur audiovisuel avancent que cette décision était irréversible et qu’elle avait même fait l’objet d’un consensus politique. Qui dit consensus, dit concessions. Rien ne filtre encore sur ce sujet. Selon les premières indiscrétions, on avance que des personnalités ont même affirmé que la situation du secteur et de son avenir est gérable, voire maîtrisable.

Le 18 octobre 2019 à 10h38

Pas besoin de rappeler que le secteur de la communication est stratégique pour le PJD. Rappelez-vous l’épisode des cahiers des charges de l’audiovisuel public en 2012 (SNRT et 2M) qui a fait couler beaucoup d’encre et qui a nécessité l’intervention du Roi pour arrêter les dégâts et désamorcer la crise. A lire la presse, la décision de supprimer le ministère de la Communication n’a choqué personne, à commencer par le microcosme des journalistes et les médias. Mieux encore, certains s’en félicitent à l’image d’un patron de chaîne de télévision. Younes Moujahid, président du Conseil national de la presse, s’est même précipité d'applaudir la décision sur les colonnes de Le360 dès la formation du nouveau Exécutif.

Si la décision de sacrifier le ministère de la Communication n’a pas suscité autant de questionnements, c’est parce que toute l’attention a été portée sur des secteurs stratégiques, à commencer par ceux de l’Education nationale et de la Santé. Jusque-là, le chef du gouvernement ne s’est pas exprimé publiquement, ni sur le pourquoi de la suppression du ministère de la Communication ni sur l’avenir de ce maroquin.

A en juger par les premières indiscrétions, ce département sera rattaché à l’institution du chef de gouvernement. Rien que ça! Selon nos informations, de hauts cadres du défunt ministère ont même eu des garanties dans ce sens. D’autres informations, qui circulent dans les arcanes du secteur, font état du rattachement de la Communication sous la forme d’une direction au sein du département de la Culture. Un département qui, lui aussi, a été absorbé, par le super ministère de la Jeunesse et des sports. D’ailleurs, le ministre en charge de ce portefeuille est aussi le porte-parole du gouvernement Elotmani II.

En attendant d’y voir plus clair et une communication officielle à se sujet, il faut bien décortiquer les premières sorties d’Elotmani au lendemain de l’annonce du nouveau gouvernement pour avoir les premières réponses. Dans une déclaration à Le360, le chef du gouvernement a mis en avant le soutien du Roi, un soutien crucial pour le succès de la mission du remaniement gouvernemental. En avançant un tel propos, le chef de l’exécutif ferme ainsi la porte à tout questionnement, voire de remise en question du bien-fondé de la suppression d’un tel ministère. Pour parer à toute tentative de débat, voire de critiques, les éléments de langage distillés dans les médias défendent l’idée selon laquelle ce ministère n’a plus de raison d’exister, vu que le secteur est autorégulé par des instances constitutionnelles (Haute autorité de la communication audiovisuelle et Conseil national de la presse). C’est mal connaître le sujet et minimiser le rôle et la raison d’être d’un tel ministère, dont la première mission est de penser et exécuter la politique de communication du gouvernement.

Un coup PJDiste à la veille des législatives 2021?

Il ne faut pas être naïf! Tout porte à croire que la suppression du ministère de la Communication est un joli coup politique de la part du PJD. Preuve en est, des sources proches avancent que la Communication sera à coup sûr rattachée à la Primature. Autrement dit, une arme entre les mains des PJDistes, à deux ans des élections législatives. D’autant plus que trois projets de textes importants sont en cours de discussion au Parlement, à savoir la refonte de la loi sur la communication audiovisuelle, la loi sur le Centre cinématographique (CCM) et la loi sur le Bureau des droits d’auteur (BMDA). C’est dire à quel point le stratagème ingénieux du PJD et sa grande tentation pour faire valoir son idéologie. Sans parler du fait qu’une direction de communication devrait couvrir le secteur hautement stratégique de l’audiovisuel public, même si en matière de régulation, ce dernier a des comptes à rendre à la Haca.

Faut-il rappeler les attributions du ministère de la Communication: préparation et mise en œuvre de la politique du gouvernement dans tous les domaines de la communication, élaboration pour le compte du gouvernement des cahiers des charges et des contrats-programmes avec les organismes publics intervenant dans le secteur, et suivi des activités des établissements publics sous tutelle du ministère et proposition des mesures d’orientation de leurs activités et de leur stratégie de développement. Imaginez le risque de confier un tel dispositif à une direction sous la tutelle du chef de gouvernement qui plus est PJDiste. Ce n’est un secret pour personne, Elotmani confie le dossier de la communication à de hauts cadres du parti de la lampe. Une priorité haute et un agenda permanent!

Une chose est sûre: telle que présentée, la suppression du ministère de la Communication soulève beaucoup de questions et suscite des inquiétudes légitimes. Dans le contexte actuel, un tel acte est loin d’être innocent. Cette démarche rassure sur une seule chose: L’absence d’une vision politique pour le secteur de la communication, même si dans les médias, on avance le contraire, en soulignant que le sujet est maîtrisé et que la régulation est suffisante. Attention à la récupération politicienne! Les semaines et les mois à venir seront certainement déterminants. Vigilance, vigilance…

Un syndicat réagit!

La suppression du ministère de la Communication n’a toujours pas fait réagir la classe politique et les syndicats. Pour l’heure, seule l’Organisation démocratique du travail (ODT) a fait part de son étonnement et de sa grande déception. Lundi 14 octobre, des fonctionnaires affiliés à l’ODT ont organisé un sit-in au siège du ministère pour dénoncer le flou total autour de la suppression du ministère et le mutisme du chef du gouvernement. Dans un communiqué diffusé, le 11 octobre, le bureau exécutif de l’ODT a dénoncé la démarche d’Elotmani. Une démarche marquée par le black-out comme si la question concerne "la sécurité de l’Etat". Le syndicat ne s’est pas contenté de dénoncer. Il a appelé l’ensemble des organisations syndicales et les différentes représentations des journalistes et des médias à exprimer un ferme refus de cette approche du chef du gouvernement de minimiser le rôle du secteur et de l’apport de ses ressources humaines. L’ODT a exigé d’Elotmani de briser le mur du silence et d’expliquer la vision de son gouvernement quant au secteur de la communication.

Par Rédaction Medias24
Le 18 octobre 2019 à 10h38

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