Instrumentaliser les médias et les institutions européennes ne pourrait se substituer à l’adoption d’un nouveau paradigme post colonial
Les relations de plus en plus conflictuelles avec les pays maghrébins et africains, anciennes colonies de la France, mettent à mal la diplomatie française. La France n’a pas encore su trouver un nouveau paradigme pour ses relations avec ces pays, autre que la continuité d’une vision néocoloniale. Cette approche anachronique est rejetée par les nouvelles générations africaines.
A défaut d’une nouvelle vision, d’une nouvelle approche, certaines élites françaises pensent, paternellement, ramener ces pays à la "cour française" par coups d’endiguement, d’affaiblissement, de menaces, par tous les moyens y compris l’instrumentalisation des médias et/ou des institutions européennes.
Au Maroc, Algérie, Tunisie, Lybie, Mali, Tchad, Cote d’Ivoire, Sénégal et beaucoup d’autres pays, le sentiment anti français et les manifestations même des fois anti France se multiplient par la faute d’erreurs françaises. Le Maroc en connait quelque chose ces dernières années, depuis qu’il a décidé de s’ouvrir sur d’autres cieux : l’Afrique, les Etats Unis, La Chine, Israël …, et de s’investir de plus en plus en Afrique. Le Maroc a osé avorter l’approche réductrice même en agissant délicatement pour une transition dans la douceur.
Certaines élites politiques françaises ont essayé toutes les stratégies -si on peut les appeler ainsi -pour contenir le Maroc : politique d’endiguement du Maroc lors de la décennie de la guerre civile algérienne en vue de garder "l’équilibre de puissances" avec une Algérie affaiblie par cette guerre et par la chute des prix du pétrole par la suite. Elles essaient actuellement la politique du double endiguement vis-à-vis des deux pays voisins Maroc-Algérie en menaçant ici et privilégiant de l’autre côté pour affaiblir les deux parties.
Malheureusement, ces politiques sont anarchiquement mises en œuvre d’où leur échec. Ces politiques dans les relations internationales ont été mises en place par les Etats Unis :
- Politique d’endiguement des Russes après la deuxième guerre mondiale, avec le plan Marshal comme composant économique, et l’OTAN composante militaire.
- Politique d’équilibre de puissances en s’investissant en aides économiques, militaires et technologiques dans les conflits.
- Politique de double endiguement (Dual containment policy) envers l’Iran et l’Iraq.
Contrairement aux administrations américaines, les élites françaises poussent à des stratégies contradictoires et de court terme.
Le Maroc qui entretient des relations privilégiées avec la France, ne se sent pas gêné de diversifier et multiplier ses relations internationales en quête de défendre ses propres intérêts et ceux de la région et de la stabilité. C’est dans cette perspective que le Maroc a fait son retour à l’Union africaine, a renforcé sa présence africaine sur les plans politiques et économiques. Il développe ses relations avec la Chine, les USA qui ont reconnu sa souveraineté sur le Sahara, avec Israël pour ses propres intérêts et pour une paix au moyen orient. Il a renforcé ses relations avec l’Espagne son voisin. Le Maroc compte désormais sur ses propres capacités, la pandémie et les vaccins anti Covid, entre autres, l’ont prouvé.
Avec l’avènement du règne du Roi Mohammed VI, le Maroc a capitalisé sur les acquis hérités, tout en lançant de grands projets structurants, des projets économiques et sociaux. Port Tanger Med, TGV, autoroutes, code de la famille, régionalisation, généralisation de la protection sociale et de l’assurance maladie obligatoire, la présence africaine, l’industrie automobile, l’énergie verte, les explorations et les découvertes de gaz, le sport, la métamorphose urbanistique, … Sur le volet diplomatique, la reconnaissance de la marocanité du Sahara par les Etats Unis, la reconnaissance de la centralité de l’initiative marocaine d’autonomie, par plusieurs pays y compris les pays européens.
La France a besoin d’un nouveau paradigme
En moins de deux ans le Maroc a fait la une des médias à l’international sur des thèmes différents : de la vaccination anti-Covid, à sa percée diplomatique sur le dossier du Sahara marocain, à ses exploits sportifs, passant par ses accords avec l’Espagne et le repositionnement de ses relations avec les pays européens au sujet de son intégrité territoriale.
Le Maroc, dérange certes. Il sait qu’il ne peut évoluer sans dérager certaines élites politiques incapables d’imaginer un autre Maroc, un Maroc de développement, de paix, de sécurité et de stabilité. Une autre Afrique souveraine et partenaire et non une cour arrière.
Les pays, européens en premier lieu, qui ont compris qu’un Maroc stable et fort à leurs frontières sud est un gage de stabilité, ont commencé à tendre leur main au Maroc. Un Maroc loyal dans ses engagements et ses partenariats, un Maroc partenaire dans la gestion des dossiers sensibles comme le combat des réseaux illégaux de la migration clandestine, la drogue, la sécurité, le terrorisme. Un Maroc terre de paix et de la tolérance religieuse. Ceux qui ont parié sur des militaires qui ne parient eux même que sur la valeur du baril comme valeur de relations internationales touchent aujourd’hui au plafond de leur vision, et pire encore demain.
Les pays africains francophones comptaient sur la France pour avancer, sur la langue française pour apprendre et s’ouvrir au monde. Aujourd’hui, ils découvrent que des élites françaises tentent le tout pour les empêcher d’avancer et de les garder comme un potager français ; se rendent compte que la langue française est perçue de plus en plus comme un handicap empêchant la pleine ouverture au monde et sur la recherche. Sur 20 meilleures universités dans le monde, 19 sont anglophones. Le français permet de communiquer avec environ 300 millions locuteurs éparpillés sur la planète, dans plusieurs régions qui ne sont pas stratégiques. France, je t’aime non plus ! ces pays sont des amis de la France, mais cette amitié doit être revisitée.
La France a besoin d’un nouveau paradigme dans ses relations internationales, en particulier avec les pays africains, un paradigme qui permettrait à chaque partie de tirer profit de ces relations, autrement d’autres le feront. La nature n’aime pas le vide.