L’âme réactionnaire
Tandis que Frank Bruni s’émerveillait, dans une récente chronique au Times, des sondages qui désignaient Donald Trump, avec ses multiples mariages et casinos, le candidat présidentiel préféré des chrétiens évangéliques républicains, d'autres chroniqueurs étaient choqués de voir un grossier mercantiliste réussir à s’imposer dans le prétendu parti des marchés libres. Qu'est-il arrivé aux principes conservateurs?
En fait, rien. Ces prétendus principes n’ont en réalité jamais été appliqués. La religiosité conservatrice et la foi dans les marchés n’ont rien à voir avec la vie pieuse et la main invisible qui promeuvent l'entrepreneuriat.
Le conservatisme moderne, comme le décrivait Corey Robin, professeur de sciences politiques à l'Université de la ville de New York, est plutôt "un mouvement réactionnaire, une défense du pouvoir et des privilèges contre les défis d’édification d’une démocratie à partir d’en bas, en particulier dans les sphères privées de la famille et du lieu de travail".
Il est uniquement question de savoir qui sera le patron et de faire en sorte que l'homme en question restera patron. Mr. Trump est admiré pour vouloir remettre les femmes et les travailleurs à leur place. Et le fait qu’il convoite la femme de son voisin ou qu’il appelle à la guerre commerciale, n’a aucune espèce d’importance.
Le phénomène Trump n’est pas une diversion. Il est une révélation qui porte sur la place publique les motivations réelles du mouvement conservateur.
© 2015, Le New York Times
Traduit de l’anglais par Raja Khabcheche