Comment Wilders s’est tiré dans le pied?
La défaite de Geert Wilders, lors des dernières législatives aux Pays-Bas, énonce trois profondes vérités. La première, le tsunami populiste qui avait été prédit et qui menaçait les démocraties en Europe a été arrêté aux élections du 15 mars. La deuxième, Geert Wilders s’est avéré incapable d’atteindre le plafond des 20% de sièges, compte tenu qu’il est pratiquement impossible pour un seul parti d’obtenir les 76 sièges requis pour former un gouvernement. Et enfin, la troisième, les Néerlandais ont montré qu’il préfèrent une démocratie libérale plutôt qu’un nationalisme étroit.
Le revers du parti populiste néerlandais est le résultat de quatre facteurs: un taux de participation élevé dû au beau temps, un nombre important de jeunes qui votaient pour la première fois, les mesures énergiques prises par le gouvernement de La Haye lors de la crise avec la Turquie, quatre jours avant les législatives, et l’incapacité de Wilders de véhiculer des idées nouvelles au-delà de ses discours anti-islamiques tenus ces dix dernières années.
La crise turque, avec le président Erdogan, a été une occasion unique pour neutraliser les accusations de Wilders selon lesquelles le gouvernement de La Haye ferait preuve d’une trop grande faiblesse à
l’égard d’Ankara. Et de ce fait, l’attention s’est détournée de la "racaille" marocaine, pour rependre les mots de Wilders, pour se porter sur les Turcs.
Par ailleurs, le débat télévisé entre Wilders et le Premier ministre Mark Rutte a connu plusieurs moments embarrassants pour l’homme politique à la chevelure péroxydée. Alors que le Chef du gouvernement de La Haye le défiait de lui donner des détails concernant sa politique sur le Coran, lui demandant notamment s’il avait l’intention de faire du porte-à-porte pour l'interdire, Wilders a esquivé plusieurs fois la question, qui est restée finalement sans réponse.
Mark Rutte avait l’intention de dénoncer le bluff de Wilders et il y a réussi. Les deux candidats savent très bien qu’il s’agit d’une non-affaire, étant donné que le Coran peut être trouvé sur n’importe
quel site web, qu’il peut être appris par cœur et récité sans qu’il y ait besoin d’un exemplaire entre les mains. Donc pourquoi avoir une police du Coran?
Enfin, se voyant comme le Donald Trump de l’Europe, Wilders a supposé à tort qu’il n’avait pas besoin d’une campagne pour réussir et que la victoire lui tomberait du ciel. Il avait oublié que les Pays-Bas
connaissent une réalité politique totalement différente de celle des Etats-Unis. Il doit garder à l’esprit le fameux mot néerlandais "nuchterheid", que l’on pourrait traduire par "sobriété" et qui
signifie que, malgré la richesse de la société, les gens doivent continuer à faire preuve de modestie dans leur tenue vestimentaire.
Seule la reine des Pays-Bas a porté ses bijoux de valeur lors de sa visite à la reine d’Angleterre. En raison d’une campagne pratiquement absente et d’une participation minimale aux débats, Wilders s’est tiré une balle dans le pied. Son histoire est comme un record brisé.
Revenons à la "nuchterheid" ou plutôt à la sobriété néerlandaise qui sous-tend la richesse opulente des peintures des maîtres hollandais. L’attrait qu’exerçait Wilders s’est mis à s’amenuiser en raison de son
message, sa réthorique est ses slogans anti-islamiques qui sont tout simplement contraire à l’esprit néerlanfais. L’histoire de tolérance et de pluralisme religieux des Pays-Bas a prévalu en cette journée d’élections.