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La Conférence de Munich et les va-t-en-guerre

La Conférence de Munich sur la Sécurité (MSC) qui s’est déroulée du 17 au 19 février, a été bien particulière cette année. Cette plateforme traite habituellement les thèmes relatifs à la sécurité régionale et à la coopération transatlantique. Elle est à la géopolitique internationale et à la défense ce que Davos est au monde des affaires et à l’économie mondiale. Ici les stratèges, les diplomates et les généraux remplacent les entrepreneurs les hommes d’affaires et les PDG.

Le 24 février 2023 à 16h13

Les organisateurs de la Conférence ont tenu pour cette 59e session à élargir les invitations aux pays africains, asiatiques et latino-américains. Selon eux, c’est pour accorder une attention aux problèmes auxquels ils sont confrontés, et à leur mécontentement face à l’ordre mondial. La guerre entre la Russie et l’Ukraine, et ses conséquences sur le monde, semble être la principale raison pour cet élargissement. L’autre souci non-dit est que la majorité des pays en voie de développement ne veulent pas prendre position pour ce conflit qui n’est pas le leur.

Si une série de sujets internationaux ont été abordés, c’est la guerre en Ukraine qui s’est accaparée les débats et l’intérêt des participants. Au lieu d’inviter la Russie, comme par le passé, pour écouter son argumentaire et éventuellement prévoir une sortie honorable à la guerre, les pays occidentaux ont préféré cette fois-ci bouder Vladimir Poutine. Cette attitude était-elle juste et raisonnable alors que l’humanité cours de graves crises politiques et économiques et peut-être même une confrontation globale entre les puissances ?

Pourtant le président Poutine a participé par le passé à la Conférence de Munich comme en 2007. Son discours à l’époque est resté dans les mémoires, mais peu y ont prêté l’attention qu’il fallait. Il y déclarait ouvertement que la fête post-soviétique est bel et bien finie. À l’époque l’Occident n’avait pas, ou ne voulait pas, prêter suffisamment attention à ce jeune chef d’État au pouvoir depuis juste sept ans.

Poutine ne voulait pas ressembler à son prédécesseur Boris Eltsine qui, à ses yeux, amusait plus ses interlocuteurs que gérer la Russie. Il avait mené la guerre en Tchétchénie sans état d’âme, stabilisé la situation politique en Russie au détriment de ses opposants, et reformé l’économie du pays. A cette session de 2007, il a dit tout haut ce qu’il pensait face aux occidentaux qui doutaient encore de ses véritables intentions.

Poutine avait lancé à cette occasion des critiques acerbes à ce monde unipolaire instauré par les américains après la dislocation du bloc de l’Est. C’est le monde d’un unique maître et d’un unique souverain, a-t-il relevé. Il a dénoncé devant ses pairs l’élargissement de l’Otan vers l’Est par ces termes : "nous sommes légitimement en droit de demander ouvertement contre qui cet élargissement est opéré", a-t-il ajouté.

André Gratchev, ancien porte-parole du dernier président de l’Union Soviétique Michael Gorbatchev, regrettait que ce discours de Poutine n’ait pu être pris au sérieux en son temps. Peu de participants ce jour-là comprirent que c’était, non la voix d’un homme du passé nostalgique et d’une époque révolue, mais le cri d’un Poutine menaçant d’une guerre nouvelle. L’année suivante éclatait déjà la guerre en Géorgie.

Si la Russie n’a pas été invitée en 2023, la Chine par contre a été représentée par son ministre des affaires étrangères Wang Yi, venu soumettre une initiative pour désamorcer la crise entre l’Occident et la Russie et éloigner les affres de la guerre totale qui se prépare entre les deux. Malgré l’affaire des ballons chinois qui survolaient le ciel des États-Unis, abattus par l’aviation américaine, le diplomate chinois a tenté de calmer, mais en vain, les soupçons de Washington sur d’éventuelles fournitures d’armes à Moscou.

Pour ne laisser aucune chance à l’initiative chinoise de se déployer et faire des émules, les américains Kamala Harris et Antony Blenkin ont étalé, durant la session, leurs accusations contre Pékin.  À leurs yeux, la Chine est l’allié objectif de Moscou, chose que le ministre chinois des affaires étrangères a essayé de récuser. Pour lui la Chine cherche à promouvoir la paix et ne souhaite pas que la crise ukrainienne se prolonge ou s’intensifie.

