Ils se comptent par MILLIONS AU MAROC, et vous allez, vous-mêmes, en faire le calcul, un peu plus bas.
Bien sûr, ses positions régionalistes sont très discutables (mais recevables dans une démocratie qui respecte les libertés d'expression) et ses attitudes sont inquiétantes (même s'il invite avec insistance à l'action non-violente, ce qui est tout à son honneur). Je ne le condamne pas, ni ne le défend. Un avocat et un tribunal s'en chargeront.
De mon point de vue, en terme de processus de contestations de masse, Zefzafi n'est qu'une partie émergente d'un iceberg de frustration et de fronde sous-jacentes, présentes dans les grandes agglomerations et leurs périphéries.
Il me semble que Zefzafi n'est pas un épiphénomène du Rif et ces manifestations ne sont pas circonscrites à des revendications à visée séparatiste. Cela ferait-il sens aujourd'hui, de réclamer un Etat indépendant du Rif ??
Ce discours de colère concerne la gouvernance du pays, depuis ces dix derniers mois en particulier, mais aussi et surtout depuis 10 ans...
Ce sont les politiques économiques et plusieurs investissements approximatifs non nécessaires ou peu productifs en terme de valeur et d'emplois depuis dix ans qui expliquent la situation économique aujourd'hui, au Rif et ailleurs (conf. Rapport de la Banque Mondiale) et qui font que le travail est devenu une denrée si rare.
Tous les ans, 300.000 jeunes arrivent sur le marché du travail, pour seulement 30.000 emplois créés en moyenne par an, soit 270.000 jeunes sans emploi de plus, chaque année. Faites le calcul sur 10 ans.
Ces jeunes marocains avec lesquels nous DEVONS compatir, ont comme nous, des rêves, ils ont des ambitions, ils veulent vivre, fonder un foyer, être heureux et rendre heureux. Il n'en ont pas eu l'opportunité, et de moins en moins l'espoir ... Comparons notre situation à la leur. Pouvons-nous rester indifférent, voire accusateur à leur égard?
A Casablanca où je vis, cela fait plusieurs semaines que j'entends gronder la colère dans les taxis et dans les cafés, mais aussi chez les classes moyennes prises en étau, entre crédits, charges familiales, d'éducation, médicales et des revenus qui n'augmentent pas.
Chez les patrons et les investisseurs, la confiance manque pour investir. Les entreprises qui ont des contrats avec l'Etat étouffent, partout au Maroc, en attendant qu'on paye leurs factures et que l'on remplisse leurs bons de commande... Probable et prévisible contre-coup économique du blocage politique entre Octobre et Avril derniers.
Les Rifains sont les premiers à réagir, aujourd'hui, mais je suis presque certain, que si la création de valeur et d'emplois ne décolle pas, à court terme, on va voir émerger des Zefzafi dans tous les quartiers péri-urbains à fort taux de chômage. Et Nasser risque de passer pour le plus doux d'entre eux...
Le nouveau gouvernement, qui dit-on préfère l'action à la parole, alimente par son mutisme la colère. La communication actuelle de son chef et du système politique dans son ensemble, ont également fait le lit de cette contestation encore naissante...
Un Abdelilah Benkiran, tonitruant, omniprésent, pesait et aurait probablement mieux géré cette situation de crise grâce à son sens psychopolitique aigu et ses talents de tribun.
C'est ce qui se joue, en perspective longue de l'histoire contemporaine du Maroc, à travers ces deux acteurs politiques, bien malgré eux, qui m'interpelle.
Que représenteront ces deux hommes dans les livres d'histoire? Qu'auront-ils infléchi en étant l'instrument de la volonté du peuple?
Ces hommes sont l'encre avec laquelle s'écrit l'histoire qui se joue sous nos yeux.
Pourvu qu'elle tourne bien!
Faisons confiance à notre dynastie qui a eu dans son histoire, l'expérience de ces situations et qui, j'espère nous évitera les manœuvres tactiques dangereusement maladroites de ces dix derniers mois.
Comme d'autres, je partage une lecture possible des événements, en recoupant les discours récoltés au fil des rencontres.
Chacun se construira sa propre opinion.
L'heure n'est pas à plaire ou à déplaire, encore moins à se poser en ennemi, mais à essayer de mettre des mots sur nos maux, définir les enjeux véritables, y apporter les bons débuts de solution, pour contribuer à retrouver le calme et la paix sociale.
À mon sens, ce n'est ni de Zefzafi, ni de Benkiran, ni de Othmani, ni d'Akhennouch que nous devons attendre une solution...
Il me semble qu'il serait sage et responsable que chacune et chacun d'entre nous, se pose la question - et je commence par moi-même : A mon échelle, à mon niveau, que puis-je faire, de plus, dès demain pour contribuer à trouver des solutions concrètes pour ces jeunes autour de nous? Que puis-je faire, d'où je me tiens, pour participer à calmer cette tempête de colère qui balayera, en 2017, notre ciel, en plein Ramadan...
الله يلطف بنا و ببلادنا بلطفه الخافي و ينزل السكينة و الرحمة علينا