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La maison du poète

Dans cette chronique, Abdallah-Najib Refaïf revient sur son escapade à Lisbonne, durant laquelle il a visité la demeure qui abrita l’écrivain portugais Fernando Pessoa et est désormais le lieu d’un musée qui lui est dédié.

Le 13 octobre 2023 à 13h15

Poussé par la simple curiosité du lecteur qui a lu et admiré quelques textes d’un étrange poète, étranger à lui-même, l’envie de visiter la maison où il avait vécu plus d’une quinzaine d’années s’est transformée en un plaisir constant ressenti tout au long des rues étroites, en pentes abruptes et en descentes douces qui mènent vers cette demeure. C’était au cours d’une récente et courte escapade à Lisbonne, ville qui a abrité le poète portugais Fernando Pessoa (1988-1935), ainsi que d’autres écrivains lisboètes prestigieux tels José Sarramago, Antonio Lobo Antunes ou Mario de Carvhalo.

Sans compter le romancier italien disparu, Antonio Tabucchi, admirateur de Pessoa et traducteur de nombres de ses textes. Il est également l’auteur d’un excellent roman, Pereira prétend (Éditions Bourgois) qui raconte les péripéties, sous formes de témoignage, d’un vieux journaliste solitaire qui dirige la page culturelle d’un journal portugais des années 1930, sur fond du régime étouffant de Salazar. Tabucchi, en fin connaisseur de la vie littéraire portugaise et de l’œuvre de Pessoa, restitue fidèlement l’atmosphère pesante et angoissée qui suinte des écrits du poète lisboète.

Pour ceux qui ne veulent pas "voyager idiot" ou acceptent de tenter le tourisme culturel et de marcher sans se perdre sur les pas de Pessoa dans une ville qui regorge de lieux historiques et en font sa gloire, il y aurait bien sûr les guides, supports bien utiles et souvent bien faits. C’est ce dont on a usé, sans abuser, pour se rendre chez "l’homme aux masques", qui a inventé des dizaines d’hétéronymes comme autant d’alias afin de cacher une identité "inconnue de lui-même", tel que l’écrivait le poète et prix Nobel mexicain, Octavio Paz, dans un essai publié − et il n’en a que plus de mérite −en 1961 . En effet, à l’époque, et même de son vivant, peu de gens connaissaient l’existence − et encore moins l’œuvre − de Pessoa, et pour cause !

"Les poètes, écrit Octavio Paz dans l’introduction de son essai, n’ont pas de biographie. C’est leur œuvre qui est leur biographie. Pessoa, qui douta toujours de la réalité de ce monde, accepterait sans hésiter d’appartenir à ses poèmes, en oubliant les incidents et les accidents de son existence terrestre. Rien de surprenant dans sa vie — rien, sauf ses poèmes. Je ne crois pas que son 'cas', résignons-nous à employer ce terme antipathique, puisse expliquer son œuvre ; je crois au contraire que, à la lumière de ses poèmes, son 'cas' cesse d’en être un. Son secret, en outre, est inscrit dans son nom : pessoa, en portugais, signifie 'personne' et vient de persona, le masque des acteurs romains. Masque, personnage de fiction, personne : Pessoa."

Tout est dit et en peu de mots. Pas de biographie donc, mais Pessoa a une maison et elle abrite en même temps le musée qui lui est dédié. La demeure où il a vécu les quinze dernières années avant son décès, est située dans un quartier banal, loin du circuit touristique balisé et d’autres lieux prestigieux où l’offre culturelle est riche et variée. Mais bien avant d’arriver dans ce quartier, et un peu partout à Lisbonne, la publicité faite au poète est aussi omniprésente que surprenante, déclinée à travers des effigies de l’auteur (reconnaissable à son chapeau, ses fines lunettes et sa moustache) collées sur les murs, sur le métro et sur de nombreuses vitrines de commerces et devantures de cafés. On peut aussi admirer une belle sculpture, grandeur nature, de Pessoa attablé à la terrasse du célèbre café A Brasileira, où l’on dit qu’il avait écrit une partie de son œuvre.

La maison du poète, qui a ouvert ses ouverte ses portes aux visiteurs en 1993, réunit des objets, des photos et des peintures ainsi que les livres de sa bibliothèque personnelle. Au pied de son lit, une réplique de la fameuse malle qui renfermait des milliers de pages manuscrites constituant l’œuvre complète de l’auteur publiée à titre posthume. Le lecteur, même le moins averti des livres de Pessoa, ne peut qu’être ému par le partage de cette intimité avec l’auteur.

Dans le silence du décor reconstitué de cette maison, il saurait imaginer la quotidienneté, "l’intranquillité" mais aussi la créativité de la vie de l’ancien locataire solitaire de ce lieu de mémoire. A propos du morne et morne quotidien du poète lisboète, Antonio Tabucchi écrit dans son essai Une malle pleine de gens : "Outre sa vie privée faite de ponctualité et de solitude, entre bureau et pension, Fernando Pessoa a aussi vécu une autre vie. Une fois rentré chez lui au terme d’une journée de travail, après avoir ôté ses manches de lustrine, l’employé Fernando se métamorphose. Il invente l’avant-garde. Pendant vingt ans, de 1910 à 1930, il marque de son empreinte la vie culturelle de son pays."

Auteur solitaire oublié puis reconnu et célébré dans son pays et de par le monde, écrivain et poète difficile dont l’accès à son œuvre multiforme se mérite, Pessoa est devenu un mythe. Il est désormais une balise dans le circuit touristique et culturel de Lisbonne, cette ville à la nature secrète mais qui est ouverte sur l’océan et illuminée par les flots étincelants du fleuve Tage. "Tout au fond du Tage est un lac d’azur, écrit Pessoa dans Le Livre de l’intranquillité, et les collines de la rive sud semblent celles d’une Suisse aplatie. Que tous les dieux me conservent jusqu’à l’heure où disparaîtra mon aspect actuel, la notion claire, la notion solaire de la réalité extérieure, l’instinct de mon 'inimportance', le réconfort d’être si petit et de pouvoir penser à être heureux."

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Le 13 octobre 2023 à 13h15

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