Le Maroc innovant… d’une expérimentation à une dynamique
L’année 2017 a été une année décisive pour l’écosystème marocain de l’entrepreneuriat et de l’innovation.
De 2012 à 2016, nous étions dans une phase de découverte de l’entrepreneuriat, avec l’émergence des premiers programmes de sensibilisation, d’accompagnement et de financement. Ces actions ont permis de mieux comprendre les besoins des entrepreneurs, de développer des modèles d’intervention efficaces.
2017 clôt le premier chapitre de l’histoire de notre écosystème avec la concrétisation de nombreuses initiatives majeures. Et pour la première fois, en 2018, nous fonctionnerons avec une offre complète d’accompagnement de l’innovation et de l’entrepreneuriat, même si encore a minima.
De nouvelles opportunités
L’accès au marché, à l’information et à l’expertise sont des défis majeurs pour l’entrepreneuriat. Aujourd’hui, ces défis sont rendus moins complexes avec l’intégration de partenaires de taille dans l’équation: les grandes entreprises.
Fin 2016, NUMA Casablanca a lancé le premier programme marocain d’innovation ouverte. Des entrepreneurs ont ainsi pu co-construire, avec RATP Dev, Michelin, inwi, LafargeHolcim Maroc et la Ville de Casablanca, sept projets innovants pour répondre à des enjeux business autour de la ville intelligente.
Depuis, Attijariwafa Bank, CIH et RMA Watanya, pour ne citer qu’eux, ont lancé des initiatives similaires. Plusieurs autres grandes entreprises se sont aussi engagées dans des démarches globales d’innovation, allant de la définition d’une stratégie à la mise en œuvre de projets innovants, en passant par la formation et l’acculturation des équipes.
Et ceci n’est qu’un début.
Une offre de financement complète
Avec le programme Innov Invest de la Caisse Centrale de Garantie (CCG), en partenariat avec la Banque Mondiale, une chaîne de valeur complète de financement a été mise en place pour les entrepreneurs basés au Maroc.
Six incubateurs ont été labellisés par la CCG, dont trois, Numa Casablanca, Startup Maroc et Réseau Entreprendre Maroc, pouvant octroyer jusqu’à 700 KDH par projet accompagné (sous forme de subventions et de prêts d’honneur).
La suite des besoins de financement des entrepreneurs sera couverte par 4 fonds de capital-risque, qui seront opérationnels à partir du premier trimestre 2018 avec des tickets d’investissement à partir d’un million de DH.
Pour compléter cette offre, une exonération d’impôts à hauteur de 200 KDH pour les business angels a été prévue dans la loi de Finances 2018. Cela permettra non seulement de renforcer ce maillon essentiel de la chaîne de financement, mais aussi d’élargir les réseaux accessibles aux entrepreneurs.
Une dynamique nationale
Par ailleurs, la multiplication d’initiatives portées par le gouvernement marocain devrait permettre de porter la dynamique de l’entrepreneuriat et de l’innovation sur l’ensemble du territoire.
Le Ministère de l’Environnement accompagne des entrepreneurs verts depuis 2016 dans le cadre du programme Cleantech en partenariat avec l’ONUDI.
Numa accompagne aujourd’hui le Ministère de l’Agriculture sur la définition et la mise en place d’une stratégie nationale d’incubateurs agricoles régionaux pour mettre l’innovation et l’entrepreneuriat au service des chaînes de valeurs agro-industrielles et renforcer le rayonnement marocain dans ce domaine à l’échelle continentale.
Le Ministère de l’Industrie, de son côté, vient de créer l’Agence du Développement Digital qui, même s’il n’est pas directement lié à l’entrepreneuriat et l’innovation, en est un des vecteurs clés.
>En conclusion
Alors oui, tout n’est pas joué. Il y a encore de nombreux défis à relever pour faire du Maroc un hub d’innovation. L’éducation sera un défi essentiel pour faire émerger des esprits critiques affutés, et renforcer les compétences techniques et business autant des futurs entrepreneurs mais aussi de leurs équipes.
La culture, notamment le défaitisme et l’aversion au risque, devra aussi être adressée pour préparer le changement de paradigme nécessaire à une dynamique d’innovation pérenne.
Il sera aussi important que le programme Innov Invest soit bien exécuté. Il ne faudra pas tomber dans une course à qui aura dépensé le plus d’argent. Il sera, au contraire, important de faire travailler l’ensemble des acteurs sur la base de règles claires et respectées par tous, pour maximiser les retours sur investissements et construire un business modèle durable pour les incubateurs et les fonds.
Ceci dit, avec les concrétisations résultant d’années d’efforts en 2017, le Maroc a maintenant changé d’échelle et peut enfin prétendre développer de vraies success stories innovantes. Maintenant, à nous de jouer.