Feuilles d’Afrique. L’UA, l’indépendance est d’abord financière
Le 36ème sommet de l’UA mettra le focus sur la Zlecaf mais c’est surtout le financement de l’Organisation panafricaine qui inquiète. Car c’est justement par là que commence l’indépendance économique du continent.
Au moment où plusieurs chefs d’États africains appellent à une indépendance économique du continent, l’UA affiche toujours des difficultés à s’autofinancer. En effet, les mécanismes de financement mis en place ont montré leur limite et les recettes du continent couvrent à peine la moitié des charges de l’UA.
Impuissance pérenne
Le 36ème sommet de l’UA qui sera tenu ce week-end à Addis-Abeba sera encore une fois marqué par l’impuissance du continent à financer son organisation continentale puisque plusieurs pays n’arrivent pas à honorer leur quote-part ce qui rend l’autonomie financière de l’UA impossible.
En effet, l’UA continue de tourner grâce aux dons d’institutions internationales, notamment européennes, dans le cadre de ce qu’elles appellent « l’aide au développement ». Or, nous autres Africains, nous revendiquons notre souverainté et nous insistons sur l’indépendance de nos choix économiques et politiques, mais en même temps, nous tendons la main pour financer notre Organisation continentale !
Il est clair qu’il faut d’abord commencer par assurer son autonomie financière en dépit des difficultés observées en la matière par certains pays. Et à ce niveau, le continent a pris du retard car cet état de fait n’est pas nouveau. Le sujet a beau être en discussion depuis 2015, les Africains peinent à le solutionner pour défaut de volonté politique. D’ailleurs, en juin 2022, un Comité de quinze ministres des finances de l’UA s’est réuni à Rabat pour trouver une solution financière de l’institution. Le constat est amer. 30 États membres étaient déjà partiellement ou intégralement défaillants tous les ans. Par conséquent, 50% du budget global de l’Organisation africaine est assuré par l’Union Européenne et la Chine.
Et la solution ?
A priori, la solution la plus simple est l’augmentation des quotes-parts des pays mais cela ne servirait à rien puisque plusieurs pays sont complétement défaillants, au moment où les pays solvables refusent une augmentation de leurs quotes-parts ; le principe de solidarité en prend un coup ! Alors que logiquement, les dix pays au meilleur PIB par habitant devraient faire preuve de générosité à l’égard de leur continent représenté par l’UA, et élargir le palier des principaux contributeurs à savoir l’Afrique du sud, le Maroc, l’Algérie, l’Égypte et le Nigéria.
Le barème des contributions mis en place selon une « classification hiérarchique » s’est avéré insuffisant, sachant que les seuils des contributions sont cantonnés entre un minimum de 350.000 US dollars et 35 millions US dollars. Un cantonnement irréaliste au vu des moyens des États africains notamment le plafond qui ne devrait pas avoir exister. Pourquoi un pays comme l’Afrique du sud, par exemple, ne contribuerait-il qu’à hauteur de 35 millions US dollars ? C’est une aberration.
Par ailleurs, le mécanisme reposant sur un prélèvement de 0,2% de la valeur des biens admissibles importés, dans un État membre de l’UA à partir d’un État non-membre, n’a été appliqué que par 16 pays et a montré ses limites pour diverses raisons notamment pour des raisons de cadre législatif non approprié.
Aujourd’hui, les dirigeants africains doivent se poser une question : « Avons-nous la volonté politique pour répondre à cette problématique ? ». La réponse sans détour à cette question nous renverrait vers l’adoption ou non d’une solution définitive.