Communication : pas de refondation, pas de relance !
L’écosystème de la communication marocain est assez mûr et n’a pas besoin d’événements pour caresser agences et annonceurs dans le sens du poil. La vraie bataille est celle de la refondation pour garantir une relance durable d’un secteur ébranlé par la crise Covid.
Disons-le d’emblée ! L’événementiel est vital pour promouvoir l’écosystème de la communication et des médias. Un écosystème animé par les annonceurs, les agences conseil, les agences médias, les agences digitales, les régies et les supports médiatiques. Tout événement de promotion de l’expertise et créativité desdits acteurs est donc le bienvenu.
Il existe deux publics professionnels pour ce type de manifestation : le premier se bouscule au portillon en payant cher sa place et sa participation à la compétition. Principale motivation : rafler le plus de trophées pour prendre la pose devant les objectifs des caméras. Peu importe la crédibilité ! L’essentiel, c’est de remplir sa bibliothèque professionnelle de prix pour fidéliser les clients et impressionner de nouveaux prospects. Des relations publiques 1.0.
Le second public est peu nombreux, mais il est plus exigeant. Il aspire à ce que ce genre d’événements soit plus fédérateur en donnant la voix à l’ensemble des acteurs de l’écosystème et à toutes les sensibilités. L’enjeu étant d’avoir une idée réelle sur l’état de la créativité et de l’économie du secteur. Le tout dans une ambiance interactive. Une chose est sûre, ce n’est pas en consacrant en grande partie les grandes agences et les gros annonceurs, au point de les alourdir de trophées, qu’on fera du bien au secteur de la communication.
Pour un véritable festival, crédible et fédérateur
Le Maroc a besoin d’un véritable festival. Crédible et fédérateur. Dans le cadre du soft power marocain, on peut imaginer la tenue d’un grand festival de la créativité à Marrakech. Une collaboration avec le célèbre Cannes Lions International Festival of Creativity pour une manifestation à dimension régionale, voire continentale est envisageable. Le Maroc l’a fait par exemple dans des domaines culturels, tels que le cinéma et la musique (Festival international du film de Marrakech et Mawazine). Pourquoi pas la communication ?
En attendant, la priorité est ailleurs. Il n’est pas certain que tout le monde, notamment les chefs d’entreprise, soit convaincu de l’importance stratégique et de l’impact économique de la communication et des médias. Ce n’est plus un luxe de communiquer à travers les médias. On ne cessera jamais de le répéter, au-delà de la promotion des produits et services, la communication booste le PIB d’un pays.
Une récente étude du cabinet Deloitte indique qu’1 euro investi en publicité rapporte 7,85 euros de PIB. Il faudra maintenant actionner les bons leviers pour une refondation d’un secteur-clé. En un mot, il y a lieu de faciliter l’investissement en communication. C’est un sujet auquel il faut s’attaquer de manière sérieuse, déterminée et coordonnée. En Italie, par exemple, les annonceurs bénéficient d'un crédit d'impôt de 30% sur leurs investissements publicitaires dans les médias (2020-2022). Seul hic, les annonceurs payeront toujours un impôt. Si cette mesure parait court-termiste, elle a le mérite de réduire l’impact négatif de la crise sanitaire.
Et si on boostait le marché de la communication autrement, en actant que les investissements comme étant un actif ? L’idée fait son chemin dans plusieurs pays. Ainsi en investissant dans la communication, les entreprises peuvent amortir ce coût et le porter à leur bilan.
L’idée est de soutenir les annonceurs à long terme, sachant que chaque dirham investi dans la communication peut rapporter jusqu’à 15 dirhams. Reste la commande publique. Pour les offices, institutions, organismes, administrations… la communication doit être érigée en priorité haute, tout en faisant de la préférence nationale en matière de réflexion stratégique, création et d’investissement dans les médias une doctrine. Seule une démarche volontariste portée par les différents représentants des professions de l’écosystème de la communication et des médias auprès des pouvoirs publics est en mesure de libérer le secteur et lui donner les moyens de son expansion.