Cette offre de médiation chinoise a été également rejetée par la France de Macron. L’heure n’est pas au dialogue avec Moscou, a insisté ce dernier, et la Russie est devenue avec Poutine une puissance du désordre selon lui. En dépit de la profonde crise que vit son pays, le président français s’est dit prêt pour un conflit prolongé avec la Russie. La seule explication qu’il a pu fournir est que Moscou n’a pas digéré la fin de son empire, et que la raison profonde de son offensive en Ukraine est l’obsession pour ce passé perdu.

La plupart des interventions des pays occidentaux allaient dans le même sens d’analyse, accusant la Russie de pays agresseur. Aucune porte de négociation n’a été laissée entrouverte pour laisser une chance à une solution de paix. Le président français lui-même déclarait que l’heure n’était pas au dialogue avec Moscou et que la Russie est devenue une puissance de désordre. Il a aussi affirmé que ce conflit risque d’être long et prolongé dans le temps.

Le président ukrainien Volodomyr Zelinsky est allé aussi dans le même sens lors de sa déclaration d’ouverture à la conférence. Il a demandé d’accélérer le soutien militaire à Kiev, et de confirmer la fourniture des armes promis par les pays alliés. Tout laisse donc penser que la guerre en Ukraine est en train effectivement de s’installer dans la durée.  Les pays occidentaux participant à la conférence ont été tous unanime à ne pas laisser une chance la Russie pour jouir d’une quelconque victoire.

Interrogé par le journal allemand Die Welt, le président ukrainien a révélé ce qu’il pense réellement de l’attitude de neutralité et de proposition qu’affiche la Chine face au conflit ukrainien. J’aimerai donc que la Chine soit de notre côté.  Pour l’instant je ne pense pas que ce soit possible, et je ne vois pas la Chine faire une évaluation pragmatique de ce qui se passe ici. Si la Chine s’aligne sur la Russie, il y aura une guerre mondiale, a-t-il déclaré froidement.

Pourtant le ministre chinois Wang Yi a poursuivi son périple en Europe pour promouvoir l’initiative de paix chinoise. Celle-ci consiste à demander aux belligérants de reprendre le dialogue, de respecter les souverainetés de chacun, et de condamner l’utilisation de l’arme atomique. Elle préconise aussi la protection des civils et des prisonniers. Kiev a déjà fait savoir qu’aucune négociation ne peut avoir lieu avant le retrait des troupes russes de son territoire. Il faudrait cependant un miracle pour que l’Occident accepte, l’initiative de Pékin. Les américains rejetteront toute proposition qui profitera à la Chine.

En attendant, le ministère chinois des affaires étrangères a rendu public cette semaine un document qui traite de l’Initiative de Sécurité Global, GSI, sans mentionner ouvertement la guerre en Ukraine. On y insiste sur les aspects généraux du droit international pour régler les différends, comme le respect de l’intégrité territoriale des États et de la Charte des Nations Unies, la résolution des conflits par le dialogue et les consultations, et l’instauration d’une coopération globale pour une paix durable.

N'ayant aucune autonomie, et encore moins de convergence politique entre eux, pour définir leur propre stratégie internationale, les européens faisaient figure de suiveurs de la politique décidée par Washington. Macron a essayé pour sa part de parler au nom des pays du sud en proposant de tenir à Paris un sommet avant l’été pour redéfinir un nouvel ordre mondial. Je suis impressionné par le rythme auquel nous perdons la confiance des pays du sud, a-t-il asséné, pensant certainement aux pays africains qui commencent, l’un après l’autre, à tourner le dos à la France et prendre leur distance avec Paris.

Aux yeux des pays en développement, la guerre en Ukraine a révélé au grand jour les contradictions de l’Occident et son double langage.  La majorité d’entre eux ont condamné l’invasion et soutenu l’intégrité territoriale de l’Ukraine sans pour autant condamner ouvertement la Russie.  Equilibre difficile à maintenir s’il en est.  Ils ont tous en mémoire les invasions américaine en Irak et française en Libye et leurs conséquences.

En Afrique les populations des pays francophones espèrent que cette crise ukrainienne puisse aboutir à secouer l’ordre établi injustement imposé par la France depuis les indépendances. Ils veulent tout simplement prendre possession de leur économie, transformer leur matières premières sur place, frapper leur monnaies nationales chez eux et non à Paris, pour enfin trouver leur vraie indépendance. C’est cet espoir qui a été inaudible à Munich, et qui fait que des pays, comme la France, sont atteints d’une grave surdité face à ces appels de changement.

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Le 24 février 2023 à 16h13

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