Abdallah-Najib Refaïf
Journaliste culturel, chroniqueur et auteur.Du carré d’or au cercle vertueux
“L’avenir appartient à ceux qui ont la mémoire la plus longue” disait le philosophe Nietzsche. Voilà pourquoi nous nous devons d’avoir cette longue mémoire et avancer à notre pas d’hommes et de femmes libres et enthousiastes pour recommencer un autre âge, un autre chemin, pleins de rêves et emplis d’espérance. Ce que l’équipe marocaine de football a réalisé là-bas aux confins des Arabies, désormais heureuses, nous aide et nous autorise à cultiver cette mémoire et oser cet avenir.
Bien sûr, il y aura toujours des esprits chagrins, ceux-là mêmes qui cultivent, et arborent en toute circonstance, l’air chafouin des aigris. Ils nous diront que ce n’est là que du foot, un jeu, comme soutenaient certains d’entre eux, destiné à détourner les peuples de ces “lendemains qui chantent” et autres “grands soirs”. Mais allez dire cela à ces jeunes qui criaient et chantaient leur joie sur les gradins dans ces beaux stades lointains. Accompagnés par d’autres jeunes et moins jeunes d’autres pays et de tous les continents, ils ont mis en avant le grand rêve de tout un peuple, chanté à tue-tête et à l’unisson l’hymne du pays et inscrit en majuscules sur les tablettes de l’Histoire des sports en Afrique le nom du Maroc. Et puis ici dans le pays, et puis partout ailleurs à travers le monde où une diaspora fière, pleine d’espoir et d’une douce nostalgie a célébré le parcours glorieux d’une équipe qui portait haut leurs couleurs et leurs espérances.
Maintenant -ces lignes sont écrites avant la rencontre pour la troisième place, mais qu’importe son résultat, le Maroc étant dans le carré d’or des 4 meilleures équipes du monde- il s’agit de redescendre sur terre et, sans oublier ce qui a été accompli au Qatar, d’entamer l’invention d’une autre utopie et la fabrication d’un avenir. Comment et avec quels moyens ? L’auteur de ces lignes, chroniqueur au long cours du temps qui passe, s’est toujours interdit de donner des leçons en matière de gouvernance, de vaticiner ou d’éditorialiser sur la meilleure manière de diriger le monde. Il laisse à ça aux nombreux “professionnels‚ de “la profession politique” et autres ambitieux infatués, bourrés de certitudes et infatigables tireurs des plans sur la comète. A ceux-là on pourrait, tout au plus, conseiller la lecture -s’ils ont encore le temps de lire- d’un petit livre bourré de lucidité et d’humilité mais dont le titre est tout un programme : “Merci aux ambitieux de s’occuper du monde à ma place‚” ( Editions Corti.2015). (Son auteur, Georges Picard, est un romancier et essayiste français peu connu et dont voici une petite citation pour la mise en bouche : “Je remercie les ambitieux de s’occuper du monde à ma place. Ils prennent tous les risques, mais leurs récompenses -l’argent, le pouvoir, la fierté d’avoir réalisé quelque chose de positif- ne me paraissent pas compenser l’aliénation du sentiment intérieur.”)
Après cette digression littéraire impromptue qui nous éloigne des stades de foot, de la liesse populaire et de la véritable ambition de l’équipe nationale qui, elle, mérite respect et gratitude, il est heureux de relire, de méditer et de capitaliser -en passant du carré d’or au cercle vertueux du développement dans les autres domaines- sur tout ce qui a été dit et écrit de positif à travers la planète sur notre pays depuis près d’un mois. En effet, les médias internationaux, tous genres et spécialités confondus, ont loué et mis en avant la qualité de l’équipe de football, son exploit, son parcours et son abnégation. Mais au-delà du foot, ce sont l’image, les atouts et la singularité du pays et de son peuple qui ont été relevés et salués à travers le monde et par tous. Jusqu’à la réaction inattendue de l’écrivain et philosophe français Bernard-Henry Lévy. En effet, l’auteur du “Testament de Dieu” nous a consacré l’intégralité de son “Bloc-notes” dans la dernière livraison de l‘hebdomadaire français “Le Point” (15-20 décembre 2022), saluant l’exploit des Lions de l’Atlas, les valeurs et les spécificités du pays et de sa monarchie. Bien plus, il en a profité, sans s’embarrasser de circonlocutions et c’est tout à son honneur, pour évoquer le dossier du Sahara marocain et la position du Maroc qu’il juge “fidèle à l’Histoire, conforme au droit international et seule compatible avec les exigences de la paix dans la région.”
Et s’agissant du Sahara marocain, et pour plus d’objectivité, il faut souligner que cette unanimité dans les louanges a été “brisée” par le silence assourdissant des médias officiels algériens qui, eux, nous ont “superbement oubliés”. Mais là, ça nous a fait des vacances.