Chef d’entreprise ou Chef d’Etat: la nuance!
Depuis sa campagne présidentielle, Donald Trump a annoncé qu’il exercerait le pouvoir comme un chef d’entreprise. Qu’il prendrait des décisions efficaces et rapides. Qu’il parviendrait à des accords qui tiendront en compte seulement les propres intérêts des USA. Il a promis d’y arriver!
Effectivement, ces derniers jours, il semblerait que Trump essaye de tenir ses promesses. Toutefois, la grande question qui se pose est la suivante: peut-on gérer un État comme on gère une entreprise? Les deux notions n’ont cessé d’évoluer depuis l’émergence de néolibéralisme, une politique économique et sociale étendant l'emprise des mécanismes du marché à l'ensemble de la vie inclut la politique.
En effet, l’arrivée au pouvoir des chefs d’entreprise a participé à la consécration de l’idéologie d’entreprise. Berlusconi en Italie, Petro Porochenko en Ukraine, Rossen Plevneliev en Bulgare, Patrice Talon au Bénin; Trump en USA, et bien d’autres encore.
Le concept est de gérer l’État comme une entreprise. Cependant, le constat d’échec des chefs d’entreprises en politique est fréquent. Certes, il y a des exceptions. Burlusconi en Italie a pu malgré tout en quelque sorte réussir le pari, toutefois, avec certaines réserves, vu que ses mandats ont été entachés par de scandales financières, voire moraux, et qui ne cessent de le poursuivre jusqu'à aujourd'hui.
Trump, dès les premiers jours de son investiture s’est attaqué au Mexique, à la Chine, à l’Iran, à l’Allemagne et d’autres pays. Ils sont des concurrents, certes, pense Trump, le chef d’entreprise. Sauf qu’un État n’a pas besoin de concurrents mais plutôt d’amis. Une entreprise n’a pas besoin d’amis, ni de nouer des alliances. Un État, lui, a besoin d’amis et d’alliés.
Dans le monde des entreprises, il y a des perdants et des gagnants. Une affaire, un contrat, on les gagne ou on les perd. Dans le monde de la politique et des relations internationales, il y a des accords à effet nul, où il n’y a pas un perdant et un gagnant.
Une entreprise cherche à satisfaire ses clients et d’en attirer d’autres. Or, les clients d’un État sont des électeurs. La politique d’un État ne peut se fonder seulement sur un objectif, celui de satisfaire ses clients, ses électeurs, qui ne sont qu’une partie d’une nation.
Une entreprise qui mal gérée, finit en faillite et elle se dissout. Un État qui fait des mauvais choix, et qui échoue, ne disparaît pas, mais il risque de payer les conséquences, et de ménager les séquelles pour longtemps.
Il en résulte que le principe d’efficacité des entreprises s’articule sur le fait que les stratégies choisies et les décisions prises s’établissent sur le propre intérêt de l’entreprise, sans prendre en considération les autres éléments qui peuvent y être liés. Ce pouvoir de sélection fait son efficacité
L’entreprise est une entité individuelle, sa réussite et sa survie dépendent de sa capacité à mettre en œuvre sa politique économique. Elle prend les éléments qui lui seraient utiles et laisse ceux qui sont superflus, infructueux et préjudiciables. En principe, l’entreprise ne se soucie pas des dommages pouvant découler de sa politique. Une décision prise dans une entreprise a pour seul objectif un résultat qui doit être positif coûte que coûte. C’est ce qui fait sa performance.
L’État lui doit endosser le “tout“. Il ne peut rien rejeter. Il ne peut pas se soustraire de ses responsabilités, et moins encore faire la sélection entre les composants et les éléments qui le constituent. Il doit se réjouir des éléments positifs mais surtout prendre en charge ceux qui sont négatifs, bien que cela puisse influencer son destin.
Ce qui fait la différence fondamentale donc, c’est que l’État reste une entité collective, il doit assumer le tout, les avantages et les inconvénients. Contrairement à l’entreprise qui reste une entité individuelle, qui vise juste à obtenir légitiment les avantages sans s’inquiéter en quelque sorte du reste.
Un brillant chef d’entreprise sans aucun doute peut être un brillant chef d’État, puisqu'il est capable d’analyser, d’établir des stratégies, et de les exécuter avec précision. Toutefois, il a besoin encore plus d’un sens de la diplomatie, et surtout d’intégrer l’intérêt général au lieu de l’intérêt économique individuel.