Le Maroc dans une interview de Tebboune
Alors que les relations sont au plus bas avec la France, le chef d’État algérien Abdelmadjid Tebboune a estimé utile d’octroyer une interview au journal français L’Opinion en date du 2 février 2025. C’est le journaliste Pascal Airault, ancien de Jeune Afrique connaissant les enjeux de la région, qui s’est rendu en personne en Algérie pour effectuer cet entretien. Les autorités algériennes ont voulu par cette sortie donner voix à leur politique dans un média français alors que l’image du pays à l’international n’a jamais été si détériorée.
Inutile de revenir sur ce que Tebboune a relaté comme arguments concernant les sempiternels litiges avec la France et le peu d’estime qu’il porte à ses dirigeants toutes tendances confondues. Les Français jugeront eux-mêmes de la nature de ces reproches qu’Alger traine comme un fonds de commerce depuis l’indépendance du pays en 1962 jusqu’à nos jours. Cependant, comme dans chacune de ses interventions, les échecs politiques et diplomatiques sont enrobés d’argumentaires fallacieux.
Il n’a fallu qu’une première question relative aux relations avec la France pour que la seconde soit, comme prévu, sur le Maroc. La reconnaissance par Paris de l’initiative d’autonomie sous souveraineté marocaine a poussé Tebboune à donner le meilleur de lui-même. Il s’y est épanché avec une jubilation, donnant de menus détails sur ses échanges avec le président français. Lors du sommet du G7 à Bari, en Italie, dira-t-il, Macron lui avait annoncé qu’il allait faire ce geste pour reconnaitre la marocanité du Sahara. Je l’ai prévenu : vous n’allez rien gagner et vous allez nous perdre, a-t-il reconnu.
Puis de continuer ouvertement qu’il l’avait prévenu que ce geste serait une grave erreur et que la France risque de perdre par cette initiative, toute souveraine du reste, l’Algérie. Cette seule déclaration est en flagrante contradiction avec ce qu’Alger a toujours affirmé, à savoir qu’elle n’est pas concernée par cette question. En outre, Tebboune affirme qu’il a mis en garde Macron parce que la France est un pays membre du Conseil de sécurité, et que le Sahara est un dossier de "décolonisation", et non une question d’intégrité territoriale.
Pascal Airault lui pose alors, et à juste titre, une question sur l’érosion des soutiens internationaux au polisario. Tebboune lui rétorque que rien n’est immuable, puis il compare cette situation à celle de l’Algérie. L’indépendance de l’Algérie a été obtenue après cent trente ans de combat, oubliant de mentionner que la résistance militaire de son pays à la France date de 1954, avec l’aide justement des pays voisins, dont le Maroc.
Son autre argument pour venir en soutien au polisario et à la "rasd" est que ce dernier est membre de l’Union africaine, d’une part, et que, de l’autre, la Cour internationale de justice dit qu’il n’y a aucun lien de tutelle entre le Sahara et le Maroc, si ce n’est, laisse-t-il glisser, des relations économiques. Tebboune sait pertinemment que cette république fut montée de toute pièce par les militaires algériens sur leur propre sol et qu’ils l’ont imposée par la suite illégalement au sein de l’OUA de l’époque.
Malgré toutes ces hostilités contre le Maroc depuis l’indépendance de l’Algérie, le président Tebboune estime que son pays est dans la réaction avec ce voisin qu’est le Maroc. C’est presque un jeu d’échecs, où nous sommes contraints de répondre à des actes que nous jugeons hostiles. Pourtant, le premier constat pour quelqu’un qui suit les médias de deux pays s’aperçoit que le Maroc est un sujet quotidien en Algérie dont les responsables font du Royaume l’ennemi public tout désigné, à côté de la France naturellement.
Tebboune n’évoque pas l’arrêt injustifié du gazoduc traversant le Maroc vers l’Espagne, mais se permet de justifier à sa manière l’interdiction aux avions civils marocains de survoler l’Algérie. "Nous leur avons récemment interdit le survol de notre espace aérien parce qu’ils réalisent des exercices militaires conjoints avec l’armée israélienne à notre frontière". Il estime que ceci est contraire à la politique de bon voisinage "que nous avons toujours essayé de maintenir".
Mais cette bonne politique de voisinage donne-t-elle le droit à Alger d’armer des milices et des mercenaires basés à Tindouf pour attaquer impunément le Maroc voisin et tuer des civils ? Le bon voisinage donne-t-il droit à expulser des milliers de civils marocains de l’Algérie un jour de fête ? Et à dépenser des milliards de dollars des deniers publics pour financer l’armement du polisario, le déplacement de ses membres, leurs salaires et la location de ses ambassades là où elles se maintiennent encore ?