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Kamala Harris, de l’ombre à la lumière

Sans attendre l'investiture démocrate officielle prévue à la troisième semaine du mois d'aout, Kamala Harris s'impose comme une candidate naturelle des Démocrates face aux Républicains dans les élections présidentielles américaines. Un tour d'horizon d'Ahmed Faouzi.

Le 26 juillet 2024 à 10h53

A la fin du duel du 27 juin dernier entre l’ancien président américain Donald Trump et l’actuel John Biden, le journaliste de la chaîne CNN John King donne la parole à Kamala Harris vice-présidente, pour commenter la piètre présence de son chef lors de cette soirée.

D’une voix forte et naturelle, parlant spontanément et sans recourir au script, elle argumente, réconforte et rassure tous les démocrates américains. Alors que personne ne parlait encore d’elle comme candidate, le journaliste King laisse percer son sentiment. Il dira que les démocrates ont commis la pire faute politique de leur histoire en laissant Harris si longtemps dans l’ombre.

Il fallait presque un mois de tergiversations pour que Biden accepte, contraint, à annoncer le 21 juillet son retrait après des spéculations sur ses capacités physiques et mentales à gouverner encore le pays. "Je pense qu’il est dans l’intérêt de mon parti, et du pays, que je me retire et que je me concentre uniquement sur l’exercice de mes fonctions de président jusqu’à la fin de mondant", annonçait-il, tout en apportant son soutien à sa colistière Kamala Harris.

Cette annonce a libéré soudainement l’énergie des démocrates pour apporter un soutien franc et massif à la nouvelle candidate. Bill et Hillary Clinton étaient parmi les premiers à soutenir K. Harris ainsi que l’ancien président Barak Obama qui avait estimé que personne n’est mieux placée que la vice-présidente pour s’opposer à la vision sombre de Donald Trump. L’ancienne Speaker Nancy Pelosi, ennemie déclarée de Trump, ainsi que les chefs de file des démocrates dans les deux chambres, ont eux aussi apporté leur appui. Plusieurs gouverneurs d’État démocrates se sont également alignés en soutien à la nouvelle candidate.

Comme les élections américaines sont aussi une affaire d’argent, dès l’annonce de la candidature de K. Harris, des donations en millions de dollars ont afflué vers la caisse du parti démocrate pour relancer rapidement la campagne électorale qui promet d’être rude face au milliardaire Trump. Les dirigeants du parti démocrate ont compris qu’il fallait aller vite en optant pour la vice-présidente, qui a accumulé suffisamment d’expérience pour assurer une continuité politique. La moisson de soutiens qu’elle a déclenchée à ce jour poussera certainement les réticents à se rallier rapidement à sa candidature.

En femme reconnaissante, sa première sortie était pour saluer les performances et l’abnégation de John Biden, qui a déjà surpassé en accomplissements la plupart des présidents américains, même ceux qui ont servi deux mandats, dira-t-elle. Pour être confirmée comme candidate, elle devra attendre son investiture par les démocrates lors de la convention qui aura lieu en août. Ce qui est certain, c’est que la présentation éclair de sa candidature a privé d’autres rivaux au sein des démocrates à profiter du vide pour promouvoir leurs propres candidatures. Ceci aurait plongé le parti dans des débats stériles qui n'auraient servi que le camp républicain et Trump.

Née d’un père économiste d’origine jamaïcaine, et d’une maman indienne, Kamala est reconnue au sein du parti comme un modèle d’intégration et d’engagement. Lorsqu’elle a été élue au Sénat, elle a suscité l’admiration par sa modernité et son franc-parler ainsi que sa capacité à gérer les problèmes les plus compliqués, comme la criminalité ou l’immigration. De plus, son appartenance à deux minorités, noire et asiatique, symbolise aux yeux d’une partie des américains un côté Obama au féminin. Elle est la première femme noire procureure générale de Californie en 2010, première sénatrice issue des minorités en 2016, et enfin première vice-présidente en 2020.

A l’opposé, tous ces atouts accumulés sont pour le camp républicain des handicaps dont ils rendent responsables les démocrates. Dans l’imaginaire de Trump, Kamala est une femme, noire et asiatique, et ne lui restait, pourrait-on dire, que d’être musulmane pour cocher toutes les cases. Elle est le symbole de tout ce que Trump abhorre, et ce qu’il a toujours décrié durant son premier mandat pour dénoncer l’invasion étrangère de l’Amérique.

Les républicains voient par ailleurs en elle la candidate des politiques de diversité et de l’inclusion que prônent les démocrates. On lui reproche aussi d’avoir caché pendant longtemps la sénilité du président Biden et d’être effacée durant le mandat Biden. Cette femme de fer, qui a accumulé une grande expérience à travers sa longue carrière serait redoutable face à Trump. Ce qui est certain, c’est qu’avec elle, les républicains ont maintenant une cible qu’ils imaginent facile à attaquer et à abattre.

Trump aura face à lui une candidate coriace, ancienne procureure générale, qui connait aussi bien le droit que les poursuites judiciaires dont il est toujours l'objet. En outre, Harris se présente toujours avec un grand sourire qui lui est propre et qui cache un tempérament de battante. Elle est de surcroît plus jeune que lui, et c’est Trump qui apparaît soudainement plus âgé et vieux jeu. Vu ses expériences accumulées, elle semble plus dynamique, rodée et impliquée dans les affaires d’État dont elle en avait la responsabilité.

Harris devrait maintenant s’atteler à faire l’unité de son parti autour de sa candidature, ce qui est loin d’être gagné. Certains démocrates critiquent sa gestion du dossier des flux migratoires, ses rapports avec les entreprises pharmaceutiques, et son profil bas et effacé durant le mandat de Biden. Son autre handicap réside dans le fait qu’elle est moins connue que son président chez une large partie de la population américaine vivant hors des grandes villes.

Mais force est de constater que depuis le duel télévisé entre Biden et Trump, son nom avait commencé à circuler, avant même l’annonce du retrait de Biden de la course à la présidentielle. Elle est soudainement apparue, aux yeux des observateurs américains, comme la personne idoine pour s’opposer à Trump, sorti glorifié de la tentative d’assassinat en Pennsylvanie. Le show télévisuel que ce dernier maitrisait à la perfection, souvent face à une foule en délire, prendra une autre tournure face à Harris.

Le plus grand reproche qu’on adresse à l’entourage du président c’est d’avoir trop tardé à prendre la mesure de l’incapacité de Biden à concourir pour briguer un second mandat. Ceci a favorisé, pour un temps, la candidature d’un Trump revigoré après l’attentat. L’autre reproche que les médias américains font au président, c’est de ne pas avoir laissé suffisamment d’espace à sa vice-présidente pour exprimer ses talents. Barak Obama, en son temps, avait au contraire laissé à Biden toute la latitude pour jouer pleinement son rôle de vice-président.

Tout n’est donc pas encore joué pour K. Harris qui se prépare au combat pour se faire élire comme la première présidente femme des Etats-Unis. Il lui faut d’abord la confiance de la convention du parti démocrate qui aura lieu entre le 19 et le 22 août. L’autre facteur qui déterminera sa victoire serait le choix de son colistier qui l’accompagnera dans cette aventure. Les candidats ne manquent pas, et Kamala doit avoir en tête une personnalité en vue, pour asseoir sa propre candidature au sein de son parti.

Harris a promis de gagner le soutien massif des démocrates, mais ces derniers auront-ils d’autres choix que de la soutenir, à quelques semaines des élections présidentielles? Au lendemain de l’annonce du retrait de la candidature de Biden, 65% des députés démocrates s’étaient déjà prononcés en sa faveur, et 59% des sénateurs ainsi que quasiment la moitié des gouverneurs démocrates. Par ailleurs, les sondages menés par CBS News et Fox News ont laissé apparaître une amélioration d’un point de la position des démocrates face à Trump qui garde toujours une légère avance.

Cette entrée en lice tardive de Kamala Harris a permis de prendre de court Trump et ses soutiens qui avaient misé sur la fragilité physique de Biden pour remporter les prochaines élections présidentielles. Avec la confrontation Trump-Harris, ce serait cette fois-ci un duel d’une autre nature, entre une procureure qui connait bien la loi et le droit, et un repris de justice qui a été condamné et reste poursuivi par les tribunaux pour d’autres affaires. C’est donc un nouveau scénario auquel vont assister les Américains. Le reste du monde jugera si les prochains débats prendront en compte les inquiétudes du monde, ou seront seulement le lieu des invectives et du populisme entre Américains.

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Le 26 juillet 2024 à 10h53

